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Affichage des articles associés au libellé Sandrine Bonnaire

Sorcière sonore

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  Exils # 177 (05/03/2026) Mère au volant, mort au tournant, celle d’un cerf, liquidé en ligne droite, chaussée mouillée, conductrice inattentive, mauvais « signe ». Pas de délit de fuite grâce à sa fifille, indocile plutôt que prodigue, mais pare-brise abîmé de son côté, motif de toile d’araignée, repris ensuite durant l’enfance, jeu joyeux à deux, mains et laine en tandem , à l’âge adulte, endeuillé tumulte, pendant la mise en espace des sons de la maison. En 2007, Émilie Dequenne (ré)écoute donc Ludmila Mikaël, démolie à domicile ; en 2026, on (ré)entend l’attachante actrice, décédée en mars dernier. Le cinéma comme art funéraire, la cinéphilie forme de nécrophilie. Doté d’un titre impératif et programmatique, É coute le temps reprend la profession de Blow Out (De Palma, 1981) et récupère l’installation de Spider (Cronenberg, 2002). Construit en boucle bouclée, accident au carré, au présent, au passé, animal en rime, sous la pluie et sous le soleil, le premie...

Mine de rien

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  Un métrage, une image : Passe ton bac d’abord (1978) Ça balance, à Lens ? Pas pareil qu’à Paris, pardi, où s’enfuient enfin, à la fin, fi du destin, en tandem de déveine, deux mecs promis aux oubliettes, celles du giscardisme sinistre et sinistré, le premier, encore allocataire doux-amer, au chômage, au creux de la vague, de la capitale, le second, très petit employé de banque, plutôt que saltimbanque. Ce portrait de groupe paupérisé permit à Pialat, on le sait, de se refaire une financière santé, connut un modeste succès, cataplasme jamais misérable, posé sur le sec échec de La Gueule ouverte (1974). S’il poursuit le sillage et le style de L’Enfance nue (1968), s’il envisage déjà l’oisiveté désabusée de Loulou (1980), Passe ton bac d’abord paraît aussi annoncer en sourdine Noce blanche (Brisseau, 1989), puisque professeur de philo proche d’une de ses élèves un peu trop. Mais Maurice se soucie de réalisme, de comédie dramatique, cède à son confrère, bientôt ra...

Mauvaise foi : Croire au cinéma

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Brèves ténèbres en sept stations – mon Dieu, pourquoi crois-tu en moi ? 1 Intuition matinale : le cinéma comme art chrétien. Chaque projection une résurrection. Chaque salle banale un tombeau mystérieux. Épiphanie du film. Transcendance de l’immanence. Mystique du mécanique. Culte laïc de la cinéphilie. Les critiques en cousins de Caïphe. Les actrices en émules de Marie-Madeleine . Le réalisateur et ses miracles ou son calvaire. Le producteur tel un petit Ponce Pilate. L’équipe composée de disciples. Les distributeurs et les exploitants successeurs des marchands du Temple. Herméneutique des métrages. Anciens scénarios du Nouveau Testament. Dolorisme et mélodrame de l’imagerie horrifique. En vérité dite, quoi de plus épouvantable qu’une crucifixion ? Une décollation, peut-être, par exemple celle de saint Jean-Baptiste. Cérémonie à domicile ou désormais nomade. Liturgie du streaming . Prosélytisme du divertissement désolant. Évangiles des imbéciles. Amen de l’amnésie. ...

Une femme libre : Sandrine Bonnaire, aujourd’hui et hier

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Petit croquis d’une actrice atypique… On pardonnera toujours beaucoup à Sandrine Bonnaire, notamment d’avoir soutenu, naguère, une certaine Martine Aubry, incarnation exacte, sinon caricaturale, dans l’arrogance de son incompétence, d’une large part du socialisme français contemporain (que « ces gens-là », comme persiflait Thierry Le Luron en Jacques Brel, osent encore se dire de gauche relève de l’abus de langage et paraphe une imposture politique). Certes, elle épousa un acteur célèbre (William Hurt, excellent chez Ken Russell, Michael Apted, Héctor Babenco ou David Cronenberg , il participera d’ailleurs à la première réalisation fictionnelle de son ancienne compagne, J’enrage de son absence ) et un scénariste renommé (Guillaume Laurant, alter ego de Jean-Pierre Jeunet) ; bien sûr, elle cumule deux César, une Coupe Volpi vénitienne, on la vit là-bas à la Mostra puis à Deauville et Beaune, trio de festivals sous le signe de l’Italie, de l’Amérique et du polar...

Tristesse et Beauté

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L’envie d’esquisser les traits d’une dichotomie, de suivre une divagation à propos d’une tension… Et le ciel regardait la carcasse superbe Comme une fleur s’épanouir ; — La puanteur était si forte que sur l’herbe Vous crûtes vous évanouir ; — Baudelaire,  Une charogne ,  Les Fleurs du mal ,  Spleen et Idéal Le roman de Kawabata ? Le film de Joy Fleury (Charlotte Rampling, Myriem Roussel, Andrzej Żuławski, improbable trio d’une œuvrette soporifique) ? Un air de Rohmer, auteur d’un célèbre recueil d’articles joliment intitulé Le Goût de la beauté  ? Oublions les liens plus ou moins évidents, continuons à nous poser quelques questions. Que représente la beauté aujourd’hui ? Quelle horreur se donne à voir, à ressentir ? Comment s’articulent au cinéma, en lui et par lui seul, ces deux aspects de l’existence adulte ? Malgré le bel extrait liminaire, on se gardera d’invoquer une transcendance, un « ciel antérieur où fleurit la Beauté...