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Affichage des articles associés au libellé Jean-Louis Trintignant

L’Enfant du Président

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  Exils # 171 (24/02/2026) Prologue au téléphone, épilogue aux Goudes, entre les deux, une lettre volée, Marlowe à la place de Poe, la page de titre de Sans espoir de retour de David Goodis, je me tire littéraire et prophétie de Descente aux enfers (1986), mais aussi au domicile cinéphile une affiche du Journal d’une fille perdue (Pabst, 1929) et au-dessus d’une salle de ciné celle des Chiens de paille (Peckinpah, 1971). Giroud & Girod, encore une lettre (en)volée, retrouvée, la mise en images d’un roman édité chez… Mazarine. En dépit du script signé d’une initiée, puisque journaliste passée par l’Élysée, d’un carton de coda à la fameuse formule cette fois-ci de facto ironique, « toute ressemblance » telle une évidence, Le Bon Plaisir   (1984) ne s’assimile au portrait détourné, très chargé, d’un certain François Mitterrand, alors au pouvoir depuis trois ans, même si de courtes écoutes, un gamin adultérin, les médiatiques « chiens » (caméo ...

L’Étranger de L.A.

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  Exils # 50 (16/09/2024) Un papillon sur l’épaule se termine sur la mort de Lino Ventura, descendu dans la rue, tombé à distance et dans l’indifférence, effet snuff movie garanti. Un homme est mort – aussi co-écrit par Jean-Claude Carrière – s’appesantit sur l’agonie de Jean-Louis Trintignant, au creux de l’habitacle d’un corbillard, un gamin proche et lointain pour témoin. Ce dernier plan, assez sidérant, audacieux et silencieux, avant l’arrivée de l’énergie funky du thème de Michel Legrand, démontre en sourdine une maîtrise de l’espace et du temps (surcadrage du pare-brise, durée dilatée), une manière de magnifier, sinon d’immortaliser, en image arrêtée, le grand moment d’un talent évident (l’acteur majeur touche sa bouche, aussi ahuri et motorisé que le trop calme Dustin Hoffman des Chiens de paille ). Le meilleur du cinéma de Jacques Deray, réalisateur à succès, auteur à réhabiliter, possède ainsi cette densité existentielle, cette mélancolie individuelle, ce qui sied à ...

La Moustache

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  Un métrage, une image : Le Moustachu (1987) L’unique film du discret puis décédé Dominique Chaussois associe ainsi Les Barbouzes (Lautner, 1964) à Drôle d’endroit pour une rencontre (Dupeyron, 1988), Le Grand Blond avec une chaussure noire (Robert, 1972), encore Rochefort, revoilà Vladimir Cosma, au Dîner de cons (Veber, 1998). Le mal piégé mais bien nommé Duroc, indeed  « indestructible » davantage qu’imbécile, peut aussi évoquer le Clouseau de Blake Edwards. Rochefort, toujours moustachu, affronte donc Brialy, bien sûr barbu. L’histoire se passe en 1986, la vignette l’atteste ; un an avant s’affichait « l’affaire du Rainbow Warrior », dont « l’affaire du Bourget » paraît le diégétique reflet. D’un fiasco à l’autre, on substitue au sabotage de bateau écolo celui d’une automobile destinée à des terroristes peu portés sur la mythique « douceur féminine », plutôt sur le sérum de vérité in extremis , quelle malice, à soi...

La Douleur

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  Un métrage, une image : « Ça n’arrive qu’aux autres » (1971) Deux ans avant Ne vous retournez pas (Roeg, 1973), « Nadine Marquand Trintignant écrit et filme » la mort d’une enfant, le comportement des parents, s’inspire du décès de la sienne, celle aussi de Jean-Louis. Tandis que Marie, dédicataire, en plein air, s’occupe d’un oiseau, avec un taiseux Benoît Ferreux ( Le Souffle au cœur , Malle, 1971), le générique aligne les noms en relation, sinon d’une génération : Lelouch & Pinoteau, Serge Marquand & Catherine Allégret, William & Nicole Lubtchansky, Michel Polnareff & Jean-Loup Dabadie , Corneau & (Élisabeth) Rappeneau. Durant une heure trente de douleur, le spectateur quitte pendant une demi-heure le grand appartement, fi du téléphone, voici des bougies, décoré par Gitt Magrini ( Le Conformiste , Bertolucci, 1970 ou Peau d’Âne , Demy, idem ), qui costume en sus. « Catherine » & « Marcello » désire...

Pacte avec un tueur

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  Un métrage, une image : Le Combat dans l’île (1962) Il convient de l’avouer : on s’attendait en sourdine à la matrice de L’Insoumis (Cavalier, 1964), mais ici l’Algérie, indépendante depuis, deux mois avant la sortie, n’apparaît que pendant une réplique, l’extrême droite à l’épithète se limite, l’OAS reste en retrait, société secrète de chasseurs menteurs, sinon amateurs. On sent vite que tout ceci, à l’instar de l’auvergnate zone libre, à maréchal infernal, des réfugiés d’Argentine, naturellement allemands, du pedigree colonial de l’instructeur dénonciateur, n’intéresse Cavalier qu’en surface, lui-même mis en abyme, en reflet fugace, sur la glace d’une DS plus funèbre que celle de Fantômas (Hunebelle, 1964). À l’instar de Irréversible (Noé, 2002), au passage (souterrain, utérin) autre triangle d’enfance, de désespérance, Le Combat dans l’île documente d’abord, d’accord, l’évidente, émouvante, complicité d’un couple pas seulement, ensuite, de ciné, Romy Schneid...

L’Homme aux yeux d’argent : Trintignant, tout le temps

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  Nonagénaire doux-amer, tendre et vénère… À la mémoire de Gaspard On retrouve souvent Trintignant sur mon miroir dérisoire et déterminant, disons donc au détour de Amour (Haneke, 2012), Été violent (Zurlini, 1959), La Femme du dimanche (Comencini, 1975), Les Pas perdus (Robin, 1964), récemment de Club de femmes (Habib, 1956), Trans-Europ-Express (Robbe-Grillet, 1967), Et Dieu… créa la femme (Vadim, 1956), Le Fanfaron (Risi, 1962). La filmographie de Jean-Louis associe ainsi, sur six décennies, la France à l’Italie, la présence à l’absence, le nombre à l’ombre. Il existe un mystère Trintignant, comme l’énigme intime d’un comédien, acteur, homme immanent, distant, d’un survivant au milieu mais en même temps à la marge de son temps, endeuillé doublement, durablement, médiatiquement. Aucun parent ne devrait avoir à enterrer ses enfants, ce que fit Jean-Louis, époux de Nadine, père de Marie & Pauline. Auparavant, son propre paternel passa par les Baumettes, sa mère...

Tout Just : Le Malentendu

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Une vie, quelques films, « toute une époque » et pas une pointe d’amertume. Voici un sympathique et anecdotique ouvrage ( portfolio de photos en « cadeau »), à l’image du personnage et de ses métrages, surtout le très surfait Emmanuelle (mais une pensée sincère pour la vraiment regrettée Sylvia Kristel) ou l’anodin/mondain Madame Claude (Françoise Fabian, assez méprisante, appela cela « faire des ménages »). Just Jaeckin, survivant d’Algérie, d’où, sans doute, une partie de sa (parfois farceuse) mélancolie, commune à Philippe (Labro, élogieux préfacier) de Broca, autre soldat-cinéaste au même endroit au même moment (alors baptisés du rassurant « événements »), illustra aussi par hasard le chef-d’œuvre de Dominique Aury ( aka Pauline Réage) dédié à la mystique et suicidaire servitude amoureuse volontaire (E. L. James peut aller se rhabiller, nuancée ou non), ironie érotique pour un homme finalement très pudique et maladivement (b...

Amour : Gerontophilia

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Suite à son visionnage sur le service Pluzz de France Télévisions, retour sur le titre de Michael Haneke. Assez chambré par nos soins pour sa finesse éléphantesque (sauvagerie scolaire et quasi complaisante de l’espèce humaine), sa propension à donner des leçons (spécialement sur la violence au cinéma), sa posture puritaine d’auteur démonstratif (mettre le spectateur à distance de ses vils plaisirs scopiques, le malmener en faisant des manières maniéristes), Haneke se refait une santé en compagnie contradictoire de la maladie. Le possible masochisme à s’infliger une large part ( Benny's Video , Code inconnu , La Pianiste , Caché , Le Ruban blanc ) de la filmographie de ce cinéaste prisé par William Friedkin – que nous aimons entièrement, lui, en semblable et mémorable explorateur des nuits de l’âme – paierait donc in fine  ? Oui et non, seulement en partie, tant le naturel, conceptuel et visuel, finit toujours par revenir (au galop lent de Trintignant), y compris...