Articles

Affichage des articles associés au libellé Claude Pinoteau

Petite paysanne

Image
  Exils # 183 (24/03/2026) Souvenirs goutte à goutte (1991) se termine par un faux départ, une marmaille et des retrouvailles, conclusion en chanson, variante locale de la métaphore de The Rose , immortalisée naguère par Bette Midler. Comme jadis Janis Joplin, modèle du Rydell, la benjamine atteint ses vingt-sept ans, au sinistre club homonyme n’appartient cependant. Pas d’alcool, de drogue, de rock’n’roll , surtout de sexe : la vieille fille juvénile affiche une santé, une sociabilité à l’opposé de la chanteuse rocailleuse. Une dizaine de jours de vacances et la revoici au pays de son enfance, à la campagne estivale, solaire et solidaire, après les espaces plus contrastés, les milieux moins apaisés de l’école et de la famille. Au lieu de tenir un micro, la gosse point portée sur les oignons rêve des tréteaux, vocation éphémère vite contrariée par le père, homme en kimono guère rigolo et qui la baffa une seule fois, on (re)pense à Isabelle & Lino fissa ( La Gifle , 19...

Panique celtique

Image
  Exils # 143 (20/11/2025) « T’es pédé ou quoi ? » demande Depardieu à Perez : question de bon ton, désormais démodée, merci au moralisme cinématographique, à la police du lexique, dont le pronom indéfini importe plus que l’épithète obsolète. Diptyque de répliques explicites : « L’amour c’est la merde », toujours du junior , « Ils jouent à un drôle de jeu ces deux », observe avec justesse un flic à l’écoute. Comédie noire souvent desservie par sa forme de téléfilm, TF1 co-produit, l’incontournable Canal+ aussi, Le Pharmacien de garde (Veber, 2003) connut l’échec économique et critique. Alors âgé de trente-sept années, le fils de Francis mit une décennie à s’en remettre, remit le couvert sur un script assez similaire, puisque Bipolar (2014) a priori revisite de Hyde & Jekyll, tourné aux States , sa nation de formation, inédit ici. Autrefois assistant sur La Chèvre (Veber, 1981) et acteur dans Les Fugitifs (Veber, 1986), ensuit...

Le Concert et le Cimetière

Image
  Exils # 128 (16/09/2025) Dans Obsession (De Palma, 1976), autre avatar du complexe d’Électre, une restauratrice de tableaux invitait à sauvegarder la beauté, peu importe le palimpseste. Dans La 7 ème Cible (Pinoteau, 1984), la mamma de Ventura dissimule sous ses « gouaches » pas si dégueulasses des signatures de renom, découvre Degas d’un coup de chiffon. On devine vite que le procédé de la double couche s’applique au film, qui commence comme se termine Un papillon sur l’épaule (Deray, 1978) et se termine comme commence L’Espion qui venait du froid (Ritt, 1965). Cette fois, toutefois, l’acteur en bout de course et presque à bout de souffle ne se fait plus descendre à distance, en pleine rue passante et indifférente, il se fait tabasser arrivé au sommet d’un escalier à la Remorques (Grémillon, 1941) mais démuni de flotte, position surélevée perdue puis retrouvée, car il l’occupera en coda, indication musicale et spatiale. Ce récit d’une chute rempli de tumulte troq...

Le Paria et le Pactole

Image
  Exils # 103 (17/04/2025) Sans doute ulcéré par le succès des adaptations infidèles et personnelles de Pagnol ( Jofroi , 1933, Angèle , 1934, Regain , 1937, La Femme du boulanger , 1938), idem né en 1895, date symbolique, Giono créé sa société de films homonyme, démarquage de celle de Marcel, productrice ensuite du languissant Un roi sans divertissement (Leterrier, 1963), s’acoquine au « conseiller technique » Claude Pinoteau, à Costa-Gavras à l’assistanat, illustre illico son propre et original scénario. Jamais si bien desservi que par soi-même ricanent quelques critiques, hormis les plutôt positifs Cahiers du cinéma , bientôt itou dépités par le tandem d’ items de l’égaré Romain Gary ( Kill , 1972). On peut en partie les comprendre tant Crésus (1960) se réduit à l’anecdotique, sous couvert de conte économique, doté d’une morale sentimentale « à deux balles ». L’estimable romancier du Chant du monde et le poète loupé d’ Il n’y avait plus qu’à marcher...

Je m’appelle Victor

Image
  Un métrage, une image : Larmes de clown (1924) À   l’écuyère Waechter Chez Fellini ( La strada , 1954), une mère misérable, sens duel, monnaie le fruit de ses entrailles ; chez Sjöström, un père arrange le mariage de l’héritière de misère, vaille que vaille. Larmes de clown , titre alternatif des Clowns (1970) assez sinistre du réalisateur italien, parce que, véritables, ils le valaient bien, à ne confondre avec Le jour où le clown pleura (Lewis, 1972), la Shoah, etc ., commence comme un drame bourgeois, de Faust une version vaudevillesque, fi toutefois de Méphistophélès. En écho à Federico, il s’agit aussi d’une œuvre sur la découverte du mal, du mâle, sentimentale et morale. Quatre avant l’avènement de l’éprouvant Le Vent (1928), le cinéaste suédois cède à l’appel des sirènes de la naissante MGM, son Mayer de patron, sa mascotte de lion, animal local qui, in extremis , bouffera les fautifs, massacrera le tandem de mecs malhonnêtes, chouette. Associé...

L’Étudiante

Image
  Un métrage, une image : Club de femmes (1956) Cadeau illico, de quelques lignes, à Jacqueline Fi de saphisme sur film, amateurs, allez ailleurs, déjà déjoués jadis à cause d’Antonioni, le mesuré Le amiche , amies mimis, devenu vif le suggestif Femmes entre elles (1955), traduction-trahison, donc. Idem à destination du MLF, que ce « CDF » fera fissa frémir à force de conformisme, la pseudo-directrice moralisatrice transformée d’une scène à la suivante, notez le téléphone blanc, accessoire dérisoire du ciné d’antan, de rien, molto mussolinien, en midinette suspecte, peste, éprise, surprise, de journalisme marié, désolé. Le DAL, me direz-vous ? Je réponds réquisition d’occasion, interdiction d’expulsion, le droit, de squatter, de cramer, sous un autre toit on l’étudiera, oui-da. À défaut de (se) caresser le minou, nos chattes flattent le matou, s’amusent à l’idée de le manger, aussitôt pensé, aussitôt hôtel particulier déserté, envahi, en catimini, v...

Padre padrone

Image
  Un métrage, une image : Les Durs (1974) Entre les plus connus L’Emmerdeur (Édouard Molinaro, 1973) et La Gifle (Claude Pinoteau, 1974) sorti, voici un modeste buddy movie signé Duccio Tessari, dont on se souvient de L’Homme sans mémoire (1974) avec Senta Berger et de Zorro (1975) avec Alain Delon, diptyque à la fois anecdotique et assez sympathique, épithètes guère obsolètes nunc et hic . Co-écrit par Nicola Badalucco ( Les Damnés + Mort à Venise , Luchino Visconti, 1969 et 1971) & Luciano Vincenzoni ( Le Bon, la Brute et le Truand + Il était une fois la révolution , Sergio Leone, 1966 et 1971 ou Orca , Michael Anderson, 1977, Amazonia : La Jungle blanche , Ruggero Deodato, 1985, Le Contrat , John Irvin, 1986), tourné en extérieurs à Chicago et en intérieurs à Rome, Les Durs , aka Three Tough Guys aux États-Unis et Uomini duri en Italie, réunit Lino Ventura, Isaac Hayes ( New York 1997 , John Carpenter, 1981) et Fred Williamson ( Les Gue...

Tirez sur le pianiste

Image
  Notes sur (de) Claude Bolling… Décédé en décembre dernier, le compositeur ne (se) meurt, puisque sa musique (lui) survit. Durant une cinquantaine d’années, au ciné, à la TV, Bolling bossa beaucoup, comme le démontre l’anthologie jolie du précieux spécialiste Stéphane Lerouge, en clin d’œil explicite, patronymique, baptisée Bolling Story , qui constitue avec American Movies un diptyque discographique et cinématographique presque exhaustif. Soixante-dix-huit morceaux permettent au spectateur auditeur de confirmer que ce corpus possède un cœur et une vraie valeur. Au-delà de l’éclectisme des items , des formats, des textures, ces tonalités, demeure une ligne unique, unificatrice, celle bien sûr du jazz , même si le maestro à son piano paraît méconnaître la liberté expérimentale d’un Ornette Coleman, lui-même annexé en intense Interzone par son homologue Howard Shore , à l’occasion de la somptueuse partition du Festin nu (Cronenberg, 1991), passons. Outre vadrouiller avec Vian, ...

Une femme libre : Sandrine Bonnaire, aujourd’hui et hier

Image
Petit croquis d’une actrice atypique… On pardonnera toujours beaucoup à Sandrine Bonnaire, notamment d’avoir soutenu, naguère, une certaine Martine Aubry, incarnation exacte, sinon caricaturale, dans l’arrogance de son incompétence, d’une large part du socialisme français contemporain (que « ces gens-là », comme persiflait Thierry Le Luron en Jacques Brel, osent encore se dire de gauche relève de l’abus de langage et paraphe une imposture politique). Certes, elle épousa un acteur célèbre (William Hurt, excellent chez Ken Russell, Michael Apted, Héctor Babenco ou David Cronenberg , il participera d’ailleurs à la première réalisation fictionnelle de son ancienne compagne, J’enrage de son absence ) et un scénariste renommé (Guillaume Laurant, alter ego de Jean-Pierre Jeunet) ; bien sûr, elle cumule deux César, une Coupe Volpi vénitienne, on la vit là-bas à la Mostra puis à Deauville et Beaune, trio de festivals sous le signe de l’Italie, de l’Amérique et du polar...