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Affichage des articles associés au libellé Carlos Saura

Le Neuvième Homme

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  Exils # 169 (11/02/2026) À Maïté Du givre sur les épaules évoque Pagnol, surtout celui de Manon des sources (1952) : un instituteur y retrace « les terribles événements du bois d’Errosas », coda d’hécatombe d’une lutte des classes sise en sierra, au village enclave de Biescas de Obago. Le mélodrame marxiste et romantique, rural et choral, se termine sur un massacre moral, exercice de darwinisme poussé au paroxysme. Les « héritiers » un brin bourdieusiens et « requins » humains de « maisons » façon Frank Herbert s’y déciment de manière horrifique et orgasmique, prétendants s’étripant, relecture ironique de la table rase fatale du féroce Ulysse, revenu lui aussi chez lui in extremis . Huit macchabées en obscure forêt paraissent pourtant anecdotiques face au conflit fratricide, moins proche que lointain, de la guerre d’Espagne, qu’alimente la contrebande d’armes. Le fait divers légendaire occupera en effet une « demi-colonne e...

La Camisole et l’Exode

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  Exils # 81 (13/02/2025) Le même matériau d’origine – La Famille du Vourdalak d’un cousin de Tolstoï – mais pas le même film : La Nuit des diables (Ferroni, 1972) ne décalque le sketch central des Trois Visages de la peur (Bava, 1963). Adios Karloff tendre et féroce, exit le gothique romantique, à ravir et rassurer les amateurs de la Hammer, fi d’une direction de la photographie remarquable et reconnaissable. Nous voici désormais dans les années soixante-dix, décennie de « crise » pas seulement économique, d’audace et de désastre, de doute et de déroute, de « films de fesses » et de MLF, de terrorisme pas encore qualifié d’islamiste. Le caro Mario s’activa vite, opéra fissa sa transformation stylistique, avec le séminal et cynique La Baie sanglante (1971), matrice pas si apocryphe du slasher US et aussi modèle de misanthropie. Le collègue Giorgio mit plus longtemps, douze ans, avant de délaisser la beauté, la singularité, du renommé, du réussi, L...

Salauds de Suède

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  Exils # 73 (22/01/2025) Un canicide, quatre homicides, dont un « féminicide », un viol collectif, un suicide explosif : ça ne chôme pas, chez les Suédois. Au-delà du ciné, depuis des années, le fameux « modèle » bat de l’aile, aux prises avec des maux plus ou moins modernes, ce qu’atteste une pelletée de textes populaires classés en littérature policière, Läckberg Camilla ne nous contredira. Une récente étude de la Drees, analyse statistique certes toujours suspecte, place aussi cet autre « plat pays » parmi les plus dépressifs d’Europe, derrière notre Hexagone, paraît-il le premier à déprimer. On oublie donc Bergman, même et surtout celui de La Source (1960), on remate Razorback (Mulcahy, 1984), on chine les représailles des Chiens de paille (Peckinpah, 1971) car The Hunters (Sundvall, 1996) retravaille une horreur rurale et locale à côté de laquelle le mimi Midsommar (Aster, 2019) et son sacrifice festif ressemble à une blague pseudo-s...

Les Jeux d’Elsa

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  Exils # 37 (12/06/2024) « Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire » écrivait le résistant Aragon (Les Yeux d’Elsa ) : avouons vite ne conserver de Di Di Hollywood (2010) que le souvenir d’un ultime titre anecdotique, comme si le fréquentable et toutefois inégal Bigas Luna ( Angoisse , 1987 ; Jambon, jambon , 1992 ; Bambola , 1996), décédé ensuite d’une leucémie, délivrait ainsi son Showgirls (Verhoeven, 1995) à lui. Le moralisme méta, la satire réflexive, le vide obscène des riches et des célèbres, on les laisse à ceux qu’ils intéressent, on attend davantage des images que la démonstration de leurs mirages. Mais l’on y remarqua, oh oui, la remarquable Pataky, Diana Diaz – clin d’œil de dédoublées initiales à notre Brigitte Bardot nationale – sur le podium puis dans l’impasse. Telle la courageuse Elizabeth Berkley, Elsa Pataky subit quelques moqueries, son physique impeccable, souligné par le sensuel Bigas, la rendant presque suspecte, to...

La Moustache d’Angela

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  Exils # 5 (08/08/2023) Dans Dernière nuit à Milan (Di Stefano, 2023), le commissaire concluait : « L’argent, c’est le Diable incarné. » Presque quarante ans avant, dans Vivre vite (Saura, 1981), Pablo, soudain visé par sa moitié à main armée, philosophait en reflet : « C’est le Diable qui charge. » En réalité de thriller désenchanté, de chronique tragi-comique, de western solaire et sec, le succube se prénomme Angela, on appréciera, elle sème aussitôt la discorde et le désordre au sein du masculin trio, que composent un beau gosse timide amateur de BD, un pyromane couvert d’acné, un fournisseur de horse qui ne voudrait tuer, qui tue contre son gré. Pas bien malins, avec ou sans Malin, cette trinité ludique et pathétique cogite, s’agite et périclite du côté d’une Espagne banlieusarde et rurale. Du « centre géographique » doté de sculptures de « Sacré-Cœur », monumental et endommagé par les « rouges » d’une guerre méc...

L’Obsédé

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  Un métrage, une image : La Petite Voiture (1960) Chorale chronique tragi-comique, La Petite Voiture , presque à vive allure, vitesse modeste d’ouvrage bref, paraît répondre à Umberto D. (De Sica, 1952), autre conte cruel de la vieillesse, de la détresse. Mais voici, Rafael Azcona remplace Cesare Zavattini, coscénariste régulier du cinéaste délocalisé, ensuite d’un certain Carlos Saura, à partir de Peppermint frappé (1967), où retrouver, à peine plus âgé, l’impeccable José Luis López Vázquez. Donc la satire se substitue au mélodrame, l’amical à l’animal, le famillicide au suicide. Le troisième film de Ferreri va être primé par la presse à Venise, pourtant l’ ex -colporteur de projecteurs connaîtra quelques soucis avec la censure hispanique, prié de vite délivrer un épilogue plus conforme à la morale internationale, a fortiori franquiste. Notre empoisonneur en pleurs, une goutte pour mes yeux, un bocal à tête de mort pour eux, finit ainsi, in extremis , entre deux gar...

Alors on danse

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  Un métrage, une image : Carmen (1983) Sur le papier, à cigarette, ça fonctionnait, enfin peut-être ; sur un écran, ça sent l’antan, l’essai raté, le « pas marqué ». Co-écrite et chorégraphique, cette vaine version de l’increvable création de Mérimée puis Bizet nous refait fissa le coup relou des (en)vies et de l’art en miroir, du psychodrame avec dame, de l’autarcie assortie d’essorés soucis. Commencé in media res , on danse ensemble, on s’observe de conserve, terminé en toute inconscience, indifférence, Carmen selon Saura carbure à la relecture, sinon à l’imposture, sa mise en scène de mise en scène, sa mise en abyme du fameux féminicide, relèvent presque du piètre post -moderne, du recyclage d’un autre âge. Disons-le d’emblée, en termes modérés : Carlos recase ses castagnettes et nous casse les coucougnettes. Une comédie musicale classique, assurerait un structuraliste, respecte un déroulement en trois temps – présélections, répétitions, représent...

La Renarde

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  Un métrage, une image : El ojo del huracàn (1972) Le vaudeville au vitriol s’ouvre sur un joli générique Art nouveau, graphisme Vertigo (Hitchcock, 1958), musique du maestro Piero ( Piccioni ), voix valeureuse de Shawn Robinson . Co-écrit avec Rafael Azcona, collaborateur de Ferreri & Saura, co-éclairé par Alejandro Ulloa ( Photo interdite d’une bourgeoise , Ercoli, 1970), décoré par le méconnu mais bienvenu Giorgio Marzelli, co-produit par l’Espagne et l’Italie, par la propre société du principal intéressé, tourné sur la côte azurée, adriatique, chic, porté par deux couples, argentin, européen, Analía Gadé & Rosanna Y(Gi)anni, Tony Kendall & Jean Sorel, ce métrage d’un autre âge, dû au papounet de la récemment suicidée Verónica, un peu vite réduite à Kika (Almodóvar, 1994), la vie duplique l’art, dare-dare, rappelle et renouvelle Les Amants passionnés (Lean, 1949). Ruth, artiste héritière, assume l’adultère, se sent aussi suicidaire, décide, in...

Lévy et Goliath

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  Un métrage, une image : Les Citronniers (2008) Avant le viandage du Dossier Mona Lisa (2017), entre les réussites de La Fiancée syrienne (2004) et Mon fils (2014), voici une comédie dramatique, en sourdine drolatique, merci au soldat point rapide, indeed , perché, assoupi, parmi ses tests psychométriques, dont celui-ci, dédié au ciné : connaître la fin d’un film, obstacle au plaisir du spectateur ? En vérité, on devine vite la victoire à la Pyrrhus, forcément douce-amère, sur laquelle s’achève le conte de citrons pas si con, certes assez superficiel, métaphorique plutôt qu’euphorique, aux arbres pas un brin tarkovskiens, in fine ratiboisés pour rien, dommage pour le ministre/mari désormais esseulé, autrefois, souviens-toi, très près de l’assistante attirante, en forme(s), en uniforme, d’une chanteuse embrasseuse, d’une journaliste à l’allure de Miss Yiddish, la caméra s’élève au-dessus du mur promis, construit, leitmotiv visuel du récit, selon des A...

La vie est un long fleuve tranquille

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  Un métrage, une image : Madres paralelas (2021) Pendant le prologue, Penélope se prend un peu pour Faye ( Les Yeux de Laura Mars , Kershner, 1978), Cecil Beaton contre Helmut Newton, puis se soucie subito du squelette d’un ancêtre. Le cinéaste septuagénaire ainsi déterre les fossiles du franquisme, marronnier mimi de l’ in situ cinématographie, sorte de Vietnam d’Espagne, citons les noms d’illustrateurs illustres, ceux de Buñuel ( Viridiana , 1961), Saura ( La Chasse , 1966), del Toro ( L’Échine du Diable , 2001 + Le Labyrinthe de Pan , 2006) ou Malraux ( Espoir, sierra de Teruel , 1940), Loach ( Land and Freedom , 1995), Aurel ( Josep , 2020). En vérité, la division passée, presque sous silence, recherche de hochet, d’alliance, se réduit à un moralisme intime, intimiste, bancal, national, assorti d’un soupçon de saphisme, sur le Summertime de Janis Joplin. Téléfilmé, anémié, désincarné, dépassé, Madres paralelas enfonce des portes ouvertes alors qu’il ...

Cruising

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  Un métrage, une image : I viaggiatori della sera (1979) À Jacqueline, exploratrice transalpine We're in a place where Heaven breathes Making some love and shooting the breeze Living out the memories we'll share Sur la mer Kylie Minogue, Loveboat Coda macabre d’une décennie dépressive, voici donc une inédite – en tout cas en salles hexagonales – dystopie, qui en évoque une autre, celle d’Anderson, bien sûr ( L’Âge de cristal , 1976), qui (r)appelle de Houellebecq le Lanzarote ad hoc . En sus co-scénariste au côté d’Alessandro Parenzo ( Cani arrabbiati , Mario Bava, 1974), avec pour second Ricky ( La scorta , 1993) son fiston, Tognazzi survit en DJ, se voit vite convié, radio ordonnée, donc lui-même remercié, à visiter, des grands enfants endoctrinés accord donné, un village en plein air, piège solaire de paradis totalitaire, où jouer (à) un jeu dangereux, où décrocher une croisière mortifère. De là-bas, on ne revient pas, on peut à peine tenter de s’évader, ...

La Chasse : Les Prédateurs

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Carlos Saura. On peut penser bien sûr à une scène célèbre de La Règle du jeu (Renoir, 1939), néanmoins La Chasse (1966) remémore et annonce le cinéma de Sam Peckinpah, surtout celui de La Horde sauvage (1969) et des Chiens de paille (1971). Quatre types pas très catholiques se retrouvent vite au milieu d’un territoire martien, inclément et malsain, un « endroit parfait pour tuer », en effet, in extremis et en accéléré s’entretuer. Ouvrage sur le « naufrage » de la vieillesse, la virile détresse, l’amitié à ne pas « souiller », la vie décevante impossible à recommencer, La Chasse possède une violence évidente et latente avérée, à faire passer celle, tout autant réelle, non simulée, du classé scandaleux Cannibal Holocaust (Deodato, 1980), pour un divertissement innocent. Saura n’épargne personne et donne à dessein mal au cœur au spectateur. Sa leçon de réalisation, a fortiori ...

Le Diable boiteux + Les Chaussons rouges : Voyez comme on danse

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  Le corps, encore, la mort, mon amor… Du sieur Sacha, on connaissait bien sûr, en les appréciant à leur valeur, le novateur Roman d’un tricheur (1936) et les aimables comédies sentimentales, menées en tandem « contre, tout contre » l’impeccable Jacqueline Delubac ( Bonne chance ! , 1935, Désiré , 1937). Pourtant l’on ne soupçonnait une pareille capacité à savoir la danse filmer. Via la valeureuse et chère Jacqueline Waechter, nous voici donc en train de découvrir une scène évocatrice du Diable boiteux (1948), paraît-il tentative de réhabilitation dédoublée, du diplomate polémique, du principal intéressé, pendant l’Occupation en effet très occupé, que l’on pourrait pourquoi pas rapprocher du similaire et différencié J’accuse (2019) de Polanski, pardi. Car, a contrario du Souper (1992) de Molinaro, autre pièce transposée, point d’après un script premier censuré puis accepté, à optique inversée, fi d’apologie, à la santé des salauds, pas vu ni visionné celui-...