Articles

Affichage des articles associés au libellé Jacques Deray

Le Concert et le Cimetière

Image
  Exils # 128 (16/09/2025) Dans Obsession (De Palma, 1976), autre avatar du complexe d’Électre, une restauratrice de tableaux invitait à sauvegarder la beauté, peu importe le palimpseste. Dans La 7 ème Cible (Pinoteau, 1984), la mamma de Ventura dissimule sous ses « gouaches » pas si dégueulasses des signatures de renom, découvre Degas d’un coup de chiffon. On devine vite que le procédé de la double couche s’applique au film, qui commence comme se termine Un papillon sur l’épaule (Deray, 1978) et se termine comme commence L’Espion qui venait du froid (Ritt, 1965). Cette fois, toutefois, l’acteur en bout de course et presque à bout de souffle ne se fait plus descendre à distance, en pleine rue passante et indifférente, il se fait tabasser arrivé au sommet d’un escalier à la Remorques (Grémillon, 1941) mais démuni de flotte, position surélevée perdue puis retrouvée, car il l’occupera en coda, indication musicale et spatiale. Ce récit d’une chute rempli de tumulte troq...

L’Étranger de L.A.

Image
  Exils # 50 (16/09/2024) Un papillon sur l’épaule se termine sur la mort de Lino Ventura, descendu dans la rue, tombé à distance et dans l’indifférence, effet snuff movie garanti. Un homme est mort – aussi co-écrit par Jean-Claude Carrière – s’appesantit sur l’agonie de Jean-Louis Trintignant, au creux de l’habitacle d’un corbillard, un gamin proche et lointain pour témoin. Ce dernier plan, assez sidérant, audacieux et silencieux, avant l’arrivée de l’énergie funky du thème de Michel Legrand, démontre en sourdine une maîtrise de l’espace et du temps (surcadrage du pare-brise, durée dilatée), une manière de magnifier, sinon d’immortaliser, en image arrêtée, le grand moment d’un talent évident (l’acteur majeur touche sa bouche, aussi ahuri et motorisé que le trop calme Dustin Hoffman des Chiens de paille ). Le meilleur du cinéma de Jacques Deray, réalisateur à succès, auteur à réhabiliter, possède ainsi cette densité existentielle, cette mélancolie individuelle, ce qui sied à ...

Le Chagrin pas la pitié

Image
  Exils # 34 (29/05/2024) Qui aujourd’hui oserait écrire ceci et l’écrire ainsi ? Quel éditeur débutant sauf jadis l’aguerri François Guérif posséderait le cran de le publier sans le corriger ? Quel confrère enfin sincère se risquerait à en faire un laudatif commentaire ? Peu importe sa place parmi le marché de masse ou dit de niche suivant la perspective le candide (l’inconscient) essuierait aussitôt les crachats de la clique féministe et du lobby gay friendly . Songez(-y) : J’étais Dora Suarez débute par un double « féminicide » comme certaines néologisent perpétré par un « tueur » anonyme – ça sent le sang le sperme et l’urine. Ça empeste aussi la détresse et la vieillesse la furieuse folie et la sordide ironie (l’une des victimes voulait se suicider éviter de voir ses souhaits exaucés ricane Oscar Wilde). L’assassin très malsain et dégueulasse hélas (un « étron » + un souillé pantalon ici puis durant les dernières pages u...

Un petit jeu sans conséquence

Image
  Un métrage, une image : Trans-Europ-Express (1967) En 2011, on retrouve le cadavre de Marie-France Pisier dans une piscine à la Brian Jones & Jacques Deray ( La Piscine , 1969). En 1966, l’actrice aristocratique de bientôt Baisers volés (Truffaut, 1968), Le Fantôme de la liberté (Buñuel, 1974), Les Sœurs Brontë (Téchiné, 1979), Le Prix du danger (Boisset, 1982), L’As des as (Oury, idem ), Parking (Demy, 1985), L’Œuvre au noir (Delvaux, 1988), La Note bleue (Żuławski, 1991) ou Le Temps retrouvé (Ruiz, 1999), dénudée/déguisée en prostituée au prénom à la Losey ( Eva , 1962), succombe à la strangulation du viol-ent client, tué au tournant, Trintignant. Toutefois ce funeste SM de maternelle, Maîtresse Catherine en prime, semble fadasse face à l’attirail médical ligotant au lit une Geneviève Bujold aux prises consenties avec Jeremy (Irons, Faux-semblants , Cronenberg, 1988). Pourtant, l’épilogue pendant, elle ressuscite in extremis , souriante Eurydice, enlacée p...

Le Nain Jaune : Le Bossu

Image
  Le père, le fils, l’esprit, le pays… Pour mon père Davantage dialoguiste, surtout scénariste, citons ses collaborations, mot très connoté, texte en contexte, avec Sautet, Clément, Bernard-Aubert, Borderie, Lautner,   Granier-Deferre, Deray, Enrico (Borsalino) and Co. ou Zidi et compagnie, Jardin signa aussi plusieurs autobiographies, dont celle-ci, primée par la française Académie, fichtre, éditée deux ans seulement avant son subit décès. L’auteur des scripts de Classe tous risques (Sautet, 1960) depuis José Giovanni, du Train (Granier-Deferre, 1973) et du Vieux Fusil (Enrico, 1975), se préoccupe ici de son papounet particulier, occulte conseiller, au service de Laval et de ses amis en détresse, peste, complexité d’époque, revient en arrière, à nouveau convie (à) la guerre, survenue cinq ans après sa naissance, pas de chance. L’ami de Morand, Gabin, Delon, dont il parle rempli de tact, d’émotion, en autodidacte, en compagnon, délivre en définitive un ouvrage autant...

Mélodie en sous-sol : Cent mille dollars au soleil

Image
  L’Argent probablement… Chez Deray ( La Piscine , 1969), Delon noyait Ronet ; chez Verneuil ( Mélodie en sous-sol , 1963), il mouille ses billets. Le cinéaste cinéphile adresse ainsi un clin d’œil défaitiste dédoublé au Trésor de la Sierra Madre (Huston, 1948), à L’Ultime Razzia (Kubrick, 1956), autres contes de décompte, pareillement en noir et blanc. Sous le soleil sudiste d’un casino quasi tombeau s’affiche une fable affable et s’affirme un refilage de flambeau. Sphinx solitaire à cheveux blancs et lunettes noires, Gabin s’évade du cadre (du calme) de vie rance de Viviane Romance, il vise l’Australie, il veut terminer de truand son CV via un coup d’éclat. Le plan trop parfait boit la tasse, hélas, Alain pas pour rien. Accompagnés par la cruelle clarté de Louis Page en DP, les notes très ironiques de Michel Magne à la musique mimétique, chorale et orchestrale, le tandem , pris au piège d’un dilemme, par une photographie fissa trahi, in situ cerné de journalistes et ...

Tirez sur le pianiste

Image
  Notes sur (de) Claude Bolling… Décédé en décembre dernier, le compositeur ne (se) meurt, puisque sa musique (lui) survit. Durant une cinquantaine d’années, au ciné, à la TV, Bolling bossa beaucoup, comme le démontre l’anthologie jolie du précieux spécialiste Stéphane Lerouge, en clin d’œil explicite, patronymique, baptisée Bolling Story , qui constitue avec American Movies un diptyque discographique et cinématographique presque exhaustif. Soixante-dix-huit morceaux permettent au spectateur auditeur de confirmer que ce corpus possède un cœur et une vraie valeur. Au-delà de l’éclectisme des items , des formats, des textures, ces tonalités, demeure une ligne unique, unificatrice, celle bien sûr du jazz , même si le maestro à son piano paraît méconnaître la liberté expérimentale d’un Ornette Coleman, lui-même annexé en intense Interzone par son homologue Howard Shore , à l’occasion de la somptueuse partition du Festin nu (Cronenberg, 1991), passons. Outre vadrouiller avec Vian, ...

Le Bar du téléphone

Image
  Un métrage, une image : La Belle Affaire (1973) Merci à Jacqueline Waechter « Vous avez devant les yeux la pire misère du monde : être muet de naissance, pour un Marseillais… » – co-écrit par Robert Thomas, le dramaturge de 8 femmes (Ozon, 2002), lui-même auteur d’un diptyque a priori exotique, voire horrifique ( Mon curé chez les nudistes , 1982 + Mon curé chez les Thaïlandaises , 1983), dialogué par Jean Halain, collaborateur régulier de Hunebelle, musiqué par l’estimable Gérard Calvi, La Belle Affaire s’avère une comédie de gangsters garnie assez réussie, pas trop rassie, servie par le réalisateur en définitive peu prolifique ni épuisant du Grand Restaurant (1966). Dégagé le gourmet de Funès, bye-bye à la bruyante grisaille des avions et des environs de la capitale, notre couple en déroute de cafetiers déprimés, pas si désargentés, sans tarder vend son brinquebalant établissement et dans le midi pas en taxi (à la sauce Besson) descend. À Marseille, la...

Berlin Alexanderplatz : Franz

Image
Magie maléfique d’une Germanie numérique… « Un film en treize épisodes et un épilogue » : seul le stakhanoviste Fassbinder – (re)lisez, si vous le souhaitez, mon impressionniste portrait – pouvait produire, en plus de tout le reste de la somme de ses opus supérieurs, ces quinze heures de programme, d’abord destinées à la TV, teutonne et italienne. Une fois le valeureux visionnage de week-end vacancier achevé, s’avère l’évidence du chef-d’œuvre, et davantage : Berlin Alexanderplatz (Rainer Werner Fassbinder, 1980) constitue encore, a fortiori aujourd’hui, au présent de la multiplicité des écrans, donc des transformations de la cinéphilie, une assez sidérante leçon de cinéma, dont chaque plan, chaque instant, chaque événement, démontre la radicale maestria. D’un cadre à l’autre passé, le principal intéressé en déploie la durée, avec majesté, intensité, inventivité. Concentré de sa cosmologie, de son style, le feuilleton affolant, à l’effet addictif, perm...

La Maison des bois : Famille d’accueil

Image
Les enfants, les parents, les combattants et les survivants… Sans être un ratage, on pouvait envisager davantage ; certes, face à la fadasse série servant de sous-titre à cet article, La Maison des bois (Maurice Pialat, 1971) demeure un lieu accueillant, intéressant, stimulant, mais le feuilleton de l’O.R.T.F. fait toutefois un peu pâle figure face aux déflagrations passées et futures, celles de L’amour existe (1960), L’Enfance nue (1968), Nous ne vieillirons pas ensemble (1972), La Gueule ouverte (1974), À nos amours (1983), Sous le soleil de Satan (1987) et Van Gogh (1991), ouvrages avec lesquels il entretient des liens évidents, de correspondances à distance. Au ciné, le scénariste René Wheeler co-signa les scripts de Jour de fête (Jacques Tati, 1949), Fanfan la Tulipe (Christian-Jaque, 1952) ou L’Amour d’une femme (Jean Grémillon, 1953), ce doublé d’ailleurs en compagnie de René Fallet. Ici, à la TV, avant un épisode d’ Arsène Lupin selon Georges Descrièr...

Jeff : Les diamants sont éternels

Image
Des abeilles, une « sauterelle », un zoo , un tombeau… Non Jef t’es pas tout seul Mais tu sais qu’tu me fais honte À sangloter comme ça Bêtement devant tout le monde Parce qu'une trois quarts putain T'a claqué dans les mains Brel, Jef À la fois film fondateur, le premier co-financé par la récente société Adel Productions, et opus suicidaire, surtout au box-office hexagonal, Jeff (Jean Herman, 1969) retravaille Le Samouraï (Jean-Pierre Melville, 1967) et prophétise Un flic (Jean-Pierre Melville, 1972), c’est-à-dire s’inscrit au sein d’un tracé dépressif, peuplé de spectres en sursis. Il dessine davantage, il étoffe l’Orphée de RATP, in fine défait par son Eurydice de pianiste, il affine le fantastique venté de la Vendée, il affirme le marasme de la masculine amitié. Dès l’affiche explicite, reformulation graphique de la fin fatidique, Alain Delon donne le ton : Jeff ou la chronique d’une mort annoncée, celle de sa star ciblée. Posé sur l...