Articles

Affichage des articles associés au libellé Robert Wise

Débâcle d’Outback

Image
  Exils # 94 (20/03/2025) Carni quoi ? Carnifex , mec. Ben (se) la ramène, revient au latin, « bourreau » adoubé « fabricant de chair », de quoi ravir Clive Barker, explique aux filles et au public qu’il s’agit d’une espèce assez suspecte, presque hypothétique, disons d’une légende aux origines authentiques. Tandis que les spécialistes se demandent aujourd’hui si ce marsupial maousse de l’époque préhistorique disparut à cause de l’arrivée humaine ou du changement climatique (déjà, d’autrefois), notre trio – une documentariste + deux conservationnistes – pas trop rigolo (cumul de solitudes) et très écolo s’en va relever des vidéos d’espèces protégées, en quête d’inconnu bienvenu, d’une nouvelle bébête à fissa défendre contre les flammes et les cendres. Carnifex (Lahiff, 2022) s’ouvre ainsi sur un incendie, fléau de Californie et d’Australie aussi. Il se poursuit parmi des paysages sans âge, autant naturels qu’ils peuvent l’être, sorte d’éden vu du ciel, ...

L’Évangile selon saint Mars

Image
  Exils # 92 (13/03/2025) Après quatre années de « boucherie héroïque », voici enfin un film pacifiste, entre utopie et pédagogie : A Trip to Mars ( aka Le Vaisseau du ciel , Holger-Madsen, 1918). Ici la science-fiction s’associe au sermon, non pas de manière imposante et menaçante ( Le Jour où la Terre s’arrêta , Wise, 1951), mais au sein très sain d’une communauté costumée, remplie de ruralité, de sérénité, sorte d’antidote aux sectes suspectes de The Wicker Man (Hardy, 1973) ou Midsommar (Aster, 2019). Ces Martiens aux traits humains s’avèrent végétariens et leur justice rapide tout sauf expéditive. Pas de prison à l’horizon, sinon en mentale incrustation, plutôt une barque dépourvue de Charon, une « île des morts » plus ancienne que celle du spécialiste Zelazny, où apprécier en compagnie de spectres immaculés un preste « happiness of death ». Pendant le premier des deux uniques travellings du titre, la caméra s’avance vers un écran dan...

Il faut qu’on parle de Kevin

Image
  Exils # 82 (17/02/2025) Selon cette seconde version – je ne reparle de la première, relisez-moi ou pas – d’un « souvenir gênant de l’espace », dixit la réplique du chef des scientifiques et méchant de service, Noir du soir à la barbe blanche, personnage à présent « malaisant », un changement majeur modifie la perspective, en partie piqué au Piranhas (1978) de Sayles & Dante : exit la météorite, place à l’ artefact . Si de jeunes gens incarnent encore de grands adolescents ; si l’ensemble se déroule toujours sur fond de « guerre froide » et de menace mélasse à refroidir, au propre et au figuré ; si la « foi » et la confiance font à nouveau la force, il ne s’agit plus ici de xénophobie fifties , mais d’une manipulation de masse fictive et prophétique. Les hommes en blanc, soi-disant bienveillants, démasqués, menaçants, autant que les militaires d’hier, d’ E.T., l’extra-terrestre (Spielberg, 1982) ou Starman (Carpent...

Éducation en glaise

Image
  Exils # 64 (10/12/2024) Projeté en VF vintage , pour un petit public enfantin et féminin, Mary Poppins (1964) ressuscite et revient, redescend du ciel avant d’y remonter éternelle. Avouons : votre serviteur s’y présentait sans passion, presque à reculons, n’attendait rien de très bon, ne se souvenait de chansons jadis déjà et aujourd’hui encore à la con. Mais le métrage de Disney & Stevenson mérite mieux que l’amnésie ou la nostalgie. Certes, sa suffragette simplette, vite soumise au déplaisir du mari, rendra furieuses les féministes, tandis que la critique anticapitaliste ne contentera les autoproclamés Insoumis. L’intérêt secret de cette pâtisserie douce-amère à colossal succès réside ailleurs, dans un anarchisme British , une mélancolie assourdie. Le spectateur moqueur ne redoute que la nounou noircie aux grandes dents blanches, aux pieds écartés à cent quatre-vingts degrés, subisse sur les toits, rime chorégraphique à l’urbanisme ethnique de West Side Story (Rob...

Voyage au centre de l’altère

Image
  Exils # 39 (21/06/2024) Péplum, film de science-fiction, mélodrame, film catastrophe : Le Géant de Métropolis (Scarpelli, 1961) se joue des genres mais ne mélange les registres, conservant jusqu’au dernier plan inquiétant et en plongée un esprit de sérieux auquel il parvient pourtant, miracle laïc, à ne point succomber. Si tout ceci ne vous suffit, sachez qu’il s’agit aussi d’un conte antique qui assortit les concepts contemporains d’écologie et de collapsologie, qui explique le mythe de l’Atlantide, situé en… Atlantique, son déclin(isme) certain, selon une perspective éthique (maléfice autarcique de l’hubris scientiste) et à cause d’une quête ironique (l’immortalité de l’héritier via une « irradiation » de cerveau, celui du grand-paternel, plus tard spectre à la Hamlet, lui-même maintenu en vie de manière artificielle). En résumé d’accéléré, le royaume mortifère et (à moitié) sous terre de la triste Métropolis, (do)miné depuis longtemps par un triste tyran, au p...

Demain les souterrains

Image
  Exils # 10 (13/12/2023) Du père Forster, le cinéphile se souvient donc des adaptations en série d’Ivory, par exemple Retour à Howards End (1992), du dernier film de David Lean (La Route des Indes , 1984). La traduction en français, d’abord datée d’une dizaine d’années, puis rééditée en pleine « pandémie de Covid-19 », opportunisme d’alarmisme, d’une nouvelle assez ancienne, puisque publiée en 1909, s’inscrit ainsi au sein d’une réflexion structurelle sur les classes sociales, sinon raciales, de surcroit au creux d’un contexte conflictuel, de lutte et de trêve perpétuelles. N’en déplaise aux exégètes lui conférant fissa le statut d’ outsider , a fortiori classé en science-fiction, allons bon, elle ne révolutionne en rien l’univers poétique et politique de l’écrivain, plutôt le projette parmi une « méditation » aux allures de malédiction et faisant appel, dès l’ incipit , à « l’imagination » du lecteur, en sus située dans une atemporalité non dépour...

Rudolf en force

Image
  Exils # 6 (16/08/2023) Aussi sublime que la célèbre séquence de danse épuisante et enivrante des Chaussons rouges (1948) ? Presque, par procuration, en raison d’une captation pas trop à la con. Chez Powell & Pressburger, la bien mais mal-aimée sorcière Moira Shearer on s’en souvient se suicidait, in extremis et sans malice sur un tracé ferroviaire sautait, écartelée entre l’art et l’amour, entre deux mecs trop (mal)honnêtes, sommée de (se) décider, donc de décéder, in fine se sacrifier, même si fi de misogynie ici, n’en déplaise à la spécialiste Margaret Atwood, au regard en déroute. Parmi Shakespeare revisité par Noureev, on continue à déclarer encore je t’aime, toutefois on diffère de dilemme : aux amants épris et passionnés dès l’orée, love at first sight , nous dit Kylie, la rivalité familiale et la mise en scène funèbre de mise en abyme théâtrale s’avèrent en effet fatales, la fidélité d’un philtre factice, religieux, à la Tristan & Yseult, indémodables modè...

Têtes de pioche

Image
  Un métrage, une image : Le Récupérateur de cadavres (1945) Film horrifique ? Tandem de totems ? Stevenson selon Lewton ? Mélodrame domestique et marxiste, qui fait se confronter, s’affronter, l’idéalisme et le cynisme, le sentimentalisme et le pragmatisme. Au sortir d’une Seconde Guerre mondiale elle-même odieuse et généreuse en accumulés cadavres, notre trentenaire Robert, troisième essai à durée limitée, met en images, loin du moindre enfantillage, un conte pas con adapté de façon (in)fidèle par Philip MacDonald ( La Fiancée de Frankenstein , Whale, 1935 ou Rebecca , Hitchcock, 1940), corrigé, donc corédigé, sous pseudonyme selon le producteur majeur. Aimablement musiqué par Roy Webb ( La Féline , Tourneur, 1942), doctement éclairé par le DP Robert De Grasse ( L’Étrangleur , Wellman, 1943), servi via un casting choral impeccable, The Body Snatcher s’ouvre sur une street singer , à la complainte écossaise à vous crever le cœur, vingt avant La Mélo...

Petits meurtres entre amis

Image
  Un métrage, une image : Assassinats en tous genres (1969) Comédie carrément comique, divertissement vraiment divertissant, The Assassination Bureau doit beaucoup au couple impeccable de Diana Rigg & Oliver Reed, à un casting choral irréprochable, mentions spéciales à Curd Jürgens, Philippe Noiret, Telly Savalas, à la bella Annabella Incontrera, à une direction artistique très soignée, digne d’être saluée, au même titre que le script , modèle de rythme et d’humour ironique. Ceux-ci reviennent en vérité à un seul type, à savoir le production designer et scénariste Michael Relph, qui produit aussi, qui réalisa quelquefois. Collaborateur régulier et partenaire privilégié du réalisateur concerné, l’homme de talent polyvalent adapte donc un roman commencé par Jack London puis terminé par Robert L. Fish, polardeux dont le Mute Witness publié la même année, en 1963, devint Bullitt (Yates) en 1968. Relph transforme le matériau d’origine, limité à l’Amérique nordiste, en ...

Les Femmes de l’ombre

Image
  Un métrage, une image : La Chatte sort ses griffes (1960) Decoin ? Darrieux, pas que. On connaissait celle, sexuelle, de Selena Steele ( Curse of the Catwoman , Leslie, 1991) ; voici celle, presque confidentielle, de Françoise Arnoul, cool . Dessoudée au terme de la première partie du diptyque ( La Chatte , Decoin, 1958), trépas repris pour l’orée d’icelui, succès donc suite, et vite, l’héroïne ressuscite grâce aux bons soins aryens, ah, la fameuse efficacité allemande… Pygmalion d’Occupation, nazi de service, Gestapo ma non troppo, l’incontournable Horst Frank ne supporte la « torture », la collaboration à l’usure, il préfère les piqûres, la méthode douce, le conditionnement à plein temps. S’il ne salue tel les séides, il sait aussi, en ce mois d’avril 1944, le Reich éternel très patraque, il se félicite à l’infirmière de la perte de la guerre, on le laisse aux prises avec un supérieur à faire peur, « tribunal militaire » d’exécutio...

La Petite Bande

Image
  Un métrage, une image : The House of Seven Corpses (1973) Celle de Hawthorne & May ( The House of the Seven Gables , 1940) possédait donc sept pignons ; celle du sieur Harrison dispose de sept macchabées in fine portés au carré, car la vie imite l’art dare-dare, non le contraire, ma chère. Téléaste pour les enfants petits et grands, notre Paul, point apôtre, signe ainsi un film orphelin, seul essai au ciné, pourtant coproduit par la Television Corporation of America, pardi. Au croisement du contemporain La Nuit américaine (Truffaut, 1973) et de l’increvable Agatha Christie, ce huis clos rococo, construit en boucle bouclée, désormais disponible en ligne, via une version (française) assez superbe, qui met en valeur le beau boulot du dirlo photo Don Jones, mérite son exhumation, métaphore à saisir ici au sens littéral, létal. Un réalisateur spécialisé dans les opus dits horrifiques, obsédé par le fric, le sien, time is money , prière de se presser, investit une ...

Est-Ouest

Image
  Un métrage, une image : Un, deux, trois (1961) Coca (-Cola) et cocos (pas qu’à Cuba), Nikita (Khrouchtchev) & Ninotchka (Ernst Lubitsch, 1939), Otto (prénom palindrome, relooké illico ) & MacNamara (dépassé papa, surpris par Pepsi) : le titre programmatique, rythmique, multiplie les paires (les pères un peu patibulaires) d’adversaires, lui-même dû à un tandem (Diamond & Wilder se souviennent aussi, en sourdine, de l’arrivisme adultère de La Garçonnière , 1960). Le cinéaste ainsi se soucie de Marx (Groucho) & Marx (Karl), (re)visite une ville vive et en ruines, se fait in fine rattraper par une érection (murale, brutale, lamentable) plutôt propice à la scission, à l’hallucination, à la perversion de Possession (Żuławski, 1981), qu’à l’excitation de saison, causée par la callipyge, perruquée, espiègle secrétaire de l’excellente « Lilo » Pulver ( Le Temps d’aimer et le Temps de mourir , Sirk, 1958). La précision impériale des cadres conf...

Sciuscià

Image
  Un métrage, une image : M (1951) Remake merdique ? Matrice apocryphe, puisque Psychose (Hitchcock, 1960) s’y profile, même les mannequins du Baiser du tueur (Kubrick, 1955), d’ailleurs. Ni M le maudit (Lang, 1931), ni Furie (Lang, 1936), M s’avère assez longuet, ponctué d’annotations drolatiques, décontractées, surtout sises au sein du Bradbury Building, bâtiment au baroque amerloque, dont le vide évident, l’agitation sans tension, symbolisent ainsi, ironique métonymie, ceux d’un film qui frise l’inutile. Losey glosait à Ciment son désir de se démarquer du modèle allemand, son parti pris d’opposer un individu « malade » à une société « coupable », d’en plus portraiturer le « produit » de la « matriarcale et matérialiste petite classe moyenne américaine », amen . En 1974, face à Friedkin, Fritz se défendit de s’être soucié de sociologie, a fortiori pré-nazie ; face au freudisme risible, pléonasme, du « sch...