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Affichage des articles associés au libellé Photographie

Le Méchant Photographe

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  Exils # 53 (03/10/2024) Connu du lectorat des anciens Cahiers du cinéma , dorénavant président de la Fondation Cartier-Bresson, Serge Toubiana introduit un bel album composé d’environ une bonne centaine de reproductions et assorti de quatre essais, dont celui du directeur de l’ opus et de l’organisme précité, le spécialiste Clément Chéroux. Tandis que les dames (Isabelle Bonnet & Cynthia Young) se soucient d’archives, de « scène de crime », de « presse tabloïde », d’ascendance (Daumier), de descendance (Cindy Sherman), les messieurs (David Campany en prime) désirent résoudre « l’énigme Weegee » ou retracent le rôle de « The Famous » sur le tournage de Docteur Folamour . « Il fotografo cattivo », tel l’appelle la presse italienne, en effet se piqua un peu de cinéma, effectua un caméo chronométré dans le dégraissé Nous avons gagné ce soir , apprécia Lolita et Les Sentiers de la gloire , assure-t-il à Peter Sellers qui lui e...

Amérique authentique

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  Exils # 22 (19/02/2024) Au cinéphile Franck Près de vingt ans avant le travail remarquable d’Evans & Lange, où puiseront Steinbeck & Ford ( Les Raisins de la colère , 1940), voici cinquante-cinq photographies en noir et blanc, sans colorisation à la con (honte à Time ), documentant un temps d’avant des États-Unis désunis. Il ne convient pas encore de parcourir une grande nation en proie à la Grande Dépression, il s’agit déjà d’en donner à voir, comme en un miroir, une dimension dissimulée, non assumée. Le CV en accéléré de leur auteur, ensuite éclipsé à cause de successeurs majeurs, ne se départit d’une cruelle ironie : Lewis Hine, orphelin de père, empila les emplois classés non qualifiés, étudia la sociologie (et la philosophie), l’enseigna aussi, bossa pour des organismes d’ É tat ou pas, souvent se déguisa, un peu sa vie risqua, dans la presse estampillée populaire ou à l’opposé dans l’explicite et friquée Fortune publia, selon la publicité (pas seulement la...

Le Voyeur absolu

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  Maintenant des images-mots, une demoiselle de « machine de compagnie » bientôt…   Des visages. Des paysages. Des preuves. Des produits. Tout ceci se visite sur un seul site : Brieuc Le Meur Photography . Tout ceci séduit, élargit l’horizon et l’esprit, permet de se déplacer immobile, de déplacer les lignes, celles de la perspective, celles de la prospective. Les images du photographe ne ressemblent dès lors à des natures mortes, même s’il exerce, fi de frontières, un art de toute façon funéraire. Elles incitent au récit, elles racontent quelque chose de sa vie à lui, aussi. En couleurs, en noir et blanc, de face, de profil, les portraits immanents défilent, ceux des femmes dotés d’un érotisme subtil, ceux des hommes d’une convivialité bonhomme. Les modèles, tout sauf modèles, non formatés, non faisandés, nous regardent sans prendre garde, sans être déifiés, se défier, photographies de confiance, de connivence, de sourires, de désirs. Dans En marge , son auto...

Amérique. Les années noires : Les Misérables

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  William Burroughs ? Floyd Burroughs… Sous l’égide directive du directeur Roy Stryker, une dizaine de photographes fameux – dont les incontournables Walker Evans & Dorothea Lange – affiliés à la FSA (Farm Security Administration) documente et immortalise in situ , en instantané(s), de 1935 à 1942, une Amérique (nordiste) sudiste, raciste, à la misère douce-amère. La Section Historique se soucie ainsi de sociologie, de témoigner d’une rurale réalité ; en décembre 1941, elle se voit vite rattachée au Service d’Information des Armées, changement d’ère, entrée en guerre. Il en demeure donc de riches archives, estimées à 70 000 tirages et 70 000 négatifs, sans compter les 100 000 censurés, l’ensemble cédé à la Bibliothèque du Congrès. En coda de son introduction, Charles Hagen émet l’idée de « documents en partie mensongers », se demande où disparurent le « désespoir », la « colère » (ses raisins steinbeckiens puis fordiens)...

La Queue du scorpion : À propos de Roger Corbeau

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  Mythologie Morin ? Cimetière serein… Il convient de bien observer les mots des hommes d’images, car au creux et en coda d’un entretien  carrément éclairant, Corbeau déclare : « Quand j’ai tourné Gervaise  », « les spectateurs interprètent mieux en noir et blanc. » Le fameux « photographe de plateau », durant une cinquantaine d’années au boulot, se considère donc (de) lui-même de ciné metteur en scène, se soucie de la réaction, de la réflexion, du public photographique. Cinéphile juvénile, impressionné par l’expressionnisme, tendance Dreyer, Lang ou Pabst, poète du portrait, seigneur de l’obscurité, Corbeau aborda et adouba quand même la couleur, avec un bonhomme bonheur, cf. cette galerie jolie, mise en ligne magnanime. Douze ans de décéder avant, il fait fissa le point, il met au point, le flou, il s’en fout, un autoportrait express , où l’accompagnent par exemple Pagnol, Cocteau, Faye Dunaway, Jodie Foster & Suzy Delair, ...

Portraits : Still Life

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  Le glamour et le désamour, les repères et la misère… En découvrant aujourd’hui le travail de Mary Ellen Mark, on repense bien sûr à celui de Dorothea Lange & Diane Arbus, d’ailleurs ici aussi de la partie, puisque prise en 1969 à New York comme consœur pâlotte. Dans sa préface, la photographe parle de « documentation sociale », de « travail commercial pour les magazines, le cinéma et la publicité », des « profondeurs de la personnalité », du « fond de l’âme », de « vérité du caractère du personnage », du « sens caché » des existences esquissées ; elle affirme fissa sa profession de foi : « Le portrait d’un homme ou d’une femme (célèbre ou non) fonctionne s’il communique quelque chose de très personnel ou de très intime. Le tout, naturellement, joint à une belle lumière et à une composition parfaite. Un portrait vraiment réussi peut révéler beaucoup de secrets. » D’abord publié en Italie, pourvu...

Someone to Watch (Over) Me

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  Souvenir d’un visage, description d’un paysage… Enfant sauvage à la François Truffaut ? Femme de trente ans à la Balzac ? Un peu, peut-être, puisque Jacqueline Waechter alors trentenaire, à l’instant où elle pose, se pose, devant l’objectif subjectif d’une connaissance d’enfance – mais, justement, sans prendre la pose, sans poser pour la postérité. Observer ce visage avancé, à la tête un brin baissée, en clair-obscur composé, revient, bien sûr, à revenir vers un personnel passé, pour le lecteur en ligne étranger, pour le complice correspondant en partie, en pudeur, partagé. Sa biographe Camille Stern évoque les tournesols domestiques, esseulés, de van Gogh, les œuvres de Giacometti, son visage à lui, la révélation de Venise, l’épiphanie de Pompéi, des cinéastes d’Italie, l’appartement d’Apollinaire, tout ceci se retrouve ici, stade, station, informe en filigrane les traits, leur confère une force fragile, une intensité intérieure. Le modèle, doté de mystère, dava...

Ariane : The Dark Haired Girl

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Sous-titre piqué à l’épistolaire Philip K. Dick pour l’esquisse d’un être furtif. Une coiffure presque à la Louise Brooks – ou en mode Uma Thurman relookée par Quentin Tarantino – et un visage, des mains, un corps comme empruntés à Egon Schiele : voici une jeune femme qui possède sa propre beauté, qui ne ressemble qu’à elle-même, qui mérite bien plusieurs lignes de remerciements d’abonnement et surtout de mise en valeur. Guère selfish , la Miss hisse le selfie au rang d’art artisanal, chaque autoportrait en porte entrouverte sur son intériorité, chaque mise en scène enfin débarrassée de l’habituel narcissisme inoffensif ou obscène. Aspiring to be a freelance model for collaborations lit-on sur son Tumblr  et son compte Instagram  nous désarme par sa devise fassbinderienne, The more you sleep the more tired you get . Ici aussi elle se définit en fictional character – de la fiction, le lecteur curieux en trouvera dans ces images troublantes et sages postées à...

Dancer in the Dark : Les Humeurs de Brieuc Le Meur

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BLM par JPM ou le contraire, mon cher… Novelist , photographer and producer , comme l’indique le profil professionnel en ligne ? Disons davantage et surtout poète, artiste polyvalent et polymorphe, à l’instar de la perversité du même nom attribuée aux enfants par ce plaisantin obsédé de Sigmund. Brieuc Le Meur se (dé)multiplie mais ne s’éparpille pas, il varie les supports afin de dérouter/semer la mort – créer revient-il à autre chose ? –, il se partage avec ses collaborateurs, ses suiveurs, sa danseuse, car animé par un sens du partage évident, l’une des bases essentielles de l’expression, ou alors elle s’apparente à un pur onanisme régressif, autarcique, dit de niche, à la niche. Il aime jouer avec les mots (moi idem ), les sons, les images, il ne trace pas de frontière arbitraire, éphémère, entre les genres – qui n’existent de toute façon pas, a fortiori au cinéma – et les temporalités, celle figée de la photographie, celle en mouvement du ciné, celle apparem...

Nus abstraits : Photographies : De chair et de lumière

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Des femmes à la façon de flammes, des créatures d’azur et des guerrières arc-en-ciel : en photo ou en vidéo, on admire le travail d’un auteur presque forcément né, dirait Gainsbourg, en 1969… Pour un coût dérisoire, au hasard d’un bazar, car la beauté sait se cacher entre camelote et trivialité, s’offrir comme une femme aimée à celui qui sait voir et célébrer, ce bel album baudelairien nous attira soudain. Oui, ici aussi, sur cent soixante et une pages, règnent l’ordre des formes, le luxe des lumières ( fiat lux , en effet), le calme de modèles complices, parfois co-créateurs, la volupté de contempler des œuvres dédoublées, miroitées, classées en néologismes à la fois scientifiques et sensuels. Depuis Pythagore, personne n’ignore les noces entre le cosmique et l’arithmétique ; Dani Olivier, ancien de HEC, explore brillamment (contre un fond noir) et avec une élégance constante (beaucoup d’humour et d’amour) la géométrie du corps féminin tissée à celle du désir masc...

Lonely Places : Blow-Up

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Descriptions de saccages et invitation au vagabondage…   Une chaise vide (celle d’Elsie chez Lang, de Laura chez Lynch ?), une église esseulée (pléonasme, et un petit côté Carpenter), un observatoire solitaire (sorte de bulbe incongru sous le soleil irradié, à défaut des grands cimetières sous la lune de Bernanos), un bocal létal et floral (contre une fenêtre pâle), une pièce au mur émeraude écorchée (au réfrigérateur, peut-être, qui bée), un fauteuil gris et un rideau cramoisi (la couleur assourdie par l’usure des jours), un disque d’horloge qui jamais n’atteindra midi ni minuit (l’heure des nourritures terrestres et des sabbats à senestre), un piano carbonisé (par des autodafés de partitions), une salle de spectacle dévastée (autant que le proscenium déglingué), un siège d’hôpital en ferraille (sculpture médicale caressée par le soleil matinal), un couloir de la mort égayé par quatre taches jaunes (et un pot de fleurs endormies), quatre colonnes à la Matrix soute...