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Affichage des articles associés au libellé Neil Jordan

Le Genre d’Angela

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  Exils # 180 (16/03/2026) Fameux pour son final, Massacre au camp d’été (1983) commence par une série de panoramiques fantomatiques, visite livide du lieu de l’intitulé, en septembre et à vendre. Le prologue au soleil introduit un accident d’adolescents, ski nautique fatidique, cadavre à la dérive sur le lac déjà sépulcral, gilet de sauvetage fissa renfloué à la surface, sinistre indice d’enfant défunt. Le survivant s’agitant demeure dos tourné, silhouette non identifiée. « Huit ans après », une tante médecin mais à demi démente fournit un faux certificat à son fils et à sa nièce. Voici donc Angela, calme gamine au mutisme traumatique, à dévisager la chipie de la chambrée, in extremis promise à subir le supplice d’un fer à friser enfoncé style Les Valseuses (1974), atrocité à oreiller, mur d’ombres portées. Avant cette vengeance vicieuse, à ravir le rêveur ou tueur sadique de Bret Easton Ellis, ces vacances s’apparentent à un petit martyre, pourtant pas autant sangl...

Vague à Liam

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  Exils # 47 (18/07/2024) Saints and Sinners (Lorenz, 2024) s’ouvre une scène qui rappelle celle d’ Agent secret (Hitchcock, 1936) puis le clin d’œil des Incorruptibles (De Palma, 1987). Faire exploser des enfants, ça se fait donc depuis longtemps, à Gaza ou pas, mais le terrorisme ou le capitalisme (et le gangstérisme, alter ego illégal et létal) ne prémunissent contre les risques du sentimentalisme. Du désobéissant Tony Montana ( Scarface , De Palma, 1983) à la passionaria de l’IRA, il suffit d’un film non distribué en salles hexagonales, disponible en ligne, dirigé avec solidité, dépourvu de personnalité, par le collaborateur au long cours, à plusieurs postes, d’un certain Clint Eastwood. Résumons l’horizon à l’usage du cinéphile hâtif : ici se croisent Assassin(s) (Kassovitz, 1997) et Impitoyable (Eastwood, 1992), sous la forme (de plate-forme) d’un western européen, point urbain, en effet peuplé de pécheurs et de saints, plutôt que des zombies de Romero racontant...

La Chouette et la Pêche

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  Exils # 33 (27/05/2024) Réentendu en VF délavée, revu samedi en salle vidée, sur un grand écran lui redonnant son « lustre d’antan », surtout cette double et fondamentale dimension spatiale, celle du récit, celle du widescreen , Labyrinthe (1986) demeure un divertissement séduisant et stimulant, pour petits et grands enfants, un conte pas con de compte à rebours et d’émancipation, certes moins sexuel que La Compagnie des loups (Jordan, 1984), certes moins sentimental que Legend (Scott, 1985), connus et reconnus contemporains, idem modèles d’un cinéma disons démultiplié, de l’imaginaire, du fantasme, du studio, encore doté d’une analogique matérialité, avant l’avènement du numérique hégémonique, souvent castrateur et sans saveur (puisque tout paraît possible, plus rien ne devient crédible). Dans Dark Crystal (1982), le père des Muppets n’animait que des marionnettes, leur humanité se passant des humains, parce qu’elles le valaient bien. Ici, il conduit Connelly ...

L’Idole d’Acapulco

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  Un métrage, une image : Buster (1988) De ce buster ni block ni ghost , même si Collins y casse une vitrine, y vole un costard, on connaissait surtout une célèbre chanson sentimentale, coécrite par deux dames, Toni Wine & Carole Bayer Sager, sur une mélodie mimi de Muzio Clementi, thème de double départ, instrumental et vocal, ici servi par les cordes ad hoc d’Anne Dudley, déjà directrice d’orchestre puis compositrice de The Crying Game (Jordan, 1992), The Full Monthy (Cattaneo, 1997), Oscar à la clé, olé olé, ou Elle (Verhoeven, 2016). Mais le métrage un peu trop sage, en tout cas au goût relou de critiques conservateurs, (pré)occupés à dénoncer son révisionnisme supposé, ne se limite Dieu merci à une comédie romantique, sur fond de fait divers de naguère. La reconstitution d’hier, les Britanniques savent parfaitement faire, au ciné, à la TV, les costumes, les décors, les accessoires, ressuscitent ainsi les sixties du Royaume-Uni, où l’on regarde, essaie d...

The Crying Game : Who’s That Girl

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Neil Jordan. Une fête foraine défaite, une étreinte dite interraciale, une amitié maudite : The Crying Game (1992) débute bien, se souvient du bestiaire doux-amer d’Orson Welles ( Mr. Arkadin , 1955), utilise le son à bon escient, écoutez l’hélico encore invisible puis de coda explosive. Divisée en deux temps équidistants, la suite ne démérite, mais l’estimable mélodrame militaro-sentimental de Jordan, certes non démuni de tendresse et de finesse, d’amour et d’humour, n’essaie une seule seconde de transcender son sujet, disons son homme-objet, se contente d’illustrer de façon soignée, convaincantes compositions en widescreen , sa chronique dramatique et drolatique à base de séduction, de dessillement, de pardon, d’emprisonnement. Si l’on souhaite le vertige (re)connaître, celui des sens, de l’essence, des identités sans cesse dotées de ductilité, sinon de duplicité, on se doit de (re)voir fissa M. Butte...

Cujo : Nous, les chiens

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Réflexe de Pavlov ? Morsure de métaphore… Le lucide Lewis Teague l’admet lui-même : Cujo (1983) demeure son meilleur film. Désormais exhumé en blu-ray , en DVD, il mérite d’être redécouvert aujourd’hui, a fortiori à l’heure de la numérisation généralisée au/du ciné, de ses dommages animaliers, cf. le récent ratage de L’Appel de la forêt (Chris Sanders, 2020). Enamourée de réalisme, en dépit d’un tournage assez surréaliste, la coda de Cujo , mélodrame maternel en huis clos d’immobile auto, ne peut pas ne pas rappeler celle, décisive, des Oiseaux (Alfred Hitchcock, 1963). Mais fi d’eschatologie, évacué le vol/viol de volatiles, exit la conclusion-sidération. Ici, un symbole de secours alpestre, alcoolisé, bientôt caramélisé par l’increvable franchise Beethoven , se voit vite inversé, merci à la vicieuse chauve-souris, passé fissa du statut de sauveur au grand cœur à celui de danger en effet enragé. En chassant un lapin malin, le chienchien trace ainsi son sinistr...

Les Rescapés : Dog Soldiers

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Enfants privés de parents, bergers forcément allemands, opus assez plaisant… Les cinéphiles savent depuis Europa (Lars von Trier, 1991) que le terme « loup-garou » désigne, aussi, certains nazis. Dans Les Rescapés (Adrian Panek, 2018), baptisé Werewolf à l’international et Wilkołak à domicile, on n’aperçoit pourtant aucune créature lycanthrope, on se contente d’accompagner un groupe de gamins, survivants résilients du récent démantèlement des camps. Abritée au fond d’une forêt, désormais occupants désarmants, désarmés, d’un manoir sans eau ni électricité, la meute de marmots va devoir affronter l’assaut d’une seconde, tout autant affamée, assoiffée, en sus « dressée pour tuer », salut à Sam (Fuller), de préférence les porteurs d’uniformes rayés, tandis qu’à proximité se terre, au sein d’un bunker à la Hitler, un sinistre déserteur, à son tour prisonnier de la peur, tandis qu’un soldat de Staline, of course alcoolisé, succombe à son instinct sexuel mal...

La Ruée vers Laure : Deux ou trois choses que l'on sait de Laure Marsac

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Politique des acteurs, et surtout des actrices… Revue récemment, de façon trop brève, hélas, dans le diptyque TV de Josée Dayan, Entre vents et marées , qui rendait justice au romantisme de la côte bretonne, à défaut d’autre chose, et dans un rôle plus étoffé (une adulte solitaire abusée autrefois par son père), porté avec brio , pour un épisode du Sang de la vigne (petit cru que ce psychodrame matriarcal avec un Pierre Arditi en roue ivre ), Laure Marsac nous apparut, telle l’héroïne onirique de Verlaine, « ni tout à fait la même/Ni tout à fait une autre ». Ses traits désormais ornés d’une étrange et touchante beauté, celle des blessures et des joies adultes, de l’expérience du monde et de la traversée d’une vie, elle parvient à conserver sa douceur blonde, l’intensité de son jeu et de sa voix (surgissent, inopinées, quelques correspondances avec une certaine Sophie Marceau), sa part d’enfance inguérissable et irrésistible, la variété de son registre, aussi, double...