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Affichage des articles associés au libellé Louis Lumière

Clair obscur

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  Exils # 133 (13/10/2025) Dans sa biographie de l’« auteur de films », mention (im)précise de plaque commémorative, à l’intitulé contradictoire ( Le Mystère René Clair ), Pierre Billard parle à juste titre de « morale libertaire », rappelle que le cinéaste répugnait au message, c’est-à-dire au film homonyme, cite l’auto-critique de l’intéressé « ironique » : « ambitieux mais écrit et réalisé trop vite ». Ressorti et à peine retouché en 1951, désormais restauré, disponible en ligne, À nous la liberté (1931) assume sa légèreté, son irresponsabilité, sa sécession en chansons. Sympathique et un peu vain, il dure une heure vingt, héritier du muet, exploitant le parlant, donc le son, accessoire réflexif du phonographe inclus. Escorté d’une dream team peu propice à la déprime, Auric à la musique, Meerson aux décors, Périnal à la photographie, l’« écrivain » dispose d’une caméra plus mobile que celle de Chaplin, vrai-faux plagiai...

L’Ombre et la Couronne

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  Exils # 106 (06/05/2025) « Il n’y guère de quoi rire » parmi « l’hystérie » maccarthyste, mais la « comédie » à moitié terminée sur les larmes du gamin renouvelle une trouvaille originelle ( L’Arroseur arrosé , Lumière, 1895) pour laver le sale procès. Au cabaret où ne craquer, gaffe à l’effroyable lifting, un tandem de mecs retravaille l’increvable modèle de la tarte à la crème. Voici du physique, du slapstick , comme un effort encore, avant de revenir en volant vers la patrie révolutionnée, volée, décor et hublot de studio, truquage de paysage d’un autre âge. Certes le scénariste/réalisateur/acteur/producteur/compositeur ridiculise sa cible, (dé)montre l’immoralisme de la « Commission » à la con, ne pratique cependant le prosélytisme, « roi et communiste » impossible indeed , jadis déjà le drapeau rouge ramassé, en tête de cortège porté, ne consistait à être encarté ( Les Temps modernes , 1936). Ironie terrible et au carré,...

New délit

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  Exils # 71 (16/01/2025) Comparé à Kill (Nikhil, 2023), John Wick (Stahelski, 2014) semble soporifique. Durant une heure quarante, exit le générique, le spectateur sans peur assiste ainsi à une castagne en huis clos déjà d’anthologie. Il s’agit ici aussi d’une histoire de filiation, d’insoumission, d’extermination, l’Amérique mythologique troquée contre un train indien, dont tout le monde ou presque souhaite descendre, où tout le monde ou presque se fait descendre. Si ce dynamisme au carré, concentré, exacerbé, l’action au diapason de la locomotion, celle de la machine et celle du film, pistes parallèles de travellings et de voyages immobiles, disons depuis le convoi des Lumière à La Ciotat, rime avec celui de Dernier train pour Busan (Yeon, 2016), encore un survival linéaire de chemin de fer, l’ouvrage évacue vite le filigrane de la lutte des classes, substitue aux zombies et aux capitalistes des bandits et des opportunistes. Alors que le Leone d’ Il était une fois dans...

Mad Max

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  Exils # 60 (07/11/2024) Les fins de vie et de carrière de Louis Gasnier & Max Linder ne font sourire guère : le premier, en dépit du plébiscite des Périls de Pauline , passa de Paramount à Monogram, cachetonna en acteur accentué, abonné aux rôles de Français, décéda en 63, dans un démuni anonymat, sur un banc de misère de célèbre boulevard stellaire ; le second, malgré de cosmopolites succès, subit de constants soucis de santé, se suicida à double tour (poison avalé + section du poignet), força fissa à l’imiter son mineur amour – démonstration d’ emprise , de féminicide , sinon de pédophilie, fustigent nos doctes féministes. Séparés par moins d’une dizaine d’années, par l’Ambigu d’Antoine pareillement et parallèlement passés, les poulains de Pathé à nouveau se réunissent en 1910, pour un petit exercice autofictif. Outre l’industriel/producteur précité, les acteurs/scénaristes/réalisateurs Georges Monca & Lucien Nonguet, donc trois hommes dans leur propre rôle...

Le Vol du grand Edwin

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  Exils # 56 (18/10/2024) Trois titres, trois trains, trois tons : A Romance of the Rail , The Great Train Robbery , What Happened in the Tunnel , tous trois de 1903, savent conserver leur vitalité, manient le matte et l’humour, persistent à dire quelque chose de peu morose des États-(dés)Unis d’aujourd’hui. Dans le premier, un couple impeccable papote sur un quai déserté, ensoleillé, embarque, regarde et parle du paysage, même ici se marie, merci au cordial curé lui-même immaculé. In extremis , deux types descendent aussi, mais DE DESSOUS la machine, chapeautés, époussetés, clochards en costards. Dans le deuxième, très célèbre, une bande violente détrousse un chœur de voyageurs et se fait fissa flinguer en forêt, bien mal acquis – fichu fric – en effet ne profite. Dans le troisième, le plus court, d’actualité toujours, en tout cas du côté de la « racialité », de la « sororité », mots « marqueurs » de notre époque, deux jeunes femmes profiten...

Camille redouble

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  Un métrage, une image : Le Mépris (1963) « C’est un film de Jean-Luc Godard », aussi ce voyage en Italie inverse celui de Roberto Rossellini (1954), propose un prologue à Pierrot le Fou (1965), adoube un blason sans toison bientôt développé dans Une femme mariée (1964), quand sa coda joue avec le souvenir du déjà italien et méta Quinze jours ailleurs (Minnelli, 1962). Bardot & Piccoli remplacent Bergman & Sanders, Michel en Marat s’amuse à singer le Dean Martin de Some Came Running (Minnelli, 1958), le couple plein d’entourloupe va voir au ciné le premier opus précité, Camille & Prokosch, in extremis et de manière moche, se cassent et s’encastrent au milieu d’un camion-citerne, accident de gisant annonçant Week-end (1967). Lang & Palance, Moravia & Homère, Delerue & Celentano, Ponti + la piaule de Malaparte, même de Demy un caméo en cabine de projo : tout ceci fait beaucoup, peut-être trop, la caméra de Coutard caresse des fes...

The Hours

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  Un métrage, une image : Station Terminus (1953) Aka Indiscretion of an american wife , titre très informatif de la version US raccourcie, sorry , remontée selon les desiderata de David O. (Selznick), qui du reste le produisit, pygmalion d’exception, d’obsession, évidemment muni de ses interminables « mémos » ; Truman Capote s’occupa des dialogues. Un homme, une femme, un mari de l’autre côté de l'Atlantique. Une gare en Italie, un train pour Paris, une échéance de départ, au bord du trop tard, de l’épouse (bien ou mal) décidée à quitter son amant, afin de fissa retrouver sa famille. Tension maximale, sentimentale, morale, sexuelle, temporelle : les plans sur l’horloge morose se montrent quasiment autant stressants que pendant l’épisode Four O’Clock ensuite signé Alfred Hitchcock, pas presents , plutôt Suspicion , salut à Soupçons (1941), accolade à Cornell (Woolrich), trois années après la transposition de Fenêtre sur cour (1954). En écho au v...

L’Esprit de la mort : Les Immortels

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  Qui veut vivre toujours ? Pas sans toi, mon amour… Comparé au moralisme de L’Esprit de la mort (Peter Newbrook, 1972), celui de Frankenstein paraît presque permissif : alors que Victor, bon baron, idem adonné aux délices sinistres de l’hubris, donnait certes naissance à sa pauvre et impure créature, perdait pourtant son frangin benjamin, sa servante innocente, son meilleur ami aussi, sa svelte Elizabeth, promise adoptive, je précise, puis presto son père et ensuite décédait, suivi de près par sa némésis suicidaire, polaire, Hugo Cunningham, puisque privilégié depuis cinq cents années, du pouvoir évitons de profiter, soutenons la domesticité, observons le monde en train de changer, aspire à prouver l’existence de l’asphyx du titre d’origine, à capturer sa présence au creux d’un réceptacle aux allures de cercueil raccourci ; hélas pour lui, cette immortalité à domicile, domestiquée, va vite conduire à une accumulation de deuils en série, ceux de sa seconde épouse, fi...

George de la jungle : Tristesse et liesse de Méliès

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  Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur treize titres de Georges Méliès. Sa société disparaît en 1913 et le cinéaste décède en 1938 : à la double césure calendaire de mondial drame militaire s’associent vite un veuvage, le trépas de sa progéniture, celui d’un frère d’affaires, de conflit financier, à New York acclimaté, en Corse intoxiqué, en plus du piratage, du protectionnisme et des procès US, peste, de la ruine, du recyclage – films d’un fier fabricant de chaussures fissa transformés en talonnettes suspectes pour piteux Poilus, nul ne sourit de l’ironie – et du placard d’une gare, sucré, à jouets, impasse à Montparnasse, amnésie de l’industrie, précédant la retraite mutualiste du milieu en mutation et la coda d’un cancer , alors quasi octogénaire. Avec tout ceci, on n’espère, on désespère, on repense davantage qu’à Verne à Zola, oui-da. Mais Méliès, artiste lucide, artisan stakhanoviste, peu capable ou coupable de capitalisme, a contrario de Charlot, a...

Les Parapluies de Cherbourg : Avoir vingt ans dans les Aurès

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Une séparation, une supplication, un mélodrame étymologique et mémorable… À la mémoire de Mag Bodard (1916-2019) Geneviève retrouve Guy au garage, les voici vite attablés, atterrés, lassés, enlacés. La caméra s’avance en travelling guère magnanime, remarquez dès maintenant l’accord des couleurs entre le miroir et le verre, le blouson et le meuble, la glace et l’imperméable, le foulard et la chemise. Le couple chante son déchirement, se sépare à l’unisson, Castelnuovo, quasi sosie de Demy, occupe l’écran, regarde hors-champ. Le dédoublement de l’aria à deux voix duplique le tandem des acteurs, des chanteurs, Catherine Deneuve & Nino Castelnuovo « ventriloqués » par les valeureux, invisibles, Danielle Licari & José Bartel, appréciez le play-back parfaitement répété, placé. Puis panoramique sur la pleureuse délicieuse, précédant un rapprochement et un travelling arrière qui tout sauf indiffère, aère le cadrage serré des amants secrets, désapprouvés, enco...

Train de vie : Notes sur les embarquements permanents

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Billet tapé à défaut d’être composté…  Une gare, c’est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien. Emmanuel Macron Le cinéma n’existe pas, pas encore. Le cinéma n’existe déjà plus, projection de progéria. Ce qu’il reste du cinéma ? Des films d’hier et d’aujourd’hui, tonneau (tombeau) des Danaïdes du mercredi. Le terrorisme en temps réel, les ouragans outre-mer, la Corée du Nord remakant Docteur Folamour  : absolument rien ne saurait abolir l’inanité sonore et guère mallarméenne des sorties inexorables ni le dédale de la Toile planétaire aux faux airs de somnifères. Demeurent en outre des gares, des trains, des trajets, reliquats de révolution dite industrielle, de dix-neuvième siècle obsolète, de transhumance de classes en masse, concurrencés par la route individualiste, voire le covoiturage à la page, bientôt gageons la téléportation façon Monsieur Spock et désormais l’ubiquité du cellulaire. Le cinéma, surtout méta, aim...