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Affichage des articles associés au libellé Irvin Kershner

Au non du père

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  Exils # 135 (20/10/2025) Dragons d’introduction, affrontement sanglant, auquel répondra la main coupée de la sorcière aristocratique et mélancolique, sens médical du terme, puisque liquide noir au lieu de rouge. Après ce prologue, écho de chaos, « l’instabilité règne sur le royaume de Terremer », réplique en rime avec celle, économique et politique, de la France d’aujourd’hui, pardi, un père royal se fait planter par son fils infernal, scène originelle, quasiment « primitive », dont la dimension symbolique stimule bien sûr l’interprétation psychanalytique. Si ceci ne suffit, voici aussi du marché esclavagiste et du commerce addictif, première dose offerte, dépendance à perpète. Cette noirceur délestée cependant de complaisance, à relativiser lorsque comparée aux histoires du soir des Grimm, Perrault and Co. , constitue l’un des motifs thématiques et dynamiques du film. La quête d’équilibre ne saurait par conséquent occulter l’obscurité au cœur des adultes co...

Le Messie et le Matricide

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  Exils # 121 (20/08/2025) « Abomination » s’exprime Rampling en sourdine, « amélioration » se félicite le cinéphile en séance gratuite. J’expédiai jadis ainsi la première partie : « Hiératisme, romantisme, scepticisme : pasteurisation nolanisation » ( Un film, une ligne ). Aujourd’hui je dédie quelques lignes à demi laudatives à sa suite – sic transit cinéma mundi . Sis sur le sable du désert et de l’arène, la poursuite du périple de Paul Atréides indeed mérite une mesurée estime. Certes, on y retrouve et on y réécoute hélas la mélasse bien ambient du sieur Zimmer ; certes, le sound design ne lésine sur les effets acoustiques, quitte à faire frissonner le fauteuil ; certes, la philosophie politique paraît presque simpliste comparée à celle du Prince de Machiavel – mais ce passif se voit en vérité dépassé, fluidifié, par l’actif d’une réflexion en action(s) sur les limites du messianisme. Si Lawrence d’Arabie (Lean, 1962), sa m...

Pas très catholique

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  Un métrage, une image : The Rosary Murders (1987) Huit années après son titre le plus emblématique, Terreur sur la ligne (1979), Walton signe donc son ultime film, avant de se transférer définitivement vers la TV, pour laquelle il dirigea déjà des épisodes des séries Alfred Hitchcock présente et Deux flics à Miami . Ce requiem à base d’inceste et de meurtres sériels inspirés par le Décalogue représente par conséquent un double adieu, adressé à une adolescente abusée, suicidée, à une éphémère carrière sur grand écran. Tourné à Detroit, ça se sent, ça se voit, en avril de vendredi saint malsain, ne te découvre d’un fil, ma fille, The Rosary Murders , intitulé explicite, ici aussi connu comme Confession criminelle , met en images un roman de William X. Kienzle, ex -prêtre et journaliste ensuite passé par l’université puis l’écriture de bouquins policiers, le premier consacré au récurrent curé Robert Koesler. Flanqué du fameux Elmore Leonard, lui-même de là-bas, diplômé d’...

Le Chat qui vient de l’espace

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  Un métrage, une image : Buzz l’Éclair (2022) Depuis Planète interdite (Wilcox, 1958) et L’Empire contre-attaque (Kershner, 1980), on sait que le psychodrame peut de surcroît se déployer dans l’espace, hyper ou pas, que l’ennemi intime soudain s’y matérialise, que la transmission s’assimile à une malédiction. Buzz carbure au « cristal » autant qu’à la culpabilité, Izzy aussi. Le premier éprouve une obsession de (dé)mission, ramener sur Terre les rescapés rangers  ; la seconde, en sus « spaciophobe », ne se sent digne du pedigree de sa grand-mère statufiée, sinon ressuscitée, merci à l’hologramme sentimental. Toutefois le temps file, défile, vouloir revenir en arrière s’avère délétère, le messianisme vaut moins que le pragmatisme, la vie se vit, évolue, ici, la solidarité se substitue à l’individualité. Lorsque, coincé sous un cône coloré, le bien nommé Buzz Lightyear affirme en sourdine son héroïsme, son immobilisme, dépressif, figuratif, la j...

Le Portrait de Dorian Gray

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  Conte comique, d’esthétique et d’éthique… « One man. One masterpiece. One very big mistake » affirme l’affiche. Les psys apprécient : l’homme en somme semble un enfant trop grand, le chef-d’œuvre vandalisé, à l’insu de son plein gré, dissolvant à éviter, CQFD, s’appelle en sus La Mère de Whistler , tout ceci sent ainsi l’acte manqué maternel, le complexe d’Œdipe à la truelle, de peintre en bâtiment, évidemment. Au côté de l’excellent Rowan Atkinson, croisé naguère chez Kershner ( Jamais plus jamais , 1983), Roeg ( Les Sorcières , 1990), Abrahams ( Hot Shots 2 , 1993) ou Kerr ( Johnny English contre-attaque , 2018), surprenant et impeccable Maigret à la TV, on reconnaît Peter MacNicol, déjà là au sein de SOS Fantômes 2 (Reitman, 1989), autre histoire de tableau à rendre marteau, moins emblématique, plus maléfique, aussi peu humoristique, où il incarnait encore un conservateur de musée dépassé, téléguidé, style Renfield, par un étrange étranger. Remarquez illic...

La vie est un long fleuve tranquille

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  Un métrage, une image : Madres paralelas (2021) Pendant le prologue, Penélope se prend un peu pour Faye ( Les Yeux de Laura Mars , Kershner, 1978), Cecil Beaton contre Helmut Newton, puis se soucie subito du squelette d’un ancêtre. Le cinéaste septuagénaire ainsi déterre les fossiles du franquisme, marronnier mimi de l’ in situ cinématographie, sorte de Vietnam d’Espagne, citons les noms d’illustrateurs illustres, ceux de Buñuel ( Viridiana , 1961), Saura ( La Chasse , 1966), del Toro ( L’Échine du Diable , 2001 + Le Labyrinthe de Pan , 2006) ou Malraux ( Espoir, sierra de Teruel , 1940), Loach ( Land and Freedom , 1995), Aurel ( Josep , 2020). En vérité, la division passée, presque sous silence, recherche de hochet, d’alliance, se réduit à un moralisme intime, intimiste, bancal, national, assorti d’un soupçon de saphisme, sur le Summertime de Janis Joplin. Téléfilmé, anémié, désincarné, dépassé, Madres paralelas enfonce des portes ouvertes alors qu’il ...

Jamais plus jamais : Sexe, mensonges et vidéo

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  À Jean Dujardin ses incultes conneries ; à Sean Connery sa méta mélancolie… Bond succombe donc à une femme en effet « fatale », en l’occurrence la cascadeuse Wendy Leech, pas si sangsue, plutôt un peu dévêtue, attachée, alitée : il se fait planter, au propre, pas au figuré, par celle qu’il devait délivrer, sauver, petit exercice de relecture et d’imposture du motif obsolète de la « demoiselle en détresse », Sardou l’assène, « femme des années quatre-vingt », quand tu nous (dé)tiens, pas seulement au bout de tes seins. Ceci ne lui suffit, il doit ensuite se farcir un débriefing de son plantage, cette fois-ci au propre et au figuré, allez, assorti d’une leçon de nutrition, d’une vraie-fausse prochaine mission, curiste, j’insiste. Au supérieur inférieur, l’agent amusant rétorque que sur le terrain, l’adrénaline prime, le jeu s’avère vite dangereux, on y risque vraiment sa vie, prisonnière douce-amère en sus. Pourtant la « preuve par l’i...

Lucy in the Sky with Diamonds

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  Coercition sanitaire ? Double dose d’air… Furie (Brian De Palma, 1978), Superman (Richard Donner, idem ), Dracula (John Badham, 1979) : entre deux épisodes de La Guerre des étoiles (Steven Spielberg, 1977 + L’Empire contre-attaque , Irvin Kershner, 1980), entre une visitation ( Rencontres du troisième type , Spielberg, 1977), une prolongation ( Les Dents de la mer 2 , Jeannot Swarc, 1978), une reconstitution ( 1941 , Spielberg, 1979), John Williams revisite la musique épique, le frisson fantastique, le style héroïque. Ce qui s’écoute ici procède ainsi de l’œdipienne parapsychologie, de la science-fiction messianique et mythologique, puisque Lois & Clark in extremis ersatz US d’Eurydice & Orphée, olé, du sombre romantisme assumé, transcendé. Si Badham en Albion délocalisé ne démérite pas, loin de là, l’âme de Williams anime l ’item climatique, l’enflamme en continu, lui confère un lyrisme fatal plus que bienvenu. Structuré autour d’un irrésistible leitmot...