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Affichage des articles associés au libellé Eugen Schüfftan

La Belle et la Bête

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  Un métrage, une image : La Cité de l’indicible peur (1964) À la fantastique Jacqueline Le « flic » de Bourvil, six ans avant celui de Melville ( Le Cercle rouge , 1970), s’excuse de coffrer les coupables infortunés, comme son homologue amerloque ( Le Retour de l’inspecteur Harry , Eastwood, 1983), laisse in fine la criminelle se faire la belle, se livrer de son plein gré à la captivité de l’incrédule Poiret, képi = calvitie, assure le médecin atteint de misanthropie (« Tout le monde ici mérite d’être arrêté. Ici comme partout, d’ailleurs, toute l’humanité souffrante »). Matrice apocryphe de l’aussi atmosphérique, moins comique, Litan (1982), La Cité de l’indicible peur , aka La Grande Frousse , emprunt imposé à la complainte explicite du générique, aux lyrics co-signés du dialoguiste Queneau, associe ainsi le satirique au whodunit , le légendaire au faussaire, un boucher « cinglé » presque proche de Chabrol ( Le Boucher , 1970), de ...

Folies de femmes

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  Un métrage, une image : Forfaiture (1937) De l’hommage à l’outrage, peu d’espace, les vandales le savent, L’Herbier dut s’en douter, ne sut résister à la tentation de remaker l’ouvrage révéré, à l’origine de sa vocation. Mais l’exotisme et l’érotisme du co-scénariste Hector Turnbull, d’ailleurs producteur non crédité de Cœurs brûlés (Sternberg, 1930), le sado-masochisme à la mode DeMille ( Forfaiture , 1915), apparaissaient auparavant, dès L’Argent (1928), d’après Zola, oui-da. Vingt-deux ans plus tard, pas de hasard, voici le temps du cinéma dit parlant, dépaysant, car colonial, voire colonialiste, au racisme assumé, même déminé. Escorté de l’exilé Companéez ( Casque d’or , Jacques Becker, 1952), du cinéphile Auriol, d’un futur fidèle d’Ophuls, nommons donc Natanson ( La Ronde , 1950, Le Plaisir , 1951, Lola Montès , 1955) ; assisté des fidèles Ève Francis & André Cerf ; flanqué de l’éclairé Schüfftan ( Drôle de drame , Carné, 1937) ; financé par...

Un drôle de paroissien : La Part des anges

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  Si l’habit ne fait le moine, le regard transforme le monde…   Mocky jamais ne se moqua de la foi, sans cesse de son commerce, avec évidemment l’acmé du Miraculé (1987). Mocky & Moury, co-scénariste attitré, signataire aussi de L’Affaire d’une nuit (Verneuil, 1960), transposent ici, en sa compagnie, un bouquin de Michel Servin, à l’intitulé latin : Deo gratias . Mocky confie le montage de ses images à Marguerite Renoir, qui travailla sur Snobs ! (1962), qui travaillera sur La Grande Frousse / La Cité de l’indicible peur (1964). Quant à la musique, rieuse ou religieuse, voilà Kosma. Dans Un drôle de paroissien (1963), on aperçoit le copain Jean Poiret, la compagne Véronique Nordey, on voit surtout Bourvil, acteur complice et docile, sans doute surpris du succès d’un film qu’il aida à financer, sans doute reconnaissant du (rem)placement (de Fernandel), dû à un certain Gabin. Face à l’aristocrate paresseux, dépossédé, pas à court d’idées, d’abord brebis éga...

Drôle de drame, Hôtel du Nord, Les Assassins de l’ordre : Vous connaissez Marcel Carné ?

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  Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur trois titres de l’auteur. Drôle de drame (1937) Déjà Jaubert, ses notes de L’Atalante (Jean Vigo, 1934), réentendues au début de Hôtel du Nord (1938) ; déjà Eugen Schüfftan ( Le Quai des brumes , 1938), à la lumière, à l’obscurité, en trio avec Louis Page, régulier de Grémillon, Henri Alekan, bientôt au côté de Cocteau ( La Belle et la Bête , 1946) ; déjà Jean-Pierre Aumont, en prison. On compte Prévert & Trauner, on calcule une screwball comedy ,  au rythme un brin rassis. Les ouvrages si sages, si soignés, du classique Carné, se caractérisent par des troupes dépourvues d’entourloupe, par une précision propice à l’émotion mesurée, fi d’effusions déplacées. Drôle de drame démarre un tandem « remarquablement remarquable », résume l’inspecteur opportuniste, a fortiori fumiste, il abonde en bilinguisme de surprenantes surimpressions, comme si persistait l’époque des doubles versions. Adap...

Dolls

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  Un métrage, une image : Barbe-Bleue (1944) Perrault & Dmytryk ( Barbe-Bleue , 1972) ? Plutôt le Poe du Portrait ovale , voire le Powell du Voyeur (1960). Les « féminicides » à profusion a fortiori les féministes effaroucheront, mais jamais de misogynie ici, au contraire, car le cher Ulmer ne magnifie ni n’absout son assassin artiste, n’esquive la terreur des victimes, cf. la scène du supplice de Francine, femme flic en costume (d’époque) miroitée, fissa étranglée par une cravate identifiée en français, retrouvée sur le lieu du crime et bien sûr ensuite dans Frenzy (Hitchcock, 1972). Cependant nulle trace de sadisme sexuel chez le marionnettiste triste, meurtrier rancunier incapable de dépasser un trauma sentimental de jadis paupérisé altruiste, pardon du pléonasme. Tournée en moins d’une semaine, avec des bouts de ficelles (de pantins faustiens), des toiles peintes, une modeste maestria du maniement de la caméra, bénéficiant de la double présence ...

Pleins feux sur l’assassin : Une mise en lumière d’Eugen Schüfftan

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Après Bruce Surtees, mise à l’honneur d’un autre lumineux « prince des ténèbres ». Il faudrait gifler tous ces critiques assermentés pas même fichus de lire et encore moins de comprendre un générique de film. Il faudrait rappeler aux « cinéphiles », cette caste si peu remplie d’iconoclastes, double acception, que n’en déplaise à l’idéologie-stratégie de la Nouvelle Vague, « l’auteur du film » ne s’identifie pas (seulement) au réalisateur, que chaque collaborateur procède du métrage, que ce dernier, disons dans une perspective structuraliste, à tout prendre plus stimulante que l’approche biographique, déjà rassie au temps de Sainte-Beuve analysant l’œuvre de Baudelaire à la lueur de son CV, quel crétin, finit par se réaliser lui-même, sans jeu de mots, quoique, qu’il constitue un organisme (polymorphe), une machine (de guerre), une dialectique collective, un jeu sérieux, un monde en soi ouvert sur le monde « réel », une énigme sensor...