Articles

Affichage des articles associés au libellé Bernard Herrmann

Le Gosse à Colossa

Image
  Exils # 187 (13/04/2026) Le Septième Voyage de Sinbad (Juran, 1958) met en images et en animation image par image des éléments des Mille et Une Nuits , surtout se soucie de la mélancolie du (petit) génie, de sa solitude aussi. L’ Ecclésiaste et Montherlant s’aventuraient dans une ville au gamin roi ou prince ; Harryhausen et le scribe Ken Kolb associent la magie blanche à l’enfance, puissance altruiste et protectrice hélas asservie au creux malheureux d’une lampe, attribuent la magie noire à un émule de Yul (Brynner), en habits de nuit et en exil, cupide et machiavélique (strabisme en rime au borgne cyclope). La mise en abyme intime se lit de manière explicite, lorsque le matois Sokurah donne vie démunie d’esprit au squelette accompagné de castagnettes. L’étonnante tristesse du gosse à Colossa, île plus monstrueuse que mystérieuse, virez Verne, dotée d’une insularité au carré, géographique et psychologique, fait du film un exercice de style où il s’agit en fait de fonder une ...

Class(iqu)e tous risques

Image
  Exils # 38 (19/06/2024) I L’union des droites, l’union des gauches ? Magie médiocre, coup de baguette malhonnête (in)digne de la Carabosse, simulacre émétique et amnésique, cerné de cynisme, pétri d’opportunisme. Or la réunion existe, sur la scène concertiste. En (re)découvrant du spectacle estampillé vivant, par opposition de bon ton aux conserves serviles, dociles et définitives, disponibles en dur (« support physique ») ou en ligne, tombes sans nombre désormais dotées d’ubiquité, on explore le trésor d’une utopie maintenant et ici, on se délecte, peu select , d’un idéal jamais muséal, on expérimente, de manière immanente et néanmoins transcendante, le respire ensemble, versus « l’élément de langage » et d’outrage du « vivre ensemble », cette tarte à la crème fameuse et infecte, jetée à la face d’un électorat forcément dégueulasse, puisqu’il vote FN & RN, Janus de la haine, depuis voici quatre décennies, par les pharisiens pas seulem...

Marry Me

Image
  Un métrage, une image : Les Fiancées en folie (1925) Keaton ne kiffait on le sait ce succès, projet de producteur d’après une pièce proposé, sinon imposé, au principal intéressé, déjà très endetté. Si soucieuse, au ciné, en société, de « minorités », surtout de médiocrité, notre modernité vomirait désormais son antisémitisme, son racisme, pas si en sourdine, sa misogynie moralisatrice, horde de harpies pécuniaires et lapidaires, en larmes et drôles, appâtées par le pactole, ersatz en masse des esseulés Rapaces (von Stroheim, 1924). Quant aux pierres qui roulent, à rendre fissa le fuyard maboule, rochers en carton-pâte ou papier mâché, à l’animisme de déprime, supposé clou du spectacle de l’agile acrobate, elles souffrent en fait de leur facticité, ne donnent à voir ni par procuration éprouver une once de danger. Tout ceci ne saurait appauvrir le plaisir permanent que procure sans usure l’ opus plein d’allant, le métrage d’un autre âge, illustration remplie d’action(s) d...

Que c’est triste Venise

Image
  Aznavour, mon amour ? Donaggio, en morceaux… Caro Pino, d’aucuns diraient que tu reviens de loin, mais tes crooneries pas si conneries, de « dernier romantique » assumé, revendiqué, surent séduire Mina, Dusty (Springfield), Elvis, jadis. Balavoine invitait les « chanteurs de charme » à « nous rendre nos femmes » ; quand le succès décrut, tu ne rendis les armes, tu composas au pied levé, producteur paraît-il croisé, anecdote de bord de flotte, pour un remarquable et remarqué mélodrame dû à Roeg, qui attira l’oreille d’un cinéaste mélomane nommé De Palma, oui-da. Que deviendraient ses films sans tes musiques ? Question rhétorique, sinon stupide. Ni ersatz de Herrmann, ni émule de Morricone, plutôt couple privé d’entourloupe, à la Montaigne & La Boétie, des différences d’idiomes, faisons fi, tes contributions beaucoup (de toi) leur accordent, précises, précieuses, logiques, lyriques. Sissy & Angie sous la douche, au lycée, au mu...

Gaslight

Image
  Un métrage, une image : Hangover Square (1945) Exercice de style, psychanalyse appliquée, presque de série B ? Leçon de réalisation et chef-d’œuvre de poche, malgré un manichéisme féminin mâtiné de misogynie. Barré Lyndon ( Sous le plus grand chapiteau du monde , DeMille, 1952, La Guerre des mondes , Haskin, 1953, Le Signe du païen , Sirk, 1954) adapte donc de façon infidèle un roman de Patrick Hamilton, le dramaturge de Hantise ( aka Gaslight , Dickinson, 1940, Cukor, 1944) et La Corde (Hitchcock, 1948). Éclairé par Joseph LaShelle, à peine sorti de Laura (Preminger, 1944), puis directeur de la photographie sur plusieurs Wilder, un Cassavetes ( Un enfant attend , 1963) ou un Penn ( La Poursuite impitoyable , 1966), musiqué par Herrmann alors à la Fox, interprété par l’impliqué Laird Cregar, cané d’une crise cardiaque peu avant la distribution en salles, dommage, Hangover Square brûle d’un feu précis, précieux, file le motif métaphorique, lui-même ensuite repr...

Invasion Los Angeles

Image
  Un métrage, une image : Terreur sur la ligne (1979) When a Stranger Calls fait autre chose que développer le premier sketch des Trois Visages de la peur (Bava, 1963), anticiper le prologue de Scream (Craven, 1996), se souvenir de la domestique menace de Black Christmas (Clark, 1974). Vite ensuite à la TV, malgré le renommé April Fool’s Day (1986), a priori matrice apocryphe du dispensable Murder Party (Pleskof, 2022), Walton étonne, réussit l’essai transformé, puisque voici The Sitter (1977) remarqué, remaké, mué en succès. Du court au long, le doué débutant conserve l’introduction, modèle d’instauration de la tension, devant beaucoup à la candeur de Carol Kane qui, mère et mariée cette fois, réapparaîtra pour la coda, dépassement du trauma , seconde chance accordée à la double enfance, boucle bouclée sept années de malheur, de bonheur, après. Entre-temps, l’ item prend son temps, revisite l’infanticide invisible de La dolce vita (Fellini, 1960), repren...

Un violon sur le toit : Redécouvrir Rózsa

Image
  L’amour sous l’armure, Feyder dut s’y faire… À la mémoire de Christopher Palmer Compositeur majeur, cosmopolite artiste, fifils de maman pianiste, violoniste juvénile, mais moins virtuose que Jascha Heifetz, formé en Allemagne, compère de Honegger, compatriote des Korda, ami d’un Herrmann peu magnanime, autre amateur notoire de thérémine, enseignant à USC, l’admiratif Jerry Goldsmith y assiste aussi, Miklós Rózsa voyagea, ne chôma, y compris victime d’un AVC survenu en Italie, reclus à la Dietrich fissa reparti en Californie. Il mena même, dit-il, une « double vie », clin d’œil du titre de son autobiographie au titre d’origine de Othello (Cukor, 1947), Oscar inclus, deuxième reçu, parmi ceux de Spellbound ( La Maison du docteur Edwardes , Hitchcock, 1945), Selznick s’en fiche, s’en félicite, du bienvenu Ben-Hur (Wyler, 1959), à moitié partagé entre musique classée classique et cinématographique, séparation poreuse, distinction oiseuse, cf. un concerto hitchcockie...

The Voice of Love

Image
  Re-recording intrépide et curiosité d’été…   La vocaliste/violoniste valeureuse revisite quelques classiques et titres moins emblématiques. Descendante de jazzman , fille cinéphile, elle possède à l’évidence le sens du rythme, elle respecte les tempi, elle réussit en grande partie son périlleux pari. Jamais il ne s’agit d’une petite et pénible plaisanterie, d’une fantaisie narcissique de freak multipiste, plutôt d’un tour de force (au) féminin, car elle le vaut bien, l’impériale Petra, elle sait se servir de façon parfois superbe et toujours surprenante de sa voix. Démultipliée, elle se démène, elle déploie sa maestria sereine, non démunie d’humour, animée selon un constant amour. Mademoiselle Haden aime ce qu’elle fait, fait ce qu’elle aime, cela s’entend et se ressent. La dame ressuscite donc des thèmes de Leonard Rosenman, Bernard Herrmann (reprise en bis ), Lalo Schifrin, Ennio Morricone (diptyque idem ), John Barry, Nino Rota, Dave Grusin (à nouveau morceaux en stér...

Violettes impériales

Image
  Un métrage, une image : Fandango (1949) Vous voulez un ouvrage estival ? À défaut du fandango de Bernard Herrmann ( La Mort aux trousses , Alfred Hitchcock, 1959), voici celui de Francis Lopez . Tourné à la Victorine, donc à Nice, Fandango (Emil-Edwin Reinert, 1949) ne se déroule pas au Pays basque, tant pis pour ce qui s’écrit en ligne, plutôt aux environs de Falicon (06), pourtant l’un des deux personnages principaux, prénommé Luis, amateur mécano, déclare venir d’Irun : double détail autobio de Mariano, né au même endroit, au garagiste papa. Deux ans avant L’Auberge rouge (Claude Autant-Lara, 1951), un « pont d’or » n’y sème la mort mais y détourne idem les touristes sudistes en direction d’un établissement au succès sous peu assuré par un prévu tracé, à l’inverse de la solitude très désaxée du motel de Norman Bates ( Psychose , Hitchcock, 1960). Le serveur subito licencié, assorti de sa simplette dulcinée, se transforme fissa en petit capita...

Citizen Kane + Persona : Nos funérailles

Image
  Boutons de roses, leçons de choses… Les débuts emblématiques, très énigmatiques, de Citizen Kane (Welles, 1941) et Persona (Bergman, 1966) carburent au clair mystère du cinéma défini en art funéraire. La pancarte patraque, dotée d’une interdiction d’occasion, fissa enfreinte, indique donc de « ne pas pénétrer sans autorisation », pas seulement, puisque le verbe anglais to trespass provient de l’ancien français trespasser , qui possède déjà ce sens précis, au propre et au figuré, de « traverser », « outrepasser », « transgresser », associé à celui de « passer de vie à trépas », de décéder, CQFD. Si le grillage de bouclage, claustrophobique, journalistique, puis le portail à initiale, kafkaïenne ou fraternelle, de Kane à Caïn, parce qu’il le vaut bien, pourtant béant, il ne faut franchir, au sein de sa sinistre autarcie, le citoyen malsain n’aspire pas non plus à périr. Hélas pour le magnat des médias, le double et fier impéra...

Happy Birthdead

Image
  Un métrage, une image : Sœurs de sang (1972) D’une fausse aveugle à une véritable amnésique, voici un instantané de l’Amérique, celle, divisée, dépressive, des années soixante-dix. Sur l’insulaire et mortifère Staten Island, un asile sert de domicile, s’y affaire Arlene, la trop propre, d’abord marrante et menaçante puis poignante patiente, rétive à utiliser le téléphone, car mural il contamine, il incommode, noir nid à microbes, sans doute sur écoute, Nixon ne nie. Dedans, à la TV vietnamisée, ou dehors, d’autres folies s’affichent et s’affirment encore : racisme festif de récompense pseudo-africaine, putatif d’inertie porcine, pardon, policière. Une journaliste toujours célibataire, sa mère s’en désespère, s’avère vite intrusive, dommage pour les droits civiques, vive le scoop évacuant du provincialisme. Elle croit ce qu’elle voit, elle enquête aussi sec sur sa voisine suspecte et l’assassinat à distance, de démence. Française du Canada, une pensée pour les jumeaux gyn...

Les Apparences : Le Rôle de sa vie

Image
    « Wunderbar » ? Dur d’y croire… Je suis le restaurant déserté Bertrand Burgalat, L’Enfant sur la banquette arrière Les « professionnels de la profession » appellent cela un « film véhicule » et sa star , Karin Viard, s’y fait en effet véhiculer, en calèche de boucle bouclée, d’abord souvenirs d’hier, d’une mère estimée trop populaire, vade retro , Rondò Veneziano, ensuite présent immanent, en regard caméra souriant. Entre-temps, la directrice de la médiathèque ne sait plus où donner de la tête, prise (culbutée sur le canapé, sombre escarpin dressé) entre une institutrice adultère et un harceleur en colère. La première, son courriel piraté, sa liaison dévoilée, son « sordide » passé déterré, sa proximité répudiée, finira par une fenêtre bruxelloise encadrée, après un épilogue de non-lieu ( because légitime défense), dénouement pas si bienheureux, diffusé en direct au JT, ah ouais. Le second, romantique germanique, molto p...