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Affichage des articles associés au libellé Jean-Claude Brisseau

Mine de rien

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  Un métrage, une image : Passe ton bac d’abord (1978) Ça balance, à Lens ? Pas pareil qu’à Paris, pardi, où s’enfuient enfin, à la fin, fi du destin, en tandem de déveine, deux mecs promis aux oubliettes, celles du giscardisme sinistre et sinistré, le premier, encore allocataire doux-amer, au chômage, au creux de la vague, de la capitale, le second, très petit employé de banque, plutôt que saltimbanque. Ce portrait de groupe paupérisé permit à Pialat, on le sait, de se refaire une financière santé, connut un modeste succès, cataplasme jamais misérable, posé sur le sec échec de La Gueule ouverte (1974). S’il poursuit le sillage et le style de L’Enfance nue (1968), s’il envisage déjà l’oisiveté désabusée de Loulou (1980), Passe ton bac d’abord paraît aussi annoncer en sourdine Noce blanche (Brisseau, 1989), puisque professeur de philo proche d’une de ses élèves un peu trop. Mais Maurice se soucie de réalisme, de comédie dramatique, cède à son confrère, bientôt ra...

Tom et Jerry

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  Un métrage, une image : Fair Game (1986) Exercice de style habile, jadis jugé misogyne, aujourd’hui félicité féministe, Fair Game s’avère vite un ouvrage toujours divertissant, un opus jamais complaisant. S’il bénéficie du beau boulot du directeur photo Andrew Lesnie, ici à ses débuts, ensuite partenaire de George Miller ( Babe, le cochon dans la ville , 1998) et surtout de Peter Jackson, éclairant son épuisante pentalogie de tolkienneries, son remake à la con de King Kong (2005), son adaptation du bouquin à succès d’Alice Sebold ( Lovely Bones , 2009), Fair Game vaut avant tout pour la découverte de la svelte Cassandra Delaney, actrice furtive dont la performance physique suffit à lui assurer une méritée renommée, pas qu’auprès du guignolo Quentin Tarantino. Traquée par trois connards guère queutards, plutôt portés sur le massacre motorisé de kangourous nocturnes, équipée bleutée, patraque, très à la Razorback (Russell Mulcahy, 1984), notre soigneuse de sanctu...

De bruit et de fureur : Mon poussin

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jean-Claude Brisseau. C’était une douce habitude jadis que de revoir des films, elle se perd. Baudrillard, Amérique En 1986, après cinq ans de mitterrandisme, les flics français ne manifestaient pas déjà devant l’Assemblée, mais ils se faisaient fissa « caillasser », une assistante sociale aussitôt démissionnait, menacée à domicile au flingue in fine rigolo, puisque pistolet à eau, fi du sentimentalisme dépressif de la pionnière série Pause café . Chaque plan impeccable, implacable, le « débutant » Brisseau cadre au cordeau un mélodrame familial très vite (dé)tourné vers l’antique, le mythe, la tragédie-pédagogie triviale, spectrale. Incarnée par « l’accoucheuse », c’est-à-dire la monteuse (et costumière et décoratrice) María Luisa García, aka Lisa Hérédia, actrice moins mutique et assembleuse aussi chez le cher Rohmer ( Le Rayon vert , 1986 ou Conte de printemps , 1990), ...

Les Aventures de Rabbi Jacob : Yiddish Connection

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  Papillotes à la flotte ? Persévérance de la tolérance… À la mémoire de Claude Giraud (1936-2020) Comédie politique moins didactique que Le Dictateur (Chaplin, 1940), moins théâtrale que To Be or Not to Be (Lubitsch, 1942), Les Aventures de Rabbi Jacob  (Oury, 1973) cartographie une France en fuite et enfuie. Danièle Thompson l’affirme en effet impossible à refaire aujourd’hui, en raison de (dé)raisons de saison. Entre chabbat et chewing-gum , le cinéaste lui-même sémite, ici aussi en famille, flanqué de sa scénariste de fifille, déploie une course-poursuite very seventies , doublée d’une œcuménique moralité, à base d’hassidisme, d’antisémitisme, de racisme et de terrorisme. Ouvrage à la genèse presque piège, opus alors d’actualité, à la sortie compliquée, au rassurant succès, Les Aventures de Rabbi Jacob comporte une célèbre scène de danse, démonstration par l’image et le son que si l’habit ne fait pas le moine, il ne défait le vrai-faux rabbin, le transforme...

Le Professeur : Spider

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Valerio Zurlini. La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres. Mallarmé Sous la pluie, toujours à Rimini, revoici Les Vitelloni (1953) de Fellini, cette fois-ci vieillis, grandis, en correspondance avec les Husbands (1970) de Cassavetes, médiocres et immatures amis en détresse, adeptes du fric, du trafic, de la fesse, de la vitesse. Contemporain d’un certain Le Denier Tango à Paris (1972) dû à Brando & Bertolucci, Le Professeur (1972) de Zurlini documente lui aussi la débandade des mâles, dès l’orée d’une décennie pourtant supposée celle des expérimentations sensuelles et de l’interdiction de tous les interdits, pratiquons donc la pédophilie, surtout en compagnie de Dany. Dans trois ans, la loi sur le X surtaxé en France affichée, fi des affiches explicites, vive les titres drolatiques, grâce ou à cause de feu VGE, séducteur ou imposteur, Minos défiera Belmondo, fera Peur sur la ville (...

Les Petits Maîtres du grand hôtel : Garçon !

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            La lucidité ? La placidité. Le hiatus  ? Le consensus . L’addition ? L’omission. Les premiers plans symétriques, géométriques, de cuisine, de salon, d’escalier, rappellent bien sûr Shining (Stanley Kubrick) mais, même si l’on y chante, on déchante assez vite, tant pis, devant cet Overlook délocalisé du côté de Grenoble, mis en musique(s) par un émule de Jacques Demy. Les Petits Maîtres du grand hôtel (Jacques Deschamps, 2019) ressemble trop à un documentaire comportementaliste, plutôt que chorégraphique, pour chaîne de TV co-productrice, suivez mon regard vers France Télévisions. En province, après deux projections en salle encore estivales, seul votre serviteur servit de spectateur. Cependant, l’idée de ponctuer le quotidien peu serein des lycéens spécialisés par des clips en regard caméra, donc de transcender un film choral en film de chorale, ne manque point de pertinence, ni de goût, histoire de...

Tosca : Scarlet Diva

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Amoureuse meurtrière ? Expérimental somnifère… Produit culturel produit par l’inévitable Toscan du Plantier, ici escorté d’ARTE, ce film interminable et inanimé se souvient, un soupçon, de Losey ( Don Giovanni , 1979) & Żuławski ( Boris Godounov , 1989, DTP bis ). Hélas, le son direct et la dimension méta ne suffisent pas pour dynamiser une entreprise dépassionnée, quel étonnant malentendu, au vu et à l’écoute du matériau utilisé, transposé, cf. la mention « d’après ». Ce Tosca -là (Jacquot, 2001), ni le premier ni le dernier, inclut des ponctuations d’extérieurs en vidéo, en POV, au ralenti, rappelant l’amateurisme lucratif du Projet Blair Witch (Myrick & Sánchez, 1999) ; des enfants de chœur écarlate ; un duo de salauds gentiment homo, remember l’homologue de La Mort aux trousses (Hitchcock, 1959) ; un pâtre puéril en gros plan ; une lune illustrative, adaptée aux paroles ; un couteau de giallo, reflet du préfet offert ; un ...

La Fille de nulle part : Dora l’exploratrice

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Adoration de Dora ? Immanence du cinéma. Cinéaste de l’intime et de l’intimité, au risque de la polémique et du procès, Brisseau (se) filme désormais à domicile, en toute indépendance, comme j’écris sur mon PC ces lignes laudatives. Sur le sien, un essai critique consacré aux croyances chimériques, des reproductions de tableaux bibliques ; dans son passé raconté, un ami membre du Parti communiste, suicidé à la suite du fiasco utopique de Mai 68. Dans l’escalier de l’immeuble parisien aisé, à peine quitté le temps d’un crochet au distributeur automatique de billets, d’un café payé, d’une course alcoolisée, d’une promenade amicale, sinon médicale, en bordure de quai, agrémentée d’un tandem de jeunes femmes à la robe éventée, presque à la Tinto Brass, l’ancien professeur de mathématiques découvre une blondinette livide et ensanglantée, qui vient de se faire tabasser par un sac de merde masculin, figure triviale et impitoyable du Destin, de retour in extremis pour dév...

Conte d’hiver : Félicité

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Éric Rohmer. « C’est les sentiments qui parlent » à nouveau, à Noël, à Nevers, la ville cinéphile du passé incapable de passer, tu ne vois rien à Hiroshima mon amour (Alain Resnais, 1959). Son amour fou, de folle, à la folie, Félicie l’attend, Charles pas vraiment charlatan, plutôt cuistot à Cincinnati. De Levallois à Courbevoie, il suffit d’un lapsus , d’un stylo-plume, d’une mauvaise adresse et d’une poste restante qui reste vide. Mais quand on réside rue Victor-Hugo, l’absence devient présence, l’accoutumance abolit les distances, les morts respirent encore, en tout cas sur scène, pendant une représentation shakespearienne. D’un conte hivernal à l’autre, le spectacle repose cette fois sur la foi, fichtre. Au début édénique, érotique, la Bretagne estivale ressemble à un paradis en tandem , tant d’amour à faire à deux, sans retenue, en tenue d’Adam & Ève, topless , sable sur les fesses, écrin du ...