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Affichage des articles associés au libellé William Irish

Laborde et la Vivante

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  Exils # 176 (04/03/2026) Le Retour de Martin Guerre (Vigne, 1982) durant la Grande Guerre ? J’ai épousé une ombre (Davis, 1983) démuni de mari ? Si La Place d’une autre (Georges, 2021) repose itou sur une usurpation d’identité, il rappelle Camille Claudel 1915 (Dumont, 2013) par une partie de son trajet, par son historique austérité. Le drame de chambre de femme de chambre évite William Irish et délocalise Wilkie Collins, la dimension politique, donc la description du système de classes britannique, se voit ainsi assourdie, remplacée par l’impressionnisme presque magnanime d’une bourgeoisie à l’abri, moins chabrolienne que terrienne. Alors que les hommes se dégomment, décimés à défendre des intérêts économiques et pseudo patriotiques, « toute ressemblance » avec aujourd’hui tout sauf fortuite, les femmes à l’arrière (se) font des misères, changent de nom, dirigent des maisons. Nélie Laborde devient vite Rose Juillet, servante à l’essai virée, prostituée ...

Meursault en morceaux

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  Exils # 40 (24/06/2024) On connaissait déjà Boileau & Narcejac, on découvre donc Durand & Galissian, dissimulés derrière ce pseudonyme presque transparent : H. L. Dugall. Hélas affublé d’une couverture colorée hors sujet, modèle de roman dépressif et dégraissé, limité à l’essentiel et surtout à l’existentiel, à l’image du sacrifié, sinon du crucifié, cf. la référence d’évidence, durant sa transformation finale, petit opus de cent quatre-vingt-sept pages en poche primé à sa parution en 1967, La Porte dorée s’apparente un peu à L’ É tranger (relu et) corrigé, (reconnaissable et) déguisé, délocalisé. Il s’agit d’un joli KO à Frisco, coécrit par le futur scénariste du risible Dancing Machine (Béhat, 1990) et un ancien critique ciné de L’ É cran français . Deux hommes et une femme forment un trio forcément infernal et un triangle foutrement fatal, leurs patronymes servant aussi à intituler ses trois parties. Si la première et la deuxième utilisent une « focalis...

Demain les souterrains

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  Exils # 10 (13/12/2023) Du père Forster, le cinéphile se souvient donc des adaptations en série d’Ivory, par exemple Retour à Howards End (1992), du dernier film de David Lean (La Route des Indes , 1984). La traduction en français, d’abord datée d’une dizaine d’années, puis rééditée en pleine « pandémie de Covid-19 », opportunisme d’alarmisme, d’une nouvelle assez ancienne, puisque publiée en 1909, s’inscrit ainsi au sein d’une réflexion structurelle sur les classes sociales, sinon raciales, de surcroit au creux d’un contexte conflictuel, de lutte et de trêve perpétuelles. N’en déplaise aux exégètes lui conférant fissa le statut d’ outsider , a fortiori classé en science-fiction, allons bon, elle ne révolutionne en rien l’univers poétique et politique de l’écrivain, plutôt le projette parmi une « méditation » aux allures de malédiction et faisant appel, dès l’ incipit , à « l’imagination » du lecteur, en sus située dans une atemporalité non dépour...

The Hours

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  Un métrage, une image : Station Terminus (1953) Aka Indiscretion of an american wife , titre très informatif de la version US raccourcie, sorry , remontée selon les desiderata de David O. (Selznick), qui du reste le produisit, pygmalion d’exception, d’obsession, évidemment muni de ses interminables « mémos » ; Truman Capote s’occupa des dialogues. Un homme, une femme, un mari de l’autre côté de l'Atlantique. Une gare en Italie, un train pour Paris, une échéance de départ, au bord du trop tard, de l’épouse (bien ou mal) décidée à quitter son amant, afin de fissa retrouver sa famille. Tension maximale, sentimentale, morale, sexuelle, temporelle : les plans sur l’horloge morose se montrent quasiment autant stressants que pendant l’épisode Four O’Clock ensuite signé Alfred Hitchcock, pas presents , plutôt Suspicion , salut à Soupçons (1941), accolade à Cornell (Woolrich), trois années après la transposition de Fenêtre sur cour (1954). En écho au v...

Live in Europe : Waiting for the Sun

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Au garde à vous devant Gardot ? Applaudissements à distance… Une chanteuse audacieuse et « mystérieuse », Melody Gardot  ? Une chanteuse généreuse et « malicieuse », plutôt, davantage « accidentelle » et « accidentée », on le sait. Cependant la souffrance ne confère aucun droit, affirmait Boris Vian, qui s’y connaissait vraiment, dans le cruel L’Arrache-cœur . Elle n’attribue pas non plus du talent, tout au plus du temps, de l’élan, l’hospitalisation alors perçue comme un catalyseur créateur (cf. le cas presque similaire de William Irish, romancier alité, en parallèle à Proust). Jadis découverte par votre serviteur via ses clips sympathiques et anecdotiques – en matière de sirène humide, à baignoire et sans peignoir, Lisa Stansfield susurrant du Barry White s’avérait renversante –, (re)voici Melody (disque prêté par une mélomane amie), cette fois-ci en concert, « nue comme un ver ». Si la guitariste/pianiste callipy...

Le Livre d’image : Five Fingers

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jean-Luc Godard. Vieillard invisible, désormais doté de la voix off de l’ordinateur cacochyme de Alphaville (1965), Godard ne raconte plus une contre-histoire du cinéma, il dé/remonte un magma similairement mémoriel, cosmopolite, par conséquent polyglotte, il manie, in extremis , l’orientalisme, le démystifie. Placé sous le double signe de la « superposition », musicale ou non, cf. l’explication du contrepoint, de la destruction, litanie des conflits, fragilité de la chose filmée, du sujet, de l’objet, Le Livre d’image (2018) illustre à sa manière celui, juste littéraire, fi d’iconographie, de sa compagne Anne-Marie Miéville, intitulé Images en parole . Ici, comme en peinture estampillée moderne, le matériau se métamorphose en thème, en motif, sens musical en sus. Ici, les discours accordés, contradictoires, dialoguent en stéréo, variation, pourquoi pas, sur les duos d’opéra. Une main cristallise ...

Descente aux enfers : La Taverne de la Jamaïque

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Oh my God, you’re so good at this, David Goodis! Le livre va vite, on va le suivre. Bevan, ivrogne à Kingston, égorge un « indigène », sauve de l’échafaud un mécano, retrouve sa dignité, regagne sa femme frigide. Publié en 1955, en fin de trentaine, Descente aux enfers représente un précipité de l’univers et du style de David Goodis. The Wounded and the Slain indique le titre original martial : l’écrivain ne cessa de s’intéresser aux blessés, aux tombés, sur le champ de bataille de la vie américaine et au-delà. Il n’écrivait pas des « polars », étiquette suspecte d’éditeurs épiciers, d’insouciants lecteurs ensoleillés, il n’écrivait pas de la « littérature générale », alibi de librairie, il ne théorisait pas l’écriture ni ne prenait la pose auteuriste. Véritable auteur, il écrivait pour ne pas crever, la seule raison qui vaille, au propre et au figuré, il décrivait des cauchemars pas vraiment climatisés, moins sexuels que ceux de Henry Mil...

Prince des ténèbres : Les Images de Bruce Surtees

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Serge Daney regrettait son manque de sensibilité à la lumière dans les films. Tandis que les Cahiers du cinéma consacrent leur couverture aux chefs opérateurs, réparons cet oubli avec l’évocation d’un grand directeur de la photographie, Bruce Surtees, et de son chef-d’œuvre, Le Retour de l’inspecteur Harry . Le titre de cet article fait bien sur un clin d’œil au film de Carpenter (et au remarquable travail du fidèle Garry B. Kibbe) mais pas seulement : il s’agit bel et bien du surnom donné par les professionnels de la profession au fils de Robert Surtees, lui-même chef opérateur reconnu et primé, à l’imposante filmographie, dont on peut plus particulièrement retenir Les Ensorcelés , Ben-Hur et Un été 42 , pour bien montrer l’étendue de sa palette, ou, de façon plus appropriée, le spectre de son champ d’exercice. Le nom de Surtees junior demeure indissociable de celui de Clint Eastwood, avec lequel il collabora durant une quinzaine d’années, sur une douzaine de fil...