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Affichage des articles associés au libellé Franz Kafka

Cachez ce bassin que je ne saurais revoir

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  Exils # 160 (22/01/2026) André Bazin, un poil (pubien) puritain, tu ne filmeras le sexe et la mort, d’accord, ne parvenait à séparer la nudité (godardienne ou non) de Brigitte Bardot de celle de ses personnages, comme incapable de comprendre qu’au cinéma, y compris pornographique, il s’agit toujours d’images, de représentations (donc de constructions individuelles, culturelles), de points de vue, jamais de chair promise à la poussière, à humer, goûter, toucher en (dans la) réalité. Auto-adaptation (et autofiction) d’occasion, comédie méta, satire poussive, Bad Director (Roelher, 2024) se moque du voyeurisme (hitchcockien ou onaniste), prend acte du cahier des charges de la moderne morale. Déjà responsable ou coupable, suivant le degré d’indulgence de la perspective critique, d’une traduction anecdotique ( Les Particules élémentaires , 2006), d’une évocation invalide ( Goebbels et le Juif Süss : Histoire d’une manipulation , 2010), d’un biopic insipide ( Enfant terrible , 202...

Le Dernier Cahier d’une condamnée

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  Exils # 66 (06/01/2025)   Comparé à l’ opus , Carrie paraît presque une comédie et Persona (Bergman, 1966) abstrait, bourgeois. Si Chahdortt Djavann revisite Stephen King, sans le savoir ni le vouloir, sa chronique d’une mort annoncée, via les derniers mots d’une ado emprisonnée, se déleste de télékinésie, du réalisme classé magique de García Márquez, de la malhonnêteté intellectuelle du gros Hugo, dont Le Dernier Jour d’un condamné , plaidoyer littéraire à la Bob Badinter, se refusait à fournir le motif de l’exécution afin de ne point affaiblir du lecteur l’empathique émotion. Bref et direct, La Muette donne à lire et ressentir le récit d’une Shéhérazade rajeunie, qui a contrario de la célèbre ancêtre citée dans le texte ne parviendra pas à sauver sa peau. Fatemeth déteste son prénom modelé sur celui de Mahomet, mais moins que sa mère remplie de bigoterie. La risible « sororité » avec laquelle se gargarisent les occidentales féministes, elles-mêmes muette...

La vie est un (men)songe

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  Exils # 20 (13/02/2024) À Catherine, comme une rime Ozawa plus ne dirigera, mais l’ami Murakami survit. Il se désirait scénariste de ciné ; le cinéma plusieurs de ses textes adapta. Dans Abandonner un chat : Souvenirs de mon père , récit biographique et traumatique, ni hagiographique ni nostalgique, sis ainsi quelque part, nul hasard, au croisement émouvant de La Harpe de Birmanie (Ichikawa, 1956) et du Vent se lève (Miyazaki, 2013), il cite au style indirect l’autobiographie de Truffaut, se souvient de séances du dimanche et fordiennes de westerns , de films de guerre en compagnie de son buvant vétéran de père, puisque les mélos mimis de Mizoguchi à lui-même minot interdit, seulement pour ses parents, Japon d’antan. En lisant l’édition à la fois graphique, anecdotique et illustrée, sur papier glacé, du titre précité, assortie des semblables de Birthday Girl , L’ É trange Bibliothèque , Sommeil , on découvre que l’écriture claire et obscure du romancier à succès...

Cent ans de solitude

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  Armoire normande de kafkaïenne brocante ? Renommée d’emmuré… Policier porté sur la poésie de Ponge, c’est-à-dire drolatique et non lyrique, objective et non subjective, l’auteur jamais moqueur, mais in extremis satiriste, décrit en définitive une odyssée déceptive : ici ne sévit le souffle fantastique et métaphysique, forcément glacé, de l’aventure impure, cf, le presque indépassable et assurément puissant roman, unique à double titre, de Poe, Les Aventures d’Arthur Gordon Pym . Pas davantage robinsonnade, en dépit de la présence réconfortante, amusée, amusante, d’un Inuit guère excentrique, plutôt excentré, sauveur cuisinier, familier du « beautiful day », La Fonte des glaces ressemble un brin à un The Thing (Carpenter, 1982) tragi-comique, à moitié toulonnais, dont l’anti-héros moins parano, quoique, finit toutefois lui aussi refroidi, au propre et au figuré. S’il (r)échappe au froid une première fois, aussitôt décidé à s’aérer, après avoir ingéré des bisc...

L’Innocent

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  Un métrage, une image : L’Assassin (1961) Comédie noire à multiples miroirs, le premier opus de Petri, par le maestro Marcello et l’irrésistible Micheline porté en partie, ne se place pas, n’en déplaise au cinéaste, sous le signe de Kafka, ni celui d’Antonioni, se termine sur des larmes masculines, à l’instar de La strada (Fellini, 1954), s’affirme in extremis un mélodrame maternel quasi à la Camus, surtout si l’on si sait que Mastroianni, flanqué de son monteur de frère, incarna selon Visconti L’Étranger (1967) a priori raté. On sourit souvent en découvrant ce film bref, restauré, en français, tout sauf mal doublé, appréciable essai d’accent sicilien des condés du matin, ce qui procure en plus le plaisir de savourer la vraie voix de Mademoiselle Presle, cougar mécène. Elio et ses célèbres scénaristes – Pasquale Festa Campanile, Massimo Franciosa, Tonino Guerra – portraiturent sans rature un « égoïste » assorti d’un « cynique », un « hom...

Lost Highway

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  Un métrage, une image : Les Putes de l’autoroute (1991) Tu devines vite qu’avec un tel titre, voici une virée de trivialité. Le prologue caracole, club coloré, chansonnette suspecte, déjà méta, refrain résumé, explicite et emblématique : « J’suis la hardeuse à tout l’monde/Au bout du sexe, je suis immonde  ». À la suite de cette vraie-fausse bande-annonce, censée exciter le spectateur, tant pis pour l’auditeur, prestation reprise plus tard, ne perdre à aucun prix, Marc Dorcel musique et produit, une image du métrage, diluer la durée, recycle cynique, comme un écho d’archéo aux boucles   classées X de jadis, le film commence au moyen d’une mise en abyme au carré, d’une mise en scène de l’obscène encore sonore, double décor. Au creux de l’habitacle, au fil de la nuit, de la cibi, une troupe de types se divertit, presque s’astique, en écoutant la gymnastique d'un confrère camionneur enculeur, caméo miso de Michel Ricaud. Boire ou baiser, il faut préférer...

Regain : Le Blé en herbe

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  Les funérailles, les semailles, les retrouvailles… Fini en février 1937, à « Aubignane », ah bon, auto-publié la même année, collection au titre explicite : « Les films qu’on peut lire », escorté d’un générique d’occasion, d’introduction, partagé en quatre parties, presque en autant de saisons, Regain de Pagnol transpose le roman homonyme de Giono, paru sept ans plus tôt, servit sans doute de base au tournage, au film en mars commencé, dans la foulée, d’ailleurs en parallèle à celui du Schpountz (1938), appréciez la décapitation en point commun, dont le début et la fin toutefois diffèrent, gare à la place de la « diligence », annonce d’accouchement substituée au soc labourant. Ce vrai-faux scénario, délesté d’indications techniques, sinon scéniques, séduit par sa maîtrise suggestive, l’économie de ses didascalies. Ici, on « suit » ou « précède » les personnages, on ne « regarde » plus qu’eux, en train de se déplacer ...