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Affichage des articles associés au libellé Edgar Reitz

Berlin Alexanderplatz : Franz

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Magie maléfique d’une Germanie numérique… « Un film en treize épisodes et un épilogue » : seul le stakhanoviste Fassbinder – (re)lisez, si vous le souhaitez, mon impressionniste portrait – pouvait produire, en plus de tout le reste de la somme de ses opus supérieurs, ces quinze heures de programme, d’abord destinées à la TV, teutonne et italienne. Une fois le valeureux visionnage de week-end vacancier achevé, s’avère l’évidence du chef-d’œuvre, et davantage : Berlin Alexanderplatz (Rainer Werner Fassbinder, 1980) constitue encore, a fortiori aujourd’hui, au présent de la multiplicité des écrans, donc des transformations de la cinéphilie, une assez sidérante leçon de cinéma, dont chaque plan, chaque instant, chaque événement, démontre la radicale maestria. D’un cadre à l’autre passé, le principal intéressé en déploie la durée, avec majesté, intensité, inventivité. Concentré de sa cosmologie, de son style, le feuilleton affolant, à l’effet addictif, perm...

L’Armée des ombres : Notes sur Lotte

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Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur quatre titres de Lotte Reiniger. 1 Les Aventures du prince Ahmed (1926) Davantage qu’aux Mille et Une Nuits , pensez à l’ Odyssée , car la nostalgie anime, littéralement, Ahmed & Aladin. Chacun cherche à rentrer chez soi, au cher Heimat, thème culturel teuton malgré Homère, donc, + un Pégase musulman. Bien entourée, notamment par Walter Ruttmann sur le point de diriger Berlin, symphonie d’une grande ville , et Wolfgang Zeller, compositeur de valeur compromis avec les nazis, réécoutez Le Juif Süss , Reiniger, réelle réalisatrice, fait fi de la frontalité, signe un chef-d’œuvre enchanteur, en couleurs, à la Frank Miller, dont le labeur s’efface devant la grâce. Admirée par Renoir ou Jouvet, la variation orientaliste arbore une chauve-souris stokeresque, un bestiaire présageant King Kong , un affrontement final digne de Zu, les guerriers de la montagne magique . Mélodrame surnaturel, film de classes exotique, l’...

Approaching the Unknown : Mission to Mars

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Neuf mois de réflexion ? Disons un désir d’aliénation. L’une des postulantes au peuplement parle de solitude et de mélancolie : les deux états caractérisent Approaching the Unknown (2016) qui, à défaut d’approcher l’inconnu, parvient à faire éprouver un vécu, en l’occurrence celui du capitaine Stanaforth, premier colon supposé atteindre la planète rouge au bout de 270 jours. Il communique avec son pote au surnom de maigrichon, incarné en vidéo par le frérot d’Owen Wilson, il croise un tandem dépressif de station spatiale sépulcrale où se ravitailler, il s’adresse à sa suiveuse dormeuse mais, surtout, il tient en voix off son journal de bord, son journal intime. L’intimité en question ne signifie plus l’étalage d’enfantillages autobiographiques, égocentriques, à l’instar du babillage « accablant » d’écrivains réunis à la remise du prix Melville à son ex -épouse, elle désigne désormais une relation singulière au cosmos, liée à une expérience presque christique ...

Woyzeck : Le Cobaye

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Werner Herzog. Kinski le cinglé, le dingue, le taré, accessoirement, l’un des meilleurs acteurs de sa génération, surtout dirigé par son cher, documentaire, « ennemi intime », Werner Herzog, who fucking else  ? Qui ne le voit en Woyzeck d’opérette ignore encore ce que jouer veut dire, ce que « crever pour vivre », clin d’œil à l’intitulé de son autobiographie, signifie. Dans la première scène du film, recouverte du générique, il déboule à l’écran en courant, comme dans un slapstick à la trique, accéléré de caserne où il goûte les délices SM du subalterne. On pense, bien sûr, au plaisir que dut prendre le cinéaste à immortaliser, sinon recommencer ad nauseam , ses exercices de troufion, à manipuler le fusil, à s’accroupir jusqu’à venir presque toucher l’objectif, à ramper au sol dans son uniforme blanc et à recevoir les coups de pied d’une botte noire anonyme, celle, qu...

Mon cher petit village : Partie de campagne

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Jiří Menzel. Une comédie tchèque ? Cela sonne comme un oxymoron, non ? Prague, son printemps, ses chars, ses performeuses de pornographie (que devient Silvia Saint ?), Kafka, De Palma (le début de Mission impossible ), voilà, voilà (qui guère n’incite à se gondoler, pas vrai, même si les aventures de Gregor Samsa ne manquent pas d’humour, certes aussi noir qu’un cafard). Mais la Bohème – tout un imaginaire surgit de ce seul mot, en écho à la madeleine proustienne sensorielle – sut sourire, pas seulement dans les années 60, quand l’Ouest découvrit, assez ébahi, ce qu’il qualifia, paresseusement, d’après le sursaut de Truffaut and Co ., de « Nouvelle Vague » venue de l’Est (Věra Chytilová, Miloš Forman, Jaromil Jireš, Jan Němec ou Ivan Passer, et j’en passe, notamment Jan Švankmajer, Jiří Trnka & Karel Zeman dans l’animation ou Gustav Machatý en pionnier polisson, c...

Heimat : Le Village

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Suite à sa diffusion par ARTE, retour sur le titre d’Edgar Reitz. Chronique d’un rêve , avertit le sous-titre de la première partie, mais autant d’une communauté, d’une époque de changements, près de cinquante ans après la Révolution française, d’un désir immortel et irrépressible, transformé désormais en problématique migratoire : aller ailleurs, quitter sa patrie et son état d’esprit, se réinventer dans une utopie. Notre Marius de Rhénanie fantasme sur le Brésil, où Zweig ira se suicider, où moult nazis iront couler en toute impunité une retraite ensoleillée (et se livrer à leurs dadas eugénistes pour Schaffner dans Ces garçons qui venaient du Brésil ). Tandis qu’il se tient sur une éminence rocheuse à l’orée d’une forêt, caricature du romantisme pictural allemand ( Le Voyageur contemplant une mer de nuages signé Caspar David Friedrich), un convoi passe au loin sous ses yeux, métonymie de l’hémorragie, présage de cet Exode accompli par sa famille dans le second vole...