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Affichage des articles associés au libellé Guerre

Les Ombres et les Rayons

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  Exils # 193 (29/04/2026) Dans ses mémoires de boire et déboires, « Tony » Hopkins trouvait « anglais » ces récits de ciné, où renoncent les gens de tous les jours, surtout en amour, conformisme clivant, fissa « déchirant ». En ce sens, Guerre et Passion (1979), intitulé français à la Tolstoï, le titre d’origine se limite au topographique, rue du début puis perspective in extremis , se définit film britannique, en sus de la nationalité de l’équipe, du lieu de sa fabrique. Le mélodrame martial évoque davantage Lean intime que le glamour militaire d’ Officier et Gentleman (1982). Mélancolique et pudique, il expédie une scène sexuelle en deux plans point malaisants, comme disent les objecteurs de conscience d’aujourd’hui, torses dissimulés, mains enlacées, durant moins longtemps que le londonien bombardement. Après un prologue de « romcom »,   attaque et contre-attaque de simulacres, se tisse en montage alterné, bombes à larguer, infi...

Le Long Mensonge

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  Exils # 186 (02/04/2026) Dans sa filmographie autocommentée (Wolski, 2016), le cinéaste souligne la dimension autobiographique de Katyń (2007), absence du père, attente de la mère, liquidation de l’« intelligentsia », silence assourdissant, durant « quarante-quatre ans », des complices communistes, des alliés étrangers. Ce mensonge de la honte, collectif et (journal) intime, public et privé, le film ultime aux allures de réquisitoire et de requiem le (re)met en scène, en démontre le cynisme réversible, la manipulation à l’unisson. Des archives livides se voient ainsi assorties d’une voix off rejetant la faute sur l’ennemi du moment, armée rouge sang ou « gestapistes » allemands. Une balle dans le crâne, en rime à la Shoah homonyme, représente la caractéristique de chaque camp, parmi la forêt maculée qui effraie. L’exercice de didactisme historique et réflexif demeure valide aujourd’hui, le numérique et l’IA invitent à ce révisionnisme-là. Wajda ...

Zone d’intérêts

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  Exils # 115 (02/07/2025) Jeux interdits (Clément, 1952) en Slovénie ? L’aimable mélodrame martial possède son propre charme et l’on songe davantage à une seconde vallée, celle de James Clavell. Dans La Vallée perdue ( The Last Valley , 1971), flanqués de Florinda Bolkan, Michael Caine & Omar Sharif partageaient un répit relatif, parmi un précédent conflit ; dans La Vallée de la paix (Štiglic, 1956), un duo de gosses s’enfuit vers un improbable paradis, petite vadrouille où ça dérouille, avec un aviateur américain, protecteur et proie, pour « partisans » et pour soldats. L’ opus picaresque et modeste va vite, le voyage aux paysages en diagonale un brin Bergman pratique les bien nommés travellings . Linéaire plus qu’austère, les yeux mouillés mais jamais niais, le métrage d’un autre âge mérite quelques lignes d’hommage, ne fait perdre son temps au spectateur, ne fait de chantage à son cœur. Le prologue urbain, aux bombardements alliés destructeurs ...

La Grande Attente

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  Exils # 109 (14/05/2025) Dans Pierrot le Fou (Godard, 1965) Belmondo se suicidait à la dynamite, Anna Karina portait une robe écarlate ; dans Week-end à Zuydcoote (1964), il succombe à une bombe, aperçoit au lointain Jeanne en rouge. Le Nolan de Dunkerque (2017) et le Spielberg de La Liste de Schindler (1993) connaissaient-ils l’œuvre de Verneuil ? Peut-être, peu importe, ce titre restauré se suffit à lui seul, délesté d’héritiers. Flanqué de François Boyer ( Jeux interdits , Clément, 1952), Robert Merle, l’auteur de La mort est mon métier , matrice apocryphe de La Zone d’intérêt (Glazer, 2023), s’auto-adapte et dialogue cette chronique tragi-comique d’un couple de jours pas si historiques, plutôt pragmatiques. Si Fabrice ne voyait rien à Waterloo, Julien, Maillat et non Sorel, accomplit un périple picaresque, ponctué de rencontres pittoresques, comme ces vraies-fausses nonnes façon La Grande Vadrouille (Oury, 1966), de caméos plus ou moins rigolos, citons ceu...

L’Enfer des armes

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  Un métrage, une image : Eastern Condors (1987) Un soupçon des Douze Salopards (Aldrich, 1967), une pincée de Portés disparus (Zito, 1984), un virage vers Voyage au bout de l’enfer (Cimino, 1978) : Sammo Hung (re)connaît ses classiques, cependant ne les duplique, pas davantage ne délivre la matrice apocryphe et obsolète de Une balle dans la tête (Woo, 1990). Doté d’un tandem d’incontournables homonymes du cinéma de HK de ce temps-là, à savoir le scénariste Barry Wong ( À toute épreuve , Woo, 1992), le directeur de la photographie Arthur Wong ( La 36e Chambre de Shaolin , Liu, 1978, Il était une fois en Chine , Tsui, 1991), le réalisateur de valeur de L’Exorciste chinois (1980) ou First Mission (1986) signe en résumé un cocktail guerrier aux tonalités mêlées, comme seul l’écran hongkongais savait les concocter, les doser. Véritable cinéaste, il soigne chaque cadre ; star pas uniquement locale, il possède assez de générosité pour ne limiter les membres de...

La Charrette fantôme

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  Un métrage, une image : Un carrosse pour Vienne (1966) Une forêt de conte de fées défait, à défaite (« Hitler fichu ») guillerette ; une paysanne pas bavarde, veuve guère joyeuse de guerre affreuse, décidée, Dieu merci, à « réparer l’injustice » d’un mari trop tôt parti, parce que pendu pour l’exemple après avoir volé du ciment, tu m’en diras tant ; deux chevaux « braves » au cœur et à l’écart du drame ; deux soldats à hue et à dia, le premier malade, pessimiste, lucide, le second assez bon, au fond, « bon à rien », il le vaut bien, avec ses photographies de famille, son sommeil d’épuisé, d’employé des pompes funèbres improvisé, où sa Mutter maternelle il appelle : immobile road movie, dont le révisionnisme sentimentaliste évidemment déplut en Tchéco coco, fable affable fournie en hommes mais flanquée d’une seule femme, Un carrosse pour Vienne ( aka le plus pragmatique et moins satirique Un chariot pour Vienne...

L’Expérience interdite

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  Un métrage, une image : K.Z.9, camp d'extermination (1977) « De même, le cinéma montrant sans cesse des scènes de massacre et d’atrocités, vous finissez par croire que vous   êtes vaccinés contre la mort. C’est du courage en toc. »   Bernard Werber, Le Livre du Voyage Voici un ouvrage lesté d’outrages, qui ne pouvait être produit que durant les excessives seventies , libertaires ou permissives, suivant l’adoptée perspective. Si mon homonyme décédé, donc ressuscité, peut-être que Mengele à ceci aussi pensait, décidait soudain de le commettre aujourd’hui, non seulement il ne trouverait aucun financement, a fortiori du côté du ciné d’Italie, en soins palliatifs, comme chacun sait, depuis disons une trentaine d’années,   mais en sus il lui faudrait affronter de multiples néo-ligues de vertu, plus ou moins bienvenues. Le réalisateur des pas si redoutables, presque recommandables, L’Autre enfer (1981), Scalps (1987), des plus discutables Virus cannibale...

La Colline des hommes perdus

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  Un métrage, une image : Les Hommes contre (Francesco Rosi, 1970) Plus méconnu et moins bien-aimé que d’autres titres avec à nouveau Volonté, ici pour l’instant en retrait militant d’un socialisme à main armée, citons la trilogie que constitue L’Affaire Mattei (1972), Lucky Luciano (1974), Le Christ s’est arrêté à Eboli (1979), biopics en triptyque, Les Hommes contre , tourné parmi un pays alors encore appelé Yougoslavie, irrita l’Italie, où certains se soucièrent de sa dimension antimilitariste, ou estimèrent sa manière mélodramatique. Ecrit en compagnie de Rosi par le fidèle tandem Tonino Guerra & Raffaele La Capria, basé sur les impressions en situation et  in situ  d’Emilio Lussu adaptées de façon presque infidèle, porté par un trio de mecs remarquables, l’incontournable Cuny, l’éphémère Frechette, le valeureux Volonté, éclairé ad hoc par Pasqualino De Santis entre les idem crépusculaires et non sereins mais viscontiens Les Damnés (1969) et ...

Tant qu’il y aura des hommes

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  Inertie ou énergie, jadis ou aujourd’hui, un et un ou cinq contre un…   Souviens-toi : dans Victor Victoria (Edwards, 1982), Garner, lui-même vrai-faux gangster , réaffirmait sa masculinité (peu) menacée, parmi le « gay Paris », ses travestis, grâce à une grande bagarre. Dans Nobody (2021) et Invincible (2015), la virilité se donne à voir, pareillement, différemment. Le Zampano de Federico s’effondrait in fine ( La strada , 1954) ; le Louis Zamperini d’Angelina Jolie résiste, la lourde poutre hisse, crie de rage, dévisage l’adversaire, ne se laisse faire, même à terre, gagne le duel inégalitaire, son calvaire vite devenu spectaculaire, populaire, en plein air. Une trentaine d’années après Furyo (Ōshima, 1983), revoilà un combat, encore entre un Anglais, un Japonais, Miyavi autant musico que Sakamoto, à l’homoérotisme modéré, non plus improbable et impossible baiser pédé, mais onirisme de souvenir ensoleillé, paradis perdu du prisonnier battu, pas...

La guerre est finie

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  Un métrage, une image : Pluie noire (1989) Filmer l’infilmable, les effets instantanés, puis prolongés, du premier des crimes de guerre, des « crimes contre l’humanité », commis par les États-Unis, avec un cynisme définitif, n’oublions les observations, les interdictions, au Japon sous occupation, sans se soucier de Resnais ( Hiroshima mon amour , 1959), en se souvenant surtout d’Ozu – pari à moitié remporté, puisque musique surdramatique, due à l’incontournable Tōru Takemitsu, plus nuancé, plus inspiré, chez Teshigahara ( La Femme des sables , 1964), Kobayashi ( Kwaïdan , idem ), Ōshima ( L’Empire de la passion , 1979) ou Kurosawa ( Ran , 1985), allez, parce que le prologue, couplé à un retour en arrière, en enfer, reconstitution en accéléré, au risque de saper la célèbre « suspension d’incrédulité », rappelle plutôt la pétrification de Pompéi, qu’il n’annonce Nagasaki. Pourtant, Pluie noire opère, presque sans crier gare, un saut spatio-tempo...

Mais où est donc passée la septième compagnie ?

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  Un métrage, une image : La Grande Pagaille (1960) Ce récit d’Italie, de route et de déroute, accompagne le périlleux périple de quatre (pauvres) types, dépassés, trépassés, par des événements de revirement. N’en déplaise aux exégètes, aux amants du classement, il ne s’agit, jamais, d’une dite comédie à l’italienne, catégorie discutable, Chaplin opine, enchante et chagrine, certes moins stupide et raciste que celle, à la truelle, de « spaghetti western », Sergio Leone s’en désole, mais, bel et bien, d’un mélodrame martial et masculin, grevé de la gravité au carré du score d’escorte d’Angelo Francesco Lavagnino ( Les Sorcières du bord du lac , Tonino Cervi, 1970). Produit par Dino de Laurentiis, dont le nom fait au moins trois apparitions, durant le générique en images fixes, déjà figées, de bande-annonce immobilisée, l’ opus applaudi accompagne en plus, à sa manière douce-amère, le « miracle économique » capitaliste et consumériste, portraituré pied au plancher...

Kenji Mizoguchi, ça vous (re)dit ?

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  Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur huit titres de l’auteur. Miss Oyu (1951) Au fond d’une forêt de conte de fées défait, un orphelin flashe sur une femme, à la fois mère et ressemblant à la sienne. L’histoire d’un mariage d’arrangement puis blanc, d’un gâchis de chasteté, d’une rumeur de « lubricité », d’un échange des rôles et des destinées, s’affirme en fondus au noir, en profondeur de champ, en plans-séquences, en surcadrages. Collaborateur régulier, Yoda transpose à demi Tanizaki, souvent utilisé au ciné, là-bas ou ici, cf. La Clé (1983) de Brass, Berlin Affair (1985) de Caviani. Le vrai-faux vaudeville n’invite à sourire, car verse vers le mélo maternel au carré. Il convient de ne confondre le coucou et le corbeau, de respecter des conventions à la con, de recueillir un minot à la Moïse, abandonné par un Shinnosuke en train de (dé)chanter, de marcher, de s’écarter d’un explicite nocher. La fable fatale, sacrificielle, procède du s...