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Affichage des articles associés au libellé Jean-Pierre Rassam

La Petite Illusion

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  Exils # 123 (29/08/2025) À défaut d’autre chose, Pauline Kael possédait la capacité de pondre des pages et des pages pour vomir sur Eastwood, déféquer sur Kubrick. Rassurons le lecteur : il ne lui faudra les trois heures du film et de sa vie avant d’avoir un avis à propos du Comte de Monte-Cristo (de La Patellière & Delaporte, 2024). É clairée comme une publicité, musiquée au kilomètre par un zélateur de Zimmer, filmée tel un téléfilm, calibrée Canal+, W9 et M6 coproductrices, cette vraie-fausse fresque à la finesse éléphantesque, au succès critique, économique, même ici, au terme de la séance gratuite et tardive, le public applaudit, donne donc un repas méta, presque à la Pialat, manie la métonymie. É mule méditerranéen du dramaturge Hamlet, l’hôte se moque de ses convives avides, leur fout la frousse à coup de « fantôme » et d’« infanticide », d’un coup sur la table apprécié de la salle, occupée au complet. Danglars idem se régale, qualifie le...

Moi y’en a vouloir des sous : Habemus papam

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  Pochade poujadiste ? Lucidité de cinéaste… Après les centurions concons, à gros « « bobo » un brin « facho », de la sécuritaire compagnie républicaine, un plan-séquence en tandem de marche urbaine, durant lequel l’adroit Préboist son monologue bientôt motorisé déploie, flic frappeur toutefois autrefois tenté par le métier d’infirmier : Yanne savait se servir d’une caméra, pas seulement en vrai-faux alter ego de Pialat ( Nous ne vieillirons pas ensemble , 1972), servir sa troupe – au lieu de la soupe – de ciné sans la couverture à lui tirer. La suite et l’ensemble de l’estimable et recommandable Moi y’en a vouloir des sous (1973) le démontrent aisément. À découvrir aujourd’hui sa deuxième réalisation, produite en compagnie de l’incontournable Rassam, on ne peut qu’en constater à la fois le caractère daté, l’actualité, le soin porté à chaque plan, à chaque instant, l’absence d’amateurisme et de cynisme. Yanne filme des syndicalistes, des gauc...

Biographie d’un sexe ordinaire : La Poursuite du bonheur

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Macha Méril réincarnée en Catherine Millet ? Pas que, tant mieux. Tell me what you really like Baby I can take my time We don’t ever have to fight Just take it step-by-step I can see it in your eyes ’Cause they never tell me lies I can feel that body shake And the heat between your legs You’ve been scared of love and what it did to you You don’t have to run I know what you’ve been through Just a simple touch and it can set you free We don’t have to rush when you’re alone with me The Weeknd & Daft Punk, I Feel It Coming Ceci commence ainsi : « La première fois que j’ai pris conscience d’avoir un sexe, ce fut à l’âge de huit ans, quand un ouvrier espagnol ou portugais, que je saluais tous les jours en allant et en rentrant à pied de l’école communale, m’entraîna dans le sous-sol de la maison en construction à côté de chez nous. Il releva ma jupe, tira ma culotte Petit Bateau et se mit à me caresser entre les jambes en me disant ...

Cadavres exquis dans le 7e Art : Quatre créateurs du cinéma mondial : L’Argent

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Le chic du fric pour « faire la nique » capitaliste aux critiques auteuristes…   L’auteur sait lire plutôt qu’écrire ; du reste, personne ne lui demande de jouer les Michelet du cinéma et, en tant qu’historienne improvisée, elle s’en sort honorablement, au-delà de confusions graphiques ou identitaires passagères (Welles pour Wells, King pour Charles Vidor, Retour vers l’enfer au lieu de Voyage au bout de l’enfer , « Sylvio » Berlusconi et compagnie). L’ouvrage, épais et fluide, aux faux airs de Vidal et au titre nécrophile discutable, vaut essentiellement pour son caractère synthétique (l’appareil des notes, souvent des renvois bibliographiques, fait une trentaine de pages). Marie-Christine de Montbrial, elle-même productrice pour les écrans petit et grand, accessoirement ancienne de Gaumont, retrace le parcours professionnel et privé d’un quatuor de valeur et de pouvoir, avec à l’arrière-plan sept décennies de création et de commerce des deux c...

Chair pour Frankenstein : Les Enfants du silence

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La porte d’entrée dantesque d’un diptyque à vous « filer la trique », à vous en faire « mal aux zygomatiques » ? Pas vraiment, heureusement, horriblement et merveilleusement…  Nul cinéaste ne l’ignore : chaque film s’avère une expérience in vivo , l’élaboration d’un corps à partir d’éléments épars, la mise au monde par procuration d’une créature revenue d’entre les morts. Le tournage, les postes et les collaborations, la distribution-projection et la nature funéraire du « septième art » en font le terrain de jeux naturel des héritiers plus ou moins reconnus de Mary Shelley, le terreau fertile dans lequel enraciner leurs innombrables variations du récit matriciel. Oser passer derrière une caméra revient donc à jouer au baron, au Re-Animator , à rassembler des morceaux de chair, des peaux de pellicule, des tas d’octets, à concurrencer Dieu, mort, absent ou instrumentalisé, davantage que ses petits camarades au box-office . Que cette m...

Innocent : L’Outremangeur

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Ne pas nuire mais construire, aimer plutôt que pleurnicher, durer puis savoir s’en aller… Dans une sorte de conversation (alerte, lue d’une traite) par procuration avec le lecteur, l’auteur ne signe ni une autobiographie (cf. Ça s’est fait comme ça ) ni une défense (s’excuser, se justifier, se lamenter, symptômes contemporains). On pense ce que l’on veut de Gérard Depardieu, homme attachant et clivant, acteur-comédien incontournable depuis une cinquantaine d’années (sa filmographie parle suffisamment pour lui, contrairement à celle de Philippe Torreton, anecdotique petit jésuite judicieusement et lapidairement « recadré » par l’amicale Catherine Deneuve), désormais persona ponctuelle aux sorties « scandaleuses ». Son livre, spontané, léger, colérique et pudique, souvent juste et parfois scolaire (même s’il ne fréquenta guère l’école et s’en réjouit), ne vise pas à conserver un parcours dans le formol de la Littérature (écrirait Barthes) mais à le transmett...