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Affichage des articles associés au libellé Emir Kusturica

Pour qui sonne le glas

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  Un métrage, une image : Te souviens-tu de Dolly Bell ? (1981) Tourné pour la TV, récompensé à Venise, co-écrit avec Abdulah Sidran ( Papa est en voyage d’affaires , 1985), éclairé par le régulier DP Vilko Filač ( The Brave , Depp, 1997), le premier long métrage d’Emir Kusturica s’apparente à un mélodrame drolatique, une comédie dramatique, un ouvrage à l’évidence à demi autobiographique. On peut situer son point de basculement exactement, lors du viol à tour de rôle de la seconde Dolly Bell, les poutres poussiéreuses s’en souviennent. Tandis que Dino pleure sous la pluie, à celles de la victime se mêlent ses larmes à lui, plus tard, une vitre mouillée le séparera de sa bien-aimée malmenée, motorisée, trois petits mecs la besognent sec et à sec, musiciens malins et malsains, cependant autant innocents que les oubliés adolescents de Los olvidados (Buñuel, 1950), justement. Au creux de la capitale alors encore yougoslave, le couple en déroute se retrouve ; cette fois...

Honeyland : Les Tueurs de la lune de miel

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  Un documentaire doté d’abeilles ? Le film d’une femme fraternelle… Western , sinon survival , macédonien, récompensé à Sundance néanmoins, en sus sélectionné aux Oscars, nul hasard,  Honeyland (Tamara Kotevska & Ljubomir Stefanov, 2019) donne à voir des vies, des vices, des visages, des paysages, hélas souvent invisibles, surtout au sein du cinéma occidental mainstream . Une apicultrice dépourvue de malice, soucieuse de justice, d’équilibre, de bon sens, d’admirable résistance, séduit aussitôt par sa présence, sa prestance, aussi sa souffrance, puisqu’elle porte à domicile l’adoré/détesté fardeau d’une mère « toute raide », immobile, âgée, aveuglée, défigurée, que la mort oublie encore, que la vie malmène in extremis , au moyen malsain des soucis de sa fifille. Ceci ne suffit, parmi la steppe suspecte, les ruines arides, le solidaire bestiaire : voici vite venir des envahisseurs en provenance de Turquie, eh oui. À la méfiance succèdent cependant l...

La Fiancée syrienne : La Prisonnière du désert

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Suite à sa diffusion par ARTE, retour sur le titre d’Eran Riklis. Après un court carton contextuel, lent panoramique gauche-droite – occidental, donc, opposé au sens de lecture oriental – sur le plateau du Golan rosi par l’aube puis coupe sur le beau visage tendu, insomniaque (sa poitrine épanouie entrevue sous la blancheur d’un déshabillé, avant le soutien-gorge et le pantalon noirs, habits « révolutionnaires », s’insurge son mari), de Hiam Abbass au lit : cette ouverture lapidaire, sous le triple signe diurne, terrestre et féminin, donne le ton de La Fiancée syrienne , vendu par sa bande-annonce (menteur tel un trailer , pour pasticher Prévert à propos des génériques) en épigone sudiste, pareillement comique et festif, de Chat noir, chat blanc , alors qu’il s’agit « en réalité », d’une chronique intimiste, discrète et douce-amère d’un mariage sans cesse repoussé, d’un portrait de groupe très contemporain et d’une ode douloureuse à la liberté individu...