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Affichage des articles associés au libellé Masaki Kobayashi

La Croix et la Théière

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  Exils # 185 (01/04/2026) Socrate but la ciguë, Ogin déguste un dernier thé en famille, avant d’aller assiégée se suicider, une croix autour du cou. Sixième et ultime film de l’une des muses de Mizoguchi, ce mélodrame sentimental sur fond de (mauvaise) foi ne déçoit, brûle à feu lent, devient émouvant. Une telle intrigue d’intrigues (re)liées incitait au féminisme facile, à la misandrie jolie, Tanaka ne succombe à ces écueils-là, au contraire de son anti-héroïne forte et fière, au sacrifice in fine accepté, au culte occulté. Mademoiselle Ogin (1962) ne décrit une société passée régie par la domination dite masculine, dessine en huis clos, en studio, un vrai-faux vaudeville tragique et catholique, où des hommes exercent certes un pouvoir inique, où d’autres, heureusement, souhaitent le libre « bonheur » d’une femme fréquentable, capables de verser des larmes, fraternelles au sens figuré puis premier du terme. Le mari démuni, tenté de violenter sa moitié glacée, surocc...

La guerre est finie

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  Un métrage, une image : Pluie noire (1989) Filmer l’infilmable, les effets instantanés, puis prolongés, du premier des crimes de guerre, des « crimes contre l’humanité », commis par les États-Unis, avec un cynisme définitif, n’oublions les observations, les interdictions, au Japon sous occupation, sans se soucier de Resnais ( Hiroshima mon amour , 1959), en se souvenant surtout d’Ozu – pari à moitié remporté, puisque musique surdramatique, due à l’incontournable Tōru Takemitsu, plus nuancé, plus inspiré, chez Teshigahara ( La Femme des sables , 1964), Kobayashi ( Kwaïdan , idem ), Ōshima ( L’Empire de la passion , 1979) ou Kurosawa ( Ran , 1985), allez, parce que le prologue, couplé à un retour en arrière, en enfer, reconstitution en accéléré, au risque de saper la célèbre « suspension d’incrédulité », rappelle plutôt la pétrification de Pompéi, qu’il n’annonce Nagasaki. Pourtant, Pluie noire opère, presque sans crier gare, un saut spatio-tempo...

Mishima : Soleil rouge

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Paul Schrader. Le biopic problématique des Schrader, Leonard & Paul les frérots, la co-scénariste + l’épouse du premier Chieko, ne devient vraiment intéressant qu’à son mitan, presque une heure après son commencement. Auparavant, il faut se farcir, avec un ennui poli, un assemblage assez stérile de reconstitution, d’évocation, d’illustration. Certes, on patiente, on ne se lamente, séduit aussitôt par le beau boulot du compositeur Philip Glass ( Koyaanisqatsi , Reggio, 1982 ou Candyman , Rose, 1992), de la monteuse Tomoyo Ōshima, a priori fifille parfois flanquée de son célèbre papa ( Furyo , 1983 ou Tabou , 1999), de la production designer Eiko Ishioka ( Dracula , Coppola, 1992 ou The Fall , Singh, 2006), toutefois cela ne fonctionne pas, demeure désincarné, très et trop appliqué, exercice de style scolaire, guère révolutionnaire, en partie aussi desservi par une sentencieuse voix off intrusive, le n...

La Forteresse cachée : En territoire ennemi

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Akira Kurosawa. Métrage d’amitié masculine, de risibles chasseurs de primes, de fiefs fielleux, de féminité farouche, de loyauté pas louche, La Forteresse cachée (1958) commence en caméra portée, en Scope d’époque, travelling avant derrière un duo distrayant de paysans « puants », se disputant, marchant, par conséquent signature/ incipit d’un opus picaresque, modeste, plutôt qu’épique, héroïque. Arrivés trop tard pour encore croire à la gloire, nos compères pas si patibulaires vont vite se retrouver à transporter un trésor escamoté dans des bouts de bois, à escorter un général hilare, une princesse presque en détresse, une prostituée rachetée, sauvée, un meilleur ennemi à cicatrice de seigneur aussitôt converti à l’aventure, à la vraie vie. Une « fête du feu » ouvre les yeux : il s’agit non plus de thésauriser, de s’économiser, mais bel et bien de « s’embraser », de se consu...

Belladonna : La Sorcière

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Exorcisme ? Érotisme. Procès ? Psyché. Que pourrait penser Jules Michelet de cette transposition japonaise de sa Sorcière (1862) littéraire ? Parions qu’il l’apprécierait, puisqu’elle sait conserver, par-delà sa propre liberté, style et sujet, son esprit précis, assemblage de romantisme révisionniste, de marxisme fantasmatique et de sensualité ancestrale. Film féminin sur une femme au fond très fréquentable, Belladonna (1973) évacue l’écueil du féminisme victimaire et du manichéisme moralisateur. Sacrifiée par une seconde femme de classe supposée supérieure, Jeanne demeure une force qui va, qui ne faiblit pas, même déchirée de manière littérale par un viol évident, individuel, ensuite implicite, collectif, à coup de chauves-souris rouge sang comme évanouies de son vagin meurtri. La scène, tout sauf obscène, constitue un moment marquant, mémorable, l’un des sommets d’expressivité de l’animation nippone des années 70. Héroïne de son temps, à la fois de productio...

Le Château de l’araignée : La Prophétie des ombres

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Akira Kurosawa. Après un prologue choral sur le Fuji à la Stromboli (Rossellini, 1950), moralisateur et misogyne, une bataille clanique se déroule hors-champ, par messagers essoufflés interposés. Puis deux cavaliers victorieux se perdent parmi une forêt qu’ils connaissent pourtant bien, y trouvent un destin dévidé de façon orale et littérale par un « esprit malin » au féminin. « Nos désirs font nos rêves » résument-ils en se marrant au sortir du sinistre enchantement et le reste du métrage minuté, divisé par un trio de fondus au noir en trois grandes parties équilibrées, va parapher le présage, ratifier le ramage, volatiles indociles inclus. Déjà déceptive au niveau de l’épique, la trame confirme ainsi le programme, verrouille le drame à base de fidélité, de félonie, de trahisons en série, de fondations en effet pourries, celles du château ou des idéaux. Shakespeare, certes, mais aussi et sur...

Saya Zamuraï : Les Rois du gag

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Hitoshi Matsumoto. Au départ, dans une forêt, un homme s’arrête de courir, à bout de souffle ; plus tard, il fera tourner un rosé moulin à vent, son souffle défaillant bientôt supplanté par une bourrasque : cette belle idée visuelle et existentielle, physique et symbolique, paraphe le style comportementaliste et le talent poétique du réalisateur. Saya Zamuraï , comédie dramatique intrinsèquement japonaise, immédiatement accessible à n’importe quel gaijin, surtout cinéphile, débute en pastiche doloriste de la saga Baby Cart  : le samouraï sans épée (au fourreau vide, donc) du titre échappe de très peu à trois tentatives d’assassinats commises par des chasseurs de primes stylisés de BD nippone, un ersatz de Bowie muni de revolvers (d’une seyante combinaison rouge assortie à un air morriconien de guimbarde), une femme fatale joueuse de shamisen, un « chiroprac’tueur » prat...

Hara-kiri : Ronin

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La « voie du guerrier » ? Disons le chemin de croix figé, piégé, d’un homme athée, affligé, en symptôme révélateur d’un honorable ordre sociétal à honnir, sinon à décapiter… Posture et imposture, écriture et littérature : Hara-kiri s’ouvre et s’achève sur un journal peu intime, vraiment mensonger, il emboîte trois récits à des temporalités différentes, il met en pièces, à coup de sabre vengeur, la « façade » du code d’honneur nippon et rétablit in fine le décorum du mannequin saccagé, point focal de la fable féodale, comme la légende imprimée devenue réalité dans l’Ouest falsifié selon John Ford ( L’Homme qui tua Liberty Valance ). La panoplie nécrophile, vénérée par l’intendant (pas celui de Kenji Mizoguchi) du célèbre clan Ii, trône dans une brume fantastique à la Kwaïdan , avant qu’un laconique et ironique « Rien de notable à signaler » n’ouvre le bal (la danse macabre) en cet été 1630. Au présent de la diégèse, tout se déroule...