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Affichage des articles associés au libellé Robert Wiene

Zeman I Love

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  Exils # 190 (23/04/2026) Aventures fantastiques (1958) mérite son titre, alternatifs aussi, The Fabulous World of Jules Verne et L’Invention diabolique , traduction explicite du pragmatique intitulé d’origine, auquel le fidèle Invention for Destruction rend justice en rime. Il s’agit en résumé, en bon français, d’une sorte de best of de l’univers vernesque, basé sur un roman méconnu, oublié, cause de procès, le pacifiste Face au drapeau , lui-même synthèse de plusieurs et plus célèbres prédécesseurs, aux personnages au passage cités dès le prologue en voix off . Avant de s’aventurer vers une île forcément mystérieuse, volcan en toc, tant pis pour Empédocle, ce classique à succès, un peu partout récompensé, adoubé de Bazin & Resnais, apprécié par Pauline (Kael), débute dans un asile, comme Le Cabinet du docteur Caligari (Wiene, 1920), se souvient bien sûr de Méliès, autre adaptateur classé « libre », adresse des clins d’œil à la pieuvre de Vingt Mille Lieues s...

La Camisole et l’Exode

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  Exils # 81 (13/02/2025) Le même matériau d’origine – La Famille du Vourdalak d’un cousin de Tolstoï – mais pas le même film : La Nuit des diables (Ferroni, 1972) ne décalque le sketch central des Trois Visages de la peur (Bava, 1963). Adios Karloff tendre et féroce, exit le gothique romantique, à ravir et rassurer les amateurs de la Hammer, fi d’une direction de la photographie remarquable et reconnaissable. Nous voici désormais dans les années soixante-dix, décennie de « crise » pas seulement économique, d’audace et de désastre, de doute et de déroute, de « films de fesses » et de MLF, de terrorisme pas encore qualifié d’islamiste. Le caro Mario s’activa vite, opéra fissa sa transformation stylistique, avec le séminal et cynique La Baie sanglante (1971), matrice pas si apocryphe du slasher US et aussi modèle de misanthropie. Le collègue Giorgio mit plus longtemps, douze ans, avant de délaisser la beauté, la singularité, du renommé, du réussi, L...

Le Testament flamand

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  Exils # 41 (26/06/2024) Encadré en boucle bouclée par deux citations de l’Alice de Lewis (souvenir subit de Alice ou la Dernière Fugue , Chabrol, 1977, sa variante féminine, Kristel versus Carrière), la seconde en écho à celle de Poe placée en épigraphe de Fog (Carpenter, 1980), voici bel et bien un ouvrage des seventies , rempli d’arrêts sur image de son âge (souvenir de l’ouverture de La Horde sauvage , Peckinpah, 1969), de zooms arrière et avant de son temps (l’Italie les apprécie), de plans classés en caméra portée, vestiges du « ciné-vérité », de plans (re)mont(r)és en replay , marqueurs d’une temporalité peu portée sur la linéarité (cf. Roeg). Le mélange de lumière blanche et d’éclairages colorés – le dirlo photo Gerry Fisher va ensuite s’occuper des climatiques Monsieur Klein (Losey, 1976), Don Giovanni (Losey, 1979) ou Highlander (Mulcahy, 1986) – évoque idem la gueule de bois (du cinéma) de ces années-là, comme si Sautet soudain virait Bava, la sé...

L’Angélique et l’Hypnotique

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  Exils # 26 (20/03/2024) Pour Catherine presque Portinari L’Eucharistie inversant, cannibalisme adjacent, le cinéma désincarne le monde, le réduit à un (im)pur esprit. Parmi la forêt des films, pétrifiée, néanmoins animée, mobilis de l’immobilité, Nemo KO, jadis suites d’images pelliculées pas si sages, désormais fichiers de données numérisées, plus rien ne prend corps, ne (se) sent encore, y compris au creux des trois imageries, des belles âmes bien sûr honnies, de l’horreur, du mélodrame et de la pornographie, cependant censées carburer au sang, à la sueur, au sperme et aux larmes. Entre apparence de résistance au virtuel à la pelle, au simulacre matraque, et gadgets obsolètes, Odorama et tout le tralala, le ciné se bouche le nez, assume sa sinusite chronique, tant pis pour la poignée d’Italiens un brin malsains portés sur la coprophilie, revoyez vite avant de mourir, de vomir, les cadavres excrémentiels et exquis de Ferreri ( La Grande Bouffe , 1973) & Pasolini ( Sal...

Les vécés étaient fermés de l’intérieur

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  Un métrage, une image : Dans la peau du lion (1927) Finch le souffre-douleur les rend tous fous, encaisse en série leur courroux, à défaut des factures de l’infantile factory , auxquelles il manque un reçu, affirme le recouvreur à l’œil noirci de boxeur. Comptable depuis vingt ans, il ne saurait être question de l’augmenter pourtant, n’en déplaise au fiston du patron, de sa fille à la fenêtre le prétendant, lui-même sommé de se mettre à travailler, in fine fissa recruté. À moins des tours et détours du destin, à savoir l’arrivée d’un client important et renommé, un spectacle d’hypnose tout sauf morose, animé par un vrai-faux sosie de Béla Lugosi, qui transforme aussitôt notre anti-héros en modèle de mâle lesté de testostérone, au slogan désarmant : « Je suis un lion ! », jeu de mots sur le cénacle et l’animal, puisque la séance se déroule devant le public ravi des membres du célèbre Lions Clubs, créé là-bas depuis une dizaine d’années déjà. Illico ...

Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé

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  Un métrage, une image : Madeleine, anatomia di un incubo (1974) Pourvu d’un sous-titre à la Preminger ( Anatomy of a Murder , 1959), d’une coda en écho au Cabinet du docteur Caligari (Wiene, 1920), l’ item amène, du guère remarqué ni remarquable Mauri, ressemble à une séance, sinon à une séquence, de psychanalyse appliquée, puisque la patiente, pas si démente, expose dès l’orée sa psyché pour le moins tourmentée. Le prologue ad hoc , rêve éveillé, visualisé, aux roseaux en train d’onduler, aux aiguilles à tricoter, aux clones , pas en cloque, perruqués, à semer, à (se) sermonner, en forêt de conte de fées défait, bagnole brûlée, procession sinistre de poupon en plastique, ralenti compris, légitime à lui seul la découverte en VO de cet ouvrage d’outrage, de mirage, d’avortement, de dessillement. Apparemment mariée à un armateur marseillais, à un mateur doué du don d’ubiquité, Madeleine cauchemarde, rencontre illico un étudiant en philo, voici l’homme, c’est-à-dire le P...

La Tête d’un homme : Maigret voit rouge

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Julien Duvivier. En découvrant la version restaurée de La Tête d’un homme (1933) de Julien Duvivier, on ne peut pas ne pas (re)penser à l’expressionnisme allemand, pardon du pléonasme, surtout au trio mytho-socio du Cabinet du docteur Caligari (Wiene, 1920), Loulou (Pabst, 1929) et M le maudit (Lang, 1931). Doté d’un intitulé à double sens – la tête à guillotiner, la tête de l’intériorité –, (re)voici un film de l’enlisement, du ressentiment, à la fois portrait d’une psyché très perturbée, d’une (micro-)société sur le point de céder, de sombrer. Dans le rôle d’une carrière, au croisement somnambulique et sarcastique de Conrad Veidt & Fernandel (ou Benjamin Biolay, allez), le remarquable et remarqué Valéry Inkijinoff, ensuite recroisé chez Bernard ( Maya , 1949), Fritz ( Le Tigre du Bengale + Le Tombeau hindou , 1959), de Broca ( Les Tribulations d’un Chinois en Chine , 1965) ou Enrico ( Les Aventuriers ,...

Messiah of Evil : Kiss Tomorrow Goodbye

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  Ulysse & Télémaque ? Eurydice en Amérique… Un mec court, une porte apparaît, une piscine scintille, la fille l’assassine : après un prologue inspirant et inspiré, nocturne et coloré, la suite ne démérite. Item littéraire et d’atmosphère, film cinéphile tout sauf futile, opus poétique et politique, Messiah of Evil (William Huyck & Gloria Katz, 1973) associe deux récits, retravaille Lovecraft, s’approprie Shakespeare, se souvient de L’Invasion des profanateurs de sépultures (Siegel, 1956) et cite Sueurs froides (Hitchcock, 1958), développe et démultiplie la subjectivité tourmentée de Carnival of Souls (Harvey, 1962), s’inscrit au sein du sillage insensé de Shock Corridor (Fuller, 1963) et Sœurs de sang (De Palma, 1972), repeint Pierrot le Fou (Godard, 1965) puis prépeint Suspiria (Argento, 1977), verrière vénère brisée en sus, présage Zombie (Romero, 1978), devine Démons (Bava, 1985), revisite le western et remont(r)e le mélodrame paternel. Fiss...

Les assassins sont parmi nous : The Good Doctor

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Wolfgang Staudte. Hildegard Knef fréquenta un nazi à la tête de la Tobis, Wolfgang Staudte joua dans Le Juif Süss (Veit Harlan, 1940), d’ailleurs déjà décoré par le même Otto Hunte : par conséquent, on pourrait supposer que Les assassins sont parmi nous (Staudte, 1946), appréciez, au passage, la référence transparente à Fritz Lang, au titre d’origine, illico recalé, de M le maudit (1931), représenta pour les trois intéressés un sorte d’exorcisme intime, d’expiation de saison, à tout le moins d’ examen de mauvaise conscience transposé. Le mea culpa , l’URSS connaissait ça, très portée sur la dite autocritique, particulièrement celle de ses soi-disant opposants, du peuple déclarés ennemis, fissa déportés en Sibérie. Au lendemain de la débâcle d’un régime mortifère, censé être millénaire, il convenait donc d’éduquer, voire de rééduquer, la masse citoyenne, cinéphile, au mieux irresponsable, au pire coup...

La Tête contre les murs : Détraqué(e)s de ciné

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Caméra, camisole, huis clos et envol. Nous naissons tous fous. Quelques-uns le demeurent. Samuel Beckett, En attendant Godot (1952) Si, durant une seule seconde, on parvenait à penser l’impensable, chacun possède le sien, hier ou demain, on deviendrait cinglé, assuré. Il existe, heureusement, mille et un divertissements, pour néantiser notre néant, au moins un instant. Le ciné ne nécessite aucun effort particulier, il suffit de regarder, d’écouter, de lire à la va-vite des sous-titres. Divertissement d’épiciers, à la Pascal, démocratique et démagogique, le voici nous dérouter de nos ennuis, dissoudre nos soucis, nous donner à voir et à vivre d’autres vies que celle-ci, si brève, si décevante. Tandis que le X vide tes testicules de velléités révolutionnaires, l’horreur t’apprend à survivre, sublime tes intimes malheurs. Le temps passé à visionner s’avère autant perdu que retrouvé, Marcel Proust peut continuer à se coucher tôt, au creux de sa cathédrale de mots. La van...

Schizophrenia : Confessions d’un barjo

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Angst prévient le métrage en VO ; de l’angoisse, de la peur, de « l’inquiétante étrangeté », on en trouvera dans Schizophrenia , mais pas seulement et tant mieux. Suivez, si vous l’osez, le guide en ligne d’une exhumation en forme de bifurcation… Faut-il consulter si l’on sourit constamment à la découverte d’un titre admiré de manière inconditionnelle et obsessionnelle par Gaspar Noé ? Doit-on sérieusement s’inquiéter d’y lire une comédie très noire sur la psyché autrichienne, pays de Hitler et de Haneke, davantage qu’une étude subjective consacrée à un psychopathe avéré ? Qui nous jettera la première pierre (en pellicule) si l’on songe à La Ronde des prisonniers (tout premier plan de la prison survolée par un essaim de corbeaux à la Poe), au Cabinet du docteur Caligari , à Orange mécanique , à Fassbinder (celui de Roulette chinoise , surtout) ? Le lecteur connaît désormais notre sensibilité plus ou moins « singulière » (d’autres rient...