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Affichage des articles associés au libellé Cecil B. DeMille

The War Zone

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  Commémoration d’occasion, memento mori en série, pellicules et pays…   Si tu r’viens n’attends pas que je sois tombé pour la France Étienne Daho Ce spectacle spectaculaire, son-et-lumière mortifère, affola les futuristes, sinon les fascistes ; la Grande Guerre ne pouvait pas ne pas être illustrée au ciné, art massif, optique et mécanique, idem amateur de monuments funéraires, les films eux-mêmes, faussement immortels, dédiés à un identique et différencié conflit, celui ente la mort et la vie, pardi, aux victoires pareillement provisoires, voire illusoires. Dès 1915, donc en léger différé, Feuillade deux fois s’affaira ( L’Union sacrée , Le Noël du poilu ), suivi de DeMille ( La Petite Américaine , 1917), Chaplin ( Charlot soldat , 1918), Griffith ( Cœurs du monde , 1918). Puis le parlant passant par là s’en empara, par conséquent Pabst ( Quatre de l’infanterie , 1930), Hughes ( Les Anges de l’Enfer , 1930), Milestone ( À l’Ouest, rien de nouveau , 1930), Bern...

Folies de femmes

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  Un métrage, une image : Forfaiture (1937) De l’hommage à l’outrage, peu d’espace, les vandales le savent, L’Herbier dut s’en douter, ne sut résister à la tentation de remaker l’ouvrage révéré, à l’origine de sa vocation. Mais l’exotisme et l’érotisme du co-scénariste Hector Turnbull, d’ailleurs producteur non crédité de Cœurs brûlés (Sternberg, 1930), le sado-masochisme à la mode DeMille ( Forfaiture , 1915), apparaissaient auparavant, dès L’Argent (1928), d’après Zola, oui-da. Vingt-deux ans plus tard, pas de hasard, voici le temps du cinéma dit parlant, dépaysant, car colonial, voire colonialiste, au racisme assumé, même déminé. Escorté de l’exilé Companéez ( Casque d’or , Jacques Becker, 1952), du cinéphile Auriol, d’un futur fidèle d’Ophuls, nommons donc Natanson ( La Ronde , 1950, Le Plaisir , 1951, Lola Montès , 1955) ; assisté des fidèles Ève Francis & André Cerf ; flanqué de l’éclairé Schüfftan ( Drôle de drame , Carné, 1937) ; financé par...

État de siège

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  Un métrage, une image : Judith de Béthulie (1914) Deux ans avant la grosse Babylone de Intolérance (1916), voici disons la modestie de Béthulie. Plaisant péplum presque pionnier, puisque précédé en France par Feuillade ( Judith et Holopherne , 1909), le film de Griffith affiche son biblique féminisme. En ce temps-là, celui de l’Antiquité, celui du ciné muet, les professeurs de collège encore on ne décapitait pas, cependant on décollait les envahisseurs assyriens, rien de malséant ni de malsain, parce qu’ils le valaient bien. Pourtant la veuve intrépide et déguisée se voit vite aux prises avec un dilemme idoine. Entre la passion et la patrie, son cœur et son esprit hésitent, point sa main. Holopherne, affalé sur son lit magistral, blasé par des bacchanales, spectateur à la Sardanapale, en tout cas en écho de Delacroix, à Ninive se projette, au propre puis au figuré y perd la tête. Rentrée au bercail à muraille assiégé, Judith aussitôt devient une héroïne, sinon une sain...

L’Évangile selon saint Matthieu : Kingdom of Heaven

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  JC par PPP, Matthieu par Mattei… À Jacqueline Waechter Connu, reconnu, commenté, documenté, L’Évangile selon saint Matthieu (1964) conserve encore sa clarté obscure, son rayonnement d’absent, à l’instar, bien sûr, du protagoniste de prestige, qu’il ressuscite avec succès, public plutôt que critique. Conclusion d’une trilogie apocryphe, avant celle dite « de la vie », on le sait constituée par Le Décaméron (1971), Les Contes de Canterbury (1972), Les Mille et Une Nuits (1974), L’Évangile développe la religiosité pas si diffuse de Accattone (1961), Mamma Roma (1962), annonce/énonce le théorème amoureux, sinon scandaleux, de Théorème (1968). A contrario de celui-là, du satirico-méta La Ricotta ( in Rogopag , 1963), pas de procès, pas cette fois. Une quinzaine d’années après le Rossellini des Onze Fioretti de François d’Assise (1950), le poète polémique entreprend par conséquent un biopic christique, délivre un métrage au message urbi et orbi . Face au muti...

The Captive : No Man’s Land

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Cultiver la terre et semer la paix, laisser loin derrière et s’aimer en paix…    Jean Renoir & Charles Spaak connaissaient-ils The Captive (1915) de Cecil B. DeMille & Jeanie MacPherson ? En tout cas, voilà déjà, vingt-deux ans avant La Grande Illusion (1935), une histoire de love and war , de ruralité rapprochée. Certes, personne ne confondra la fadasse Blanche Sweet, douceâtre fidèle de David Wark Griffith, avec la radieuse Dita Parlo, itou muse mémorable de Jean Vigo ( L’Atalante , 1934), mais ce métrage d’un autre âge, à la linéarité remplie de péripéties, à la rapidité débarrassée de digressions, mérite assez son exhumation. Film de classes et de « races », The Captive , comme Histoire d’O , de façon différente, affirme que le bonheur réside dans l’esclavage, tout au moins dans l’asservissement, pas si involontaire, d’un prisonnier de guerre, Turc noble vite entiché, en réciprocité, de la fermière amère, monténégrine, bigre, dont le fran...

Rosita : Mon roi

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Ernst Lubitsch. When the night has been too lonely and the road has been too long And you think that love is only for the lucky and the strong Just remember in the winter far beneath the bitter snow Lies the seed that with the sun’s love in the spring becomes the rose Bette Midler Durant cette « romance espagnole » joliment restaurée, merci mémoriel à l’équipe cinéphile de Dave Kehr , conservateur spécialisé d’un fameux musée d’art moderne new-yorkais, des scènes nocturnes émerveillent en mineur, un souverain marivaude, des figurants fourmillent, Mary Pickford se transforme enfin en femme forte, affirmée, délaisse la star adulte déguisée en gosse, (re)lisez-moi à propos de Pauvre petite fille riche (Maurice Tourneur, 1917), La Petite Américaine (Cecil B. DeMille, idem ) et Pollyanna (Paul Powell, 1920). Premier opus américain du réalisateur européen, allez ou non voter demain, au pass...

La Piste des géants : La Conquête de l’Ouest

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Vaine vanité de vallée surévaluée ? Peinture plaisante à la simplicité puissante. Opus pionnier dédié, au propre, au figuré, aux pionniers, La Piste des géants (Walsh, 1930) surprend par sa permanente picturalité, par son effrontée frontalité, qui multiplie à l’infini les plans d’ensemble, les plans rapprochés, reliés par des raccords axés. Émancipé du muet, ce matriciel western , au sens étymologique-géographique du terme, semble poursuivre une sorte de proscenium muséal, puisqu’il arbore une binarité du cadre imperturbable, à peine ponctuée par une poignée de gros plans, de travellings latéraux ou arrière, à côté des cavaliers, devant la caravane. Même anamorphosé en widescreen , même limité au capot du PC, le 70 mm originel parvient à conserver une partie de son immensité immersive, soutenu par un solide sens de la composition. Presque un siècle après, tout ceci séduit car ne succombe à la pompe, à la momification de l’académisme. En dépit des apparences, des influ...

La Femme au gardénia : Nuit d’ivresse

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Le symbole de l’amour muet, l’emblème de Billie Holiday… Un jour peut-être ça changera Y a plus d’respect dans la rue Tu sais très bien quand t’abuses Angèle Aux USA, en 1953, l’attirance funeste de Tristan & Yseut se mue en « crime passionnel », Cole côtoie Wagner, le féminisme fricote avec le fait divers. Certes tamisé par le glamour de l’imagerie de Los Angeles sur grand écran, disons une dizaine d’années avant son avènement outre-océan, le réalisme trivial du kitchen sink britannique se matérialise de manière littérale, lorsque l’héroïne s’évanouit, sa conscience emportée dans le tourbillon d’un évier, tel un prélude au décès de sa blonde consœur de salle de bains ( Psychose , Hitchcock, 1960). Film court, tourné en une vingtaine de jours, film conservateur, tout sauf « mineur », film agréable mais discutable, La Femme au gardénia persiste à parfumer le présent de son passé pertinent. La Warner avaricieuse acquiert les droits d’une n...

Cellar Dweller : Whitney

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Phylactère d’enfer, magie mauvaise des images d’un autre âge… A contrario du célèbre Creepshow (George A. Romero, 1982), le méconnu Cellar Dweller (John Carl Buechler, 1988) ne se limite pas à l’illustration nostalgique, amusante mais anecdotique, de bande dessinée satirique, horrifique, puisqu’il se risque à la mise en abyme, réfléchit vraiment, de manière guère emmerdante, aux enjeux de son sujet assez vertigineux. Film court d’une heure et quart, lettre d’amour adressée à l’art populaire, en peinture, en littérature, bien sûr au cinéma, opposé à un classicisme universitaire, méprisant, vieillissant, ce huis clos co-conçu par les États-Unis et l’Italie à l’époque de Charles Band, de son petit Empire, mérite sa redécouverte en ligne, en VO sous-titrée en anglais, practise your English, please . Après un prologue presque muet, très enlevé, (ré)animé, participation express de Jeffrey Combs en Robert Crumb de cave, occis par sa propre création concoctée avec un ersatz du Ne...