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Affichage des articles associés au libellé Otto Preminger

Leçon de noirceur

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  Exils # 166 (04/02/2026) La révélation de la conclusion répond au carton de l’introduction : Ferré flic infiltré, ne vous droguez point et dormez bien, citoyens. Razzia sur la chnouf (Decoin, 1955) ne cède cependant à l’esbroufe, s’écarte du cadre moralisant à la Reagan, malmène en mineur l’image d’un acteur ensuite aux prises avec la dope de La Horse (Granier-Deferre, 1970). Dans la France du mitan des années cinquante, personne à notre connaissance ne parlait de narcotrafiquant, mais ce spécialisé sous-système de l’économie classée souterraine faisait déjà recette, alors l’exilé aux États-Unis, détail de biographie, retourne au pays, descend du ciel donc d’un avion, porte un imperméable à la Bogart & Melville, sert de guide d’enfer laïc, évoque vite Virgile, celui de la Comédie dite divine, car l’on sourit souvent durant le périple plus pathétique que didactique. Éléments étonnants ou peut-être pas tant, on y voit Ventura dévorer du bon jambon et une part de pâté...

Éloge des femmes mortes

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  Exils # 158 (20/01/2026) Pour Patrick Laura Palmer, Laura de Preminger, l’ aura de Marker. L’Orphée figé de La Jetée (Marker, 1962), poursuivant le passé, souvenir à venir, in extremis descendu, divisé. En anglais, filmer (ou photographier) et flinguer se disent to shoot . En français, on dit tirer le portrait, mais en France, on utilise le fusil photographique de Marey. Femme de falaise ou bancal « Batman », les suicidaires d’hier se visionnent en vidéo, la torche humaine se relève, prend leur relève. Les conflits s’avèrent en vérité peu « présentables », en fait irreprésentables, il n’existe de films « olfactifs », la guerre en images se réduit à des images de guerre, devient une guerre des images, une mise en scène de l’obscène, à Iwo Jima, Clint ne le contredit ( Lettres d’Iwo Jima , Eastwood, 2006), à Kiev & Gaza. « Tu n’as rien vu à Okinawa, tu ne vois que dalle à Marienbad » pourrait-on répliquer, Resnais au carré, sous le...

Le Masque et la Thune

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  Exils # 87 (25/02/2025) Au creux du cadenassé sarcophage, aucun cadavre, un collier congelé, un insecte symbolique, deux bobines de film. Divertissement de cinéma méta, au huis clos à la Pirandello, aux sombres cartons de sons et de noms, clin d’œil au silence du muet, aux faire-part de décès, à un clip iconique de Bob Dylan ( Dont Look Back , Pennebaker, 1967), Le Chat et le Canari (Metzger, 1978) ressemble un brin à une adaptation pirate d’Agatha Christie, délestée du belge détective et de ses « cellules grises », un giallo dépourvu de gants, d’imperméable et de couteau, un whodunit britannique qui met en scène et en abyme l’inquiétude puis la panique. Comme Les Diaboliques (Clouzot, 1955), il s’’agit d’une histoire de terreur et de fric, d’une femme à laquelle on essaie de faire peur jusqu’à ce qu’elle cane. Comme chez Hitchcock, en tout cas celui de La Corde (1948, issu aussi de la scène) et L’Inconnu du Nord-Express (1951), les « frères d’armes » ...

Monnaie de singe

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  Un métrage, une image : Un jour au cirque (1939) Les multiples Marx n’amusaient guère Mayer, qui leur colla aux basques un Buster Keaton déjà sur le déclin, réduit au triste statut de gagman à distance, voire en concurrence avec ce type de comique(s). Éclairé par Leonard Smith, partenaire régulier du précité, de plus DP des Poupées du diable (Browning, 1936), d’un diptyque exotique ( Tarzan s’évade + Tarzan trouve un fils , Thorpe, 1936, 1939), sa direction artistique supervisée via l’incontournable et bien nommé Cedric Gibbons, At the Circus possède ainsi le professionnalisme impersonnel d’un produit MGM, en l’occurrence chapeauté par Mervyn LeRoy, pas encore aux prises avec les fauves de Quo vadis (1951).  Derrière la caméra, l’obscur Edward Buzzell, (dé)formé à Broadway ; devant, trois grands garnements, face à trois femmes fréquentées, fréquentables, certes à fond faire-valoir, mais jamais dérisoires : la fidèle Margaret Dumont, veuve joyeuse...

Gaslight

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  Un métrage, une image : Hangover Square (1945) Exercice de style, psychanalyse appliquée, presque de série B ? Leçon de réalisation et chef-d’œuvre de poche, malgré un manichéisme féminin mâtiné de misogynie. Barré Lyndon ( Sous le plus grand chapiteau du monde , DeMille, 1952, La Guerre des mondes , Haskin, 1953, Le Signe du païen , Sirk, 1954) adapte donc de façon infidèle un roman de Patrick Hamilton, le dramaturge de Hantise ( aka Gaslight , Dickinson, 1940, Cukor, 1944) et La Corde (Hitchcock, 1948). Éclairé par Joseph LaShelle, à peine sorti de Laura (Preminger, 1944), puis directeur de la photographie sur plusieurs Wilder, un Cassavetes ( Un enfant attend , 1963) ou un Penn ( La Poursuite impitoyable , 1966), musiqué par Herrmann alors à la Fox, interprété par l’impliqué Laird Cregar, cané d’une crise cardiaque peu avant la distribution en salles, dommage, Hangover Square brûle d’un feu précis, précieux, file le motif métaphorique, lui-même ensuite repr...

La dolce vita

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  Un métrage, une image : «   Et Satan conduit le bal » (1962) Trois couples, une entourloupe, la route, la déroute : huis clos clair comme un tombeau, beau boulot de l’incontournable Raoul Coutard en dirlo photo, l’unique directive de Grisha Dabat, cinéaste éphémère, désormais centenaire, jadis scénariste de Bénazéraf & Pécas, ici sous l’égide de Vadim, qui adapte, dialogue, produit, commence sur un accident automobile, se termine sur un meurtre homonyme, il s’agit ainsi de la chronique d’une mort annoncée, durant quatre-vingts minutes congédiée, esquivée. Du côté de Collioure, ça papote à propos d’amour, ça s’ennuie, style Antonioni, le spectateur d’aujourd’hui un peu, aussi, ça se livre, voire se délivre, à des (dé)liaisons évidemment dangereuses ( Les Liaisons dangereuses 1960 , Vadim, 1959), où Ivan se plante, de dame, de macadam , supplante, même émotion, Valmont. Le pascal ou estival marivaudage vite dévie vers le naufrage, le chantage, la balle...

Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé

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  Un métrage, une image : Madeleine, anatomia di un incubo (1974) Pourvu d’un sous-titre à la Preminger ( Anatomy of a Murder , 1959), d’une coda en écho au Cabinet du docteur Caligari (Wiene, 1920), l’ item amène, du guère remarqué ni remarquable Mauri, ressemble à une séance, sinon à une séquence, de psychanalyse appliquée, puisque la patiente, pas si démente, expose dès l’orée sa psyché pour le moins tourmentée. Le prologue ad hoc , rêve éveillé, visualisé, aux roseaux en train d’onduler, aux aiguilles à tricoter, aux clones , pas en cloque, perruqués, à semer, à (se) sermonner, en forêt de conte de fées défait, bagnole brûlée, procession sinistre de poupon en plastique, ralenti compris, légitime à lui seul la découverte en VO de cet ouvrage d’outrage, de mirage, d’avortement, de dessillement. Apparemment mariée à un armateur marseillais, à un mateur doué du don d’ubiquité, Madeleine cauchemarde, rencontre illico un étudiant en philo, voici l’homme, c’est-à-dire le P...

Barfly

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  Un métrage, une image : Le Poison (1945) Et je bois Dès que j’ai des loisirs Pour être saoul pour ne plus voir ma gueule Je bois Sans y prendre plaisir Pour pas me dire qu’il faudrait en finir Boris Vian Renommé, récompensé, The Lost Weekend dialogue à distance, dès le premier plan, d’un escalier dévalé le temps, avec un autre conte de dédoublement, au bestiaire mortifère – Psychose (Hitchcock, 1960), évidemment. En le redécouvrant en DVD, on peut aussi songer à La Maison du docteur Edwardes (Hitchcock, 1945), à L’Homme au bras d’or (Preminger, 1955), à Shock Corridor (Fuller, 1963), au Cercle rouge (Melville, 1970), à Shining (Kubrick, 1980), au Festin nu (Cronenberg, 1991). Au carrefour du « film noir », « fantastique », sinon « horrifique », chauve-souris à la Lugosi, pas encore d’Asie, incluse, de l’étude de mœurs, du portrait intérieur, Le Poison carbure donc à l’accoutumance, à la clémence, à l’impuissance,...

Mado

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  Un métrage, une image : Minuit… quai de Bercy (1953) Pour Jacqueline Occise par Madeleine l’actrice, Mado la concierge pratiquait l’attraction/répulsion à répétition, à rêve d’évasion, le chantage sans ambages, accessoirement le mortel accident d’enfant, alors le méconnu Minuit quai de Bercy , signé d’un « artisan » transparent, illico entrecroise L’assassin habite au 21 (Clouzot, 1942), encore huis clos, idem situé à Montmartre, et Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (Petri, 1970), autre renversement de rôles, plus violent et plus drôle. Mademoiselle Robinson, à la Mrs . Robinson de Garfunkel & Simon mes salutations ( Le Lauréat , Nichols, 1967), incarne donc la dame endeuillée d’un « criminologiste » passionné courtisée par un flic fatigué. Cette « femme supérieure », telle l’appelle l’épicier salace, (dé)croise ses jambes aussi bien qu’une certaine Sharon Stone ( Basic Instinct , Verhoeven, 1992), pourtant pas de pi...

L’Image de pierre : La Forteresse vide

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  La chair et le sang, l’essence et l’instant… En sus d’annoncer le célèbre Solaris de Stanislas Lem, d’anticiper le fameux Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick, d’adresser un double clin d’œil au précédent et désespérant Désert des Tartares , car architecture à l’usure, militaires à ne rien faire, L’Image de pierre présage le couple en déroute de Un amour , comporte une coda à la Caligula de l’amical Albert Camus, métamorphose Orphée à la sauce SF. Si tout cela ne vous suffit pas, si vous lisez de musique accompagné, on propose en playlist Build Me a Woman des Doors, Forteresse de Fugain, Utopia de Goldfrapp. Journaliste et artiste, conteur et dramaturge, peintre et poète, Dino Buzzati signe ici un livre assez unique, pas seulement parmi une bibliographie à tendance dite « fantastique ». En VO, ce roman stimulant, amusant, émouvant, s’intitule Il grande ritratto , par conséquent « le grand portrait », au sens pictural...

L’Esprit de la mort : Les Immortels

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  Qui veut vivre toujours ? Pas sans toi, mon amour… Comparé au moralisme de L’Esprit de la mort (Peter Newbrook, 1972), celui de Frankenstein paraît presque permissif : alors que Victor, bon baron, idem adonné aux délices sinistres de l’hubris, donnait certes naissance à sa pauvre et impure créature, perdait pourtant son frangin benjamin, sa servante innocente, son meilleur ami aussi, sa svelte Elizabeth, promise adoptive, je précise, puis presto son père et ensuite décédait, suivi de près par sa némésis suicidaire, polaire, Hugo Cunningham, puisque privilégié depuis cinq cents années, du pouvoir évitons de profiter, soutenons la domesticité, observons le monde en train de changer, aspire à prouver l’existence de l’asphyx du titre d’origine, à capturer sa présence au creux d’un réceptacle aux allures de cercueil raccourci ; hélas pour lui, cette immortalité à domicile, domestiquée, va vite conduire à une accumulation de deuils en série, ceux de sa seconde épouse, fi...

Grand Prix : Go Fast

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  Du futurisme, en Ferrari, un écho à Monaco ? Plutôt l’expertise holistique de Saul…    Moins connu que ses remarquables contributions à disons L’Homme au bras d’or (Preminger, 1955), Autopsie d’un meurtre (Preminger, 1958), Sueurs froides (Hitchcock, 1958), La Mort aux trousses (Hitchcock, 1959), Psychose (Hitchcock, 1960), Spartacus (Kubrick, 1960), West Side Story (Robbins & Wise, 1961), Les Nerfs à vif (Scorsese, 1991) ou Le Temps de l’innocence (Scorsese, 1993), le générique de Grand Prix (Frankenheimer, 1966), bien sûr signé Saul Bass, constitue quand même un chef-d’œuvre de poche, un modèle de commencement, une séquence en soi dont célébrer la maestria. Le graphiste renommé recroise donc la route du réalisateur presque amateur de Mon père, cet étranger (1957), ensuite de L’Opération diabolique (1966), items auxquels il collabore encore. Après le fameux mammifère de la MGM, la mention copyrightée du « Cinerama », le bref défilé des...

Le Coup de l’escalier : Frissons de Frenzy

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Marche ultime, démunie d’hémoglobine… Restons donc en terre-à-terre Angleterre, selon cette démonstration de suggestion. Après Le Rideau déchiré (1966), son assassinat impossible, étiré dans la durée, la trivialité, sinon l’hilarité, puisque tuer, en vérité, prend du temps, s’affirme difficile, a priori pour Paul Newman, voici l’invisible, la férocité en filigrane de Frenzy (1972). Rentré chez lui, au pays, au quartier, Alfred Hitchcock y supprime en douceur la dear Anna Massey, jadis au générique du Voyeur (Michael Powell, 1960) et Bunny Lake a disparu (Otto Preminger, 1965), longtemps ensuite de The Machinist (Brad Anderson, 2004) et Crimes à Oxford (Álex de la Iglesia, 2008). Doté d’une diabolique blondeur, Barry Foster ( La Bataille du Rio de la Plata , Powell & Pressburger, 1956 ; La Fille de Ryan , David Lean, 1970) incarne avec une menaçante onctuosité un serial killer doublé d’un violeur, porté sur les cravates, parfois les patates. Le DP anglais Gil...