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La Voix des morts : Notes sur le hors-champ sonore

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La voix de sa maîtresse et la preuve de sa tristesse… Au cinéma, la voix off ne constitue pas (uniquement) une option car elle relève de l’identification (d’une femme, d’un homme). Désincarnée de manière littérale, elle paraphe la nature fantomatique (et funéraire) d’un art de l’obscurité tombale (autant que commerciale). Une fois filmé, le corps s’évapore, devient une image, une trace, un souvenir à sans cesse ranimer, réactualiser, raviver en version restaurée ; d’où, en partie, la mélancolie congénitale de la pornographie, présence-absence du plaisir public. La voix subit aussi une métamorphose, elle se dissocie de sa source, elle se sépare de son émetteur, bien au-delà de la parenthèse historique liminaire du muet (ou de son simulacre discutable à la Tabou ). Dans la mosaïque filmique, la bande-son et la bande-image dialoguent, se redoublent, se contredisent. Le doublage, bien sûr, souligne l’artifice sonore, permet le cosmopolitisme polyglotte. Il ne représente...

Prick Up Your Ears

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Être et avoir, voir et entendre. Sur une célèbre plate-forme de « contenus adultes » (QG montréalais, ce qui nous ramène à Cronenberg au temps de Rage   avec Marilyn Chambers, éminent et mémorable transfert de blue movie , boucle bouclée, donc), on trouve désormais une « catégorie » un brin particulière : il s’agit, croyez-le ou non, d’un service d’audiodescription, disponible sur environ une soixantaine de scènes hétérogènes ( gay inclus). Puisque la vie s’avère courte et notre patience tout sauf inépuisable, on se piqua d’écouter, de se borner, au (court) premier segment hétéro (notre orientation sexuelle, sorry ou pas), une version remontée (abrégée) de Sexy Threesome in the Office . Comme l’indique l’allitération assez peu racinienne (quoique) de son intitulé, la saynète encapsule un triolisme (Cronenberg, bis , surtout celui de Faux-semblants ) au bureau, produit très « calibré » de chez Brazzers, aussi passionnant et surprenant ...

Babel : Décalage(s) du doublage

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La voix humaine (ah, la Magnani de Cocteau ou Rossellini, sirène sincère-étrangère, technologique, « pendue au bout du fil » comme d’autres à la corde), n’en finit pas de nous égarer, de nous faire nous retrouver.   Au cinéma, le corps se dissocie de la voix. Doublez-moi ce soir, Marilyn, Richard, ou rendez-moi ma voix à moi, caro regista, se lamente l’actrice italienne avant la généralisation du « son direct » dans les années 90. Off (ou sa variante, voice-over persistant et polymorphe du « récitant » russe), elle « surplombe » l’histoire, locutrice transgenre aux frontières du divin ou d’outre-tombe, comme dans Boulevard du crépuscule  ; in , à l’intérieur du plan, voire à distance dans la perspective, elle donne voix et donc corps à « l’intériorité » de personnages muets ou les rapproche de manière purement sonore. Welles disparaît de l’image qui détaille, machines à l’appui, les différents postes de la prod...

Le Silence de Lorna : Le Son au cinéma

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Une prose en voix off , distante et au plus près des arabesques sonores du mystère audiovisuel…   Un art audible Elles s’entendent de loin, les pleureuses réactionnaires et minoritaires regrettant la « pureté » du muet (redoutable idéal dans les intentions, les sentiments, les « races ») mais ignorant volontiers que la préhistoire du cinéma ne s’avéra ni muette – mots écrits des intertitres – ni silencieuse – silent movie , disent les Anglo-Saxons – puisque accompagnée par le bruit du projecteur, les notes d’un gramophone ou d’un piano, la bruitiste présence du public.  Silence d’or et parole d’argent, affirme la sagesse populaire, quand les religions interdisent de prononcer le nom des dieux à la légère et la psychanalyse, supercherie langagière et pécuniaire, invite au contraire à formuler son mal-être existentiel (autant dire que le feu brûle, la pluie mouille et la guerre tue des gens, accessoirement que l’on désire occire son...