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Affichage des articles associés au libellé Louis Feuillade

La Déesse de la détresse

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  Exils # 144 (25/11/2025) Datée d’une trentaine d’années, la version restaurée de Narayana (Poirier, 1920) s’ouvre sur des images du tournage, bref making-of d’exploitants en train d’explorer le studio, le temple art déco. Si les dames demeurent discrètes, des messieurs facétieux saluent l’objectif, c’est-à-dire désormais les cinéphiles en ligne. Puis on apprend que la première se passa au Gaumont-Palace, façade imposante en insert. Les principaux interprètes défilent en fondus dans la foulée, vous voici capturé de bon cœur, durant une petite heure, au creux soyeux d’une traduction très infidèle, presque pirate, de La Peau de chagrin de Balzac. Le successeur de Feuillade au poste de directeur artistique des produits de la firme à la marguerite engage Robert-Jules Garnier, donc le décorateur de Fantômas (Feuillade, 1913), L’Homme du large (L’Herbier, 1920), El Dorado (L’Herbier, 1921), La Femme de nulle part (Delluc, 1922) ou Un chien qui rapporte (Choux, 1931) et le film...

Au nom du Pierre

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  Exils # 117 (11/07/2025) Haceldama ou le Prix du sang (1919) s’ouvre sur une citation explicative, topographique et laconique, de l’ É vangile selon Jean , cela ne surprend de la part du réalisateur de Golgotha (1935), où Judas se resuicidera. Le tout premier plan du tout premier film de Duvivier, auteur disons supérieur, puisqu’il s’occupe de tout, du scénario, de la caméra, du montage, du labo à Bordeaux, de la production avec sa société Burdigala Films, in extremis signe même l’ item , jolie calligraphie, possède donc une pendaison d’introduction, de religion, suivie illico d’un sanglant couteau, tandis que ce métrage sans dommages carbure à la culpabilité, fonctionne au secret de famille enterré, au propre et au figuré, du côté de la Corrèze, planque balèze, au creux de laquelle concocter un vrai-faux western , mode d’époque, Gaumont ne dit non, une « grande scène dramatique en quatre parties », voire évangiles, témoignage sans outrage d’une « époque hé...

La Secrétaire

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  Un métrage, une image : Le Piège à cons (1979) À Jacqueline ou Bakounine Muni d’un thème musical inepte, surutilisé jusqu’à la nausée, ponctué de courses-poursuites empruntées au slapstick , Le Piège à cons constitue donc la vraie-fausse suite de Solo (1970), sinon de L’Albatros (1971), surtout une comédie noire terminée par un double meurtre de désespoir. Mocky s’y souvient de Malraux, trafiquant connu de sculptures du cru, de Delacroix, sa célèbre et à demi dénudée Liberté guidant le peuple délocalisée parmi un panier à salade, il fallait y penser, oser, se moque des annonces sexuelles du bobo Nouvel Obs , il relit aussi, à l’économie, la cavale de Clyde & Bonnie, désormais relookés en « terroriste » amatrice et professeur (un) peu en fureur. Durant le gouvernement finissant de VGE, rien ne va bien, rien ne va mieux, comme le constate illico l’exilé, aux diamants indonésiens sous le nez des douaniers passés. Rayan revient, pas vingt ans après...

Brice de Nice

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  Un métrage, une image : Pierrot, Pierrette (1924) À Jacqueline, cinéphile enfantine Fi de Fantômas (1913-1914), au plaisir Les Vampires (1915-1916), exit Judex (1917) : Pierrot, Pierrette appartient à la seconde partie et à la fin de la filmographie de Feuillade, qui se fiche des années folles, qui se soucie de gosses, qui alterne séries et unités. Feuillade filme en famille des familiers, flanqué de son beau-fils/directeur de la photographie/monteur Maurice Champreux, de son tandem de minots d’édifiants mélos, Geneviève Juttet ( aka Bouboule) & René Poyen, parce qu’ils le valaient bien, rapportaient du pognon à la Gaumont, ironie pas si jolie du spectacle acceptable de la misère douce-amère. Rien de surréaliste et sexy ici, ni d’anarchiste non merci : Pierrot, Pierrette pasteurise ainsi l’inspiration d’hier, d’avant-guerre, son histoire sans désespoir basée sur un foyer paupérisé séparé, retrouvé, élargi, ravi. Le moyen métrage commence à Nice, au cours du carn...

Dracula père et fils

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  Un métrage, une image : Dents rouges (Jean-Louis van Belle, 1971) Contemporain du climatique et plus chic Les Lèvres rouges (Kümel, 1971), Dents rouges , aka Le Sadique aux dents rouges , ne lui répond disons, davantage dialogue à distance avec Martin (Romero, 1977), (re)lisez-moi ou pas. Quant à sa coda aussi sur les toits, elle comporte une mascarade en clin d’œil au Bal des vampires (Polanski, 1967). En ceci découvrant, on sourit souvent, car ce métrage méconnu, qui manie la mise en abyme d’étranglement malséant et les images d’archives de destruction à répétition, ne manque d’humour ni d’amour. Il commence selon une chanson de désunion, un générique en négatif, sorte de bande-annonce ésotérique, érotique, au saphisme soft . Il se poursuit par un complot de toubibs en stéréo, tandem de médecins malsains, de tics atteints, à téléphone « portatif », fichtre. Traumatisé à cause d’un accident routier, où l’ami périt, donc du conducteur culpabilité, un pub...

État de siège

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  Un métrage, une image : Judith de Béthulie (1914) Deux ans avant la grosse Babylone de Intolérance (1916), voici disons la modestie de Béthulie. Plaisant péplum presque pionnier, puisque précédé en France par Feuillade ( Judith et Holopherne , 1909), le film de Griffith affiche son biblique féminisme. En ce temps-là, celui de l’Antiquité, celui du ciné muet, les professeurs de collège encore on ne décapitait pas, cependant on décollait les envahisseurs assyriens, rien de malséant ni de malsain, parce qu’ils le valaient bien. Pourtant la veuve intrépide et déguisée se voit vite aux prises avec un dilemme idoine. Entre la passion et la patrie, son cœur et son esprit hésitent, point sa main. Holopherne, affalé sur son lit magistral, blasé par des bacchanales, spectateur à la Sardanapale, en tout cas en écho de Delacroix, à Ninive se projette, au propre puis au figuré y perd la tête. Rentrée au bercail à muraille assiégé, Judith aussitôt devient une héroïne, sinon une sain...

Trapèze

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  Un métrage, une image : La Louve solitaire (1968) L’éphémère et transfrontière Danièle Gaubert décéda d’un cancer , quarantaine écourtée, carrière quittée, mais La Louve solitaire donne à (re)découvrir et sait conserver son aura , sa beauté. Face à cette fanatique de fric, aristocratique, acrobatique, le jour employée d’agence immobilière, la nuit impeccable monte-en-l’air, on (re)pense bien sûr à la Musidora des Vampires (1915) de Louis Feuillade, à la Brigitte Auber de La Main au collet (1952) d’Alfred Hitchcock, à la Monica Vitti du Modesty Blaise (1966) de Joseph Losey ou au contemporain criminel, cagoulé idem , de Danger : Diabolik ! (1968) dû à Mario Bava. Toutefois, le film presque orphelin d’Édouard Logereau, (dé)formé à l’IDHEC, documentariste en court(s) puis téléaste transparent, possède sa propre personnalité de piège parisien pluvieux, de fuite sudiste en été, de douce-amère moralité, à la double coda désenchantée. Figure du féminisme soft , Françoise pa...

Fantômas : Un pays qui se tient sage

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  Adieu au sérieux, bienvenu au malvenu… …la Déesse est d’abord un nouveau Nautilus. Roland Barthes, La nouvelle Citroën , Mythologies , 1957 De plus, il n’y a pas d’histoire apolitique. La politique se glisse toujours dans les histoires. Christian Petzold, entretien du dossier de presse de son Ondine (2020) Un demi-siècle divise Fantômas (1913) et Fantômas (1964), cependant deux productions Gaumont ; une guerre, en partie française, les agrège, « Grande » ou « sans nom ». (Louis) Feuillade affichait sa frontalité (de proscenium ), sa profondeur (de champ), sa fatalité (de fuite), pour un polar de (peine) capitale, de couperet pirandellien, premier opus d’un serial plébiscité, surtout par les surréalistes. André Hunebelle, « un vieux monsieur délicieusement courtois et bien élevé », dixit , sur son site , la mimi Mylène (Demongeot), armé de son fidèle tandem de scénaristes, dont son propre fils, le dialoguiste Jean Halain, à ne pa...

The Extra Girl : Le Trou normand

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Liesse de « natural born actress » + oignons et pognon… À Hélène Marchand, accueillante et résistante Aimable et amusant mélodrame familial et méta, The Extra Girl (F. Richard Jones, 1923) permet de (re)découvrir une actrice drôle et tendre, presque poignante. Pionnière et populaire, issue de parents appartenant à la classe ouvrière, Mabel Normand commença en modèle, fit un tour chez Griffith, escorta Mack Sennett, dirigea le juvénile Chaplin, devint la partenaire professionnelle et personnelle de Samuel Goldwyn, l’amie de Mary Pickford, posséda son studio, sa société de production, subit deux ou trois scandales, se drogua un chouïa, dit-on, puis décéda vers le mitan de la trentaine, victime d’une épidémie de tuberculose US, hollywoodienne, qui emporta aussi le supra réalisateur, quel malheur. Comédie douce-amère, de désillusion, de dessillement, The Extra Girl , produit Sennett oblige, déploie un peu de slapstick , au propre et au figuré, notez le bâton d’occa...