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Affichage des articles associés au libellé Lucky McKee

De la mort des marionnettes

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  Exils # 145 (26/11/2025) Conte d’éducation méta et mental, Stopmotion (Morgan, 2023) doit beaucoup de sa séduction à une excellente actrice nommée Aisling Franciosi, déjà au générique de la série britannique The Fall . À l’instar de Sissy Spacek chez Brian De Palma ( Carrie , 1976) et Angela Bettis chez Lucky McKee ( May , 2002), la jeune femme (em)porte le film sur ses épaules fortes et fragiles, de la stroboscopie du prologue, amitiés à Noé, où son visage en rythme se déforme, sorte de sorcière multicolore, à la malle du final, coda d’au-delà, au silence d’enfance. Sa mère moins douce qu’amère, pas trop aphone, sa mimine (ré)animée au smartphone , à l’hosto alitée l’avertissait : une fois le spectacle terminé, voici les marionnettes rangées, inanimées, abandonnées. « Emmêlée dans ses fils » de fille sans « voix » ni voie (de secours) à soi, Ella vit sa folie jusqu’à la lie, comme jadis Catherine Deneuve chez Roman Polanski ( Répulsion , 1965), elle ...

Midnight Express

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  Un métrage, une image : Let Us Prey (2014) Mer mortifère, noir désespoir, étrange étranger, dressé sur rocher, corbeaux comme Les Oiseaux (Hitchcock, 1963), femme flic au sommeil difficile, séquestrée, abusée gamine, ville vide, chauffard du soir, commissariat de scélérats : le prologue de Let Us Prey donne le ton, annonce la sombre couleur, celle d’une noirceur non plus « tombée » du ciel, majuscule optionnelle, mais « levée » sur la cité désertée, au sein malsain de laquelle semble (sur)vivre, en sursis, une poignée d’âmes damnées, condamnées, celles, aussi, de l’habitacle des deux bagnoles, rouge et jaune. Avec son intitulé connoté, jeu de mots illico ( prey pour pray ), ses personnages au bord du naufrage, métaphore formulée par le commissaire-capitaine, un compte à rebours hérité autant du conte, minuit, pardi, que de la mise à mort minutée, made in USA , ce film irlandais trop propret, en dépit d’instants saignants, il faut s’y faire, ...

Freaks : Chloé

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Mutants débutants, résistants, mutatis mutandis , pardi... Doté d’un titre inutilisable, en tout cas très connoté, au moins depuis le film homonyme de Tod Browning – mais me plaît l’aspect pragmatique, poétique, de La Monstrueuse Parade (1932) –, Freaks (Zach Lipovsky & Adam B. Stein, 2018), s’il délaisse la poignante et impitoyable corporalité de l’ opus précité, parvient (en plein) à en conserver (l’esprit) le refus de la toujours suspecte « normalité », marotte démagogique d’un méprisable/méprisant ex -président de la République. Il s’agit, résumons fissa, d’une sorte de refonte du Firestarter (1994) de Mark L. Lester, donc d’un (mélo)drame familial et gouvernemental, à base de super-pouvoirs et au bord du désespoir. Le solide Emile Hirsch, jadis délicieux péquenot, au générique de Killer Joe (William Friedkin, 2012), semble s’inspirer, pour composer son personnage de paranoïaque papounet, de la folle (en effet) performance de Michael Shannon dans Bug (2007), sim...

The Prodigy : La Main à couper

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Mourir, revenir, cercle cyclique, tract de no kid .   J’suis dans un État proche de l’Ohio J’ai le moral à zéro Isabelle Adjani On sait, depuis Le Tour d’écrou de Henry James (1898) et par conséquent Les Innocents de Jack Clayton & Truman Capote (1961), qu’il vaut mieux se méfier des gamins mielleux prénommés Miles. What’s wrong with Miles? se demandent l’accroche de l’affiche et surtout ses parents apparemment sans profession, toutefois propriétaires d’une confortable maison. D’abord sceptiques, ils découvrent vite la réponse impensable, insupportable : l’âme d’un tueur en série réside à l’intérieur du gosse cru précoce, sinon surdoué, tant pis pour son asocialité. Comme dans Audrey Rose (Robert Wise, 1977), clin d’œil indien compris, il s’agit donc d’une histoire de réincarnation et non de possession, range-moi fissa ce crucifix, mon ami(e), même si Tripp Vinson produisit jadis l’estimable Exorcisme d’Emily Rose (Scott Derrickson, 2005) et le di...

The Lost : Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu

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Des canettes (de bières) dans les bottes et une matrice (révélatrice) en forme de chiottes… Jack Ketchum (jamais lu encore, bien qu’adoubé par Stephen King himself ) et le cinéma, une rencontre impossible ? Sorti avant l’anodin The Girl Next Door (de Gregory M. Wilson, « illustre inconnu » qui le resta) et l’inabouti The Woman (Lucky McKee se « contente » ici de produire, il apparaît aussi en caissier de supérette dans l’une des dispensables scènes coupées), voici donc le bien nommé The Lost , film mal écrit, mal filmé, surtout effroyablement mal interprété (l’écrivain, compromis en abyme, y joue même un barman , tandis que Dee Wallace-Stone & Ed Lauter font de pathétiques apparitions, en mère endeuillée alcoolisée, en amant dépressif d’une jeunette gérontophile), perdu dès son ouverture (au steadicam , en revival véloce de Evil Dead ) sur la frontal nudity de Misty (Mundae, rebaptisée Erin Brown), saisie au sortir de toilettes campagnardes (...

Darling : Abyss

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 « Cherchez la femme », toujours, même munie d’une lame virile pour trucider son vague à l’âme… On pourrait certes adresser à Mickey Keating le reproche de Jean-Luc Godard à Xavier Dolan, être jeune encore et faire pourtant, déjà, de vieux films, sinon des films de vieux. On pourrait exécuter d’une seule balle-ligne, la longueur de son argument, cette resucée aseptisée de Répulsion , qui fit saliver puis jouir les critiques supposés spécialisés. On pourrait se lamenter une fois de plus sur l’état du cinéma d’horreur contemporain, réduit à la pose arty , aux recettes de farces et attrapes, au cynisme mercantile, à l’analphabétisme cinématographique. On pourrait à nouveau conseiller à tous ces gens si propres sur eux de quitter leur niche de riches, d’aller se frotter à la rugueuse réalité, de vivre vraiment un instant de terreur pour pouvoir en parler après, en montrer quelque chose d’intéressant, de sincère, de sidérant. On pourrait fermer sa gueule au lieu d’av...

The Woman : Tant qu’il y aura des hommes

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Une famille effrayante de normalité , un père très « fouettard », une captive naturellement libre : l’enfer conjugal et national selon un réalisateur qui ne tint pas, hélas, toutes ses promesses… Tel un conte de fées (pour adultes) aux allures de fait divers, The Woman s’ouvre et se clôt sur deux « rêves ». Dans le premier, une femme s’imagine, se souvient ou s’occupe d’un bébé léché par une louve ; dans le second, une enfant, rescapée d’un massacre ignoré, aborde une île et fait la connaissance d’une créature anthropomorphe, en un court film d’animation ouvert et fermé à l’iris, comme au temps du muet. Le procédé, et le thème de l’apprivoisement qui structure la première partie de l’œuvre, rappellent bien sûr un autre célèbre récit d’éducation : L’Enfant sauvage de Truffaut (tandis que la mer animée après le générique final, avec sa gamine dans la barque, résonne avec La Nuit du chasseur de Laughton). Mais ici, point de docteur ni de « sauvageon »...