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Affichage des articles associés au libellé John Fawcett

Le Pentagramme et le Pentagone

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  Exils # 85 (20/02/2025) Plus drôle que Le Loup-garou de Londres (Landis, 1981), moins jeu de massacre que Mars Attacks! (Burton, 1996), Le Loup-garou de Washington (Ginsberg, 1973) réunit et réussit les registres comique et tragique. Commencé/clôturé en voix off , puissance de la parole, économie du non tourné, il dispose cependant de lycanthropes fichtrement différents de ceux d’ Europa (von Trier, 1991), autre opus politique à tendance hypnotique. Cette fois le chemin de croix affiche des fondus au noir à foison, des lignes de fuite de perspectives filmées en fisheye effet, des plongées et des contre-plongées contrôlées, des surimpressions de transformations. Tout ceci prouve à nouveau que le style se fiche du fric, que le manque de moyens n’équivaut au manque d’idées, que le désir et le plaisir de faire ensemble du ciné, ressenti à chaque instant, à chaque plan, ne conduisent à l’anecdotique ni à l’amateurisme. Selon The Werewolf of Washington , appréciez au passage l’...

Loups-garous : Le Loup des steppes

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Voilà qui plaira (ou pas) à Hélène Grimaud, aux ados davantage qu’aux fans de piano. Tout, vous saurez presque tout sur le loup-garou, en dévorant cet agréable ouvrage à la fois sérieux et léger, textuel et illustré, assez British à défaut d’être exhaustif. L’auteur divisa son essai synthétique en cinq parties, rythmées par une série de courts encadrés. Sociologie de la bestialité, importance du motif dans la culture classée populaire, féminité de la monstruosité, interrogation à propos de sa véracité ( via un recours à la vérité des contes) plus quelques conseils pour s’en prémunir, si l’on rencontrait le pire… Ainsi se structure une étude folklorique autant qu’esthétique et psychologique. Le lecteur cinéphile restera certes un peu sur sa faim (de loup, of course ), même si des séries TV se voient évoquées. Rassurons-le : les classiques de George Waggener, Terence Fisher, John Landis, Joe Dante, Neil Jordan et leurs avatars modernes signés John Fawcett, Neil Marshall,...

Iona : The Island

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Scott Graham. Une femme, une île : on peut bien sûr songer à Jean Grémillon ( L’Amour d’une femme ) ou à John Fawcett ( The Dark ), au Michael Powell de À l’angle du monde et Je sais où je vais (les Hébrides en partage), voire à Carl Theodor Dreyer (communauté autarcique « pétrie » de religiosité à la mode Ordet ). La jeune quarantaine, deux courts et deux longs ( Shell , sur la relation problématique, sinon interdite, entre un père et sa fille isolés) à ce jour, Scott Graham nous narre une histoire simple, heureusement débarrassée des bourgeois déprimés de Sautet ; il ne joue pas au petit malin, il filme (en trois semaines) son portrait de femme d’un air serein, au grand air maritime, peut-être magnanime, d’un bout d’Écosse ( exeunt la TV, les ordinateurs, les cellulaires). Trois temporalités se tressent dans son métrage – le présent parasité par le passé au sein d’une éternité de paysage,...

Dans le noir : Le Choix de Sophie

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Au royaume des aveugles, les borgnes se font un max de fric ; et si l’on se contentait de remater The Dark ? Téléfilm affligeant, à gifler, insupportablement long (quatre-vingts minutes en autant de siècles) et hautement risible (pompon accordé à la lumière du cellulaire, aux phares de la bagnole), commis par un incapable, interprété par des incompétents – pauvre Maria Bello, méconnaissable à faire peur, sans doute en train de payer ses impôts, qui finit par se suicider, atterrée par sa participation à la monstrueuse vacuité de l’ensemble – que cette fiente supposée fantastique, sortie jusqu’ici, dans la profonde province française (on la subit en streaming et VOST, on n’allait quand même pas dépenser huit euros pour ça, en VF, de surcroît), encensée presque partout ailleurs, puisque voici en quoi consiste le « genre », désormais. En partie produit par le sinistre James Wan, développé plus que de raison à partir d’un court métrage « viral », à l’inst...

The Dark : Jamais sans ma fille

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Au bout du monde, Adelle et sa fille Sarah rejoignent James, l’ancien compagnon et le père aimant. Après une installation dans une maison aux allures de phare qui abrite un abattoir, un troupeau de moutons blesse l’adolescente en se jetant dans le vide. Mais le pire reste à venir : Sarah se noie. Sur le fond incertain d’anciens récits de violence et de souffrance, apparaît bientôt une autre enfant, en quête d’une famille… Ce suspense climatique dresse avec élégance et simplicité la carte d’un territoire intérieur et interroge la maternité à l’ombre toujours active de la mort.     Avant de disparaître (absurdement, comme l’héroïne de L’avventura , dans un identique décor de roches marines), Sarah voit surgir le visage livide d’Ebrill à la surface de l’eau noire, petite Ophélie brune et muette. Le film de Fawcett laisse lui aussi entrevoir deux grandes œuvres en filigrane, à la fois en termes de cadre et de structure : Je sais où je vais et Une question...