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Affichage des articles associés au libellé Nicolas Roeg

Dupieux du mieux

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  Exils # 174 (02/03/2026) Douze heures de perdues et trois jours de gagnés, un « conduit » qui descend, permet de remonter : Incroyable mais vrai (Dupieux, 2022) ne s’oppose au symbole, ni à la glose de numérologue, possède une architecture non-euclidienne, rappelle celle des Rêves dans la maison de la sorcière , du patraque Lovecraft. L’Alice de Lewis pénétrait à l’intérieur d’un terrier de lapin, on s’en souvient, la Marie de Quentin soulève soudain une trappe redoutable (le couple déclare « on n’est pas très cave »), se glisse parmi le puits de Poe et se hisse au premier niveau, reproduit l’exercice en série, ressuscite une pomme pourrie, jour et nuit rajeunit. La belle baraque acquise à crédit ne suscite l’homicide en famille, comme jadis l’homologue d’ Amityville (Rosenberg, 1979), modèle d’horreur dite économique, King & Forrester confirment, relève idem du surnaturel, catalyse encore une folie adepte d’insectes, fourmis mimis d’hôpital...

Voir Venise et crever

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  Exils # 80 (12/02/2025) Venise livide, avortements révoltants, prêtre pervers : Solamente nero (Bido, 1978) évoque davantage Mais… qu’avez-vous fait à Solange ? (Dallamano, 1972) que d’autres titres tournés in situ , plus connus et reconnus. Adieu donc à Lado ( Qui l’a vue mourir ? , 1972), Roeg ( Ne vous retournez pas , 1973), Visconti ( Mort à Venise , 1971), coucou à Hitchcock, auquel l’ item dérobe la coda de Sueurs froides (1958), annexe le dilemme de La Loi du silence (1953), l’assassin thompsonien de L’Ombre d’un doute (1943). Plutôt préoccupé de culpabilité décuplée, partagée, in extremis assumée, dédoublement stimulant + suicide en prime, que de mortalité matérialisée au sein malsain de la célèbre cité, Terreur sur la lagune constitue en l’état une étude de cas et de climat, démontre l’immoralité du moralisme, affirme en filigrane l’effroi de la fraternité. Variation vénéneuse sur le tandem d’Abel & Caïn, parce que les orphelins le valent bien,...

Ne vois-tu rien venir ?

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  Exils # 55 (14/10/2024) Film funèbre, au Montand émouvant, Un soir, un train (Delvaux, 1968) se termine comme commence Les Mains d’Orlac de Maurice Renard, par un déraillement, des victimes et des survivants. Le dernier plan, en plongée, allongés, reprend presque l’identique et fatidique d’un souvenir, d’un rêve ou d’un fantasme. Comme chez Hitchcock ( The Lady Vanishes , 1938), une femme disparaît ; comme chez Roeg ( Ne vous retournez pas , 1973), voilà déjà un couple en déroute, dans un décor de mort ; comme chez Tarkovski ( Stalker , 1979), trois hommes marchent au milieu d’un mental no man’s land . Moins drolatique mais autant rempli de néant que le compatriotique Malpertuis (Kümel, 1971), remarquez le point commun de Jean Ray cité parmi la parenthèse anglaise, cette odyssée immobile donne à entendre en sourdine l’agitation estudiantine, ici doublée, Belgique oblige, d’une dimension linguistique, sinon xénophobe. Entre présent et passé, mains jointes et visages...

Le Ventre de l’architecte

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  Un métrage, une image : Liebestraum (1991) L’ultime film de Kim Novak la portraiture en patiente très patraque, en gémissante génitrice, in fine en flingueuse au passé, à l’agonie aujourd’hui, tandis qu’elle expire, une jeune femme soupire, grande et petite morts encore mêlées, merci au montage alterné. En dépit de la présence de Pamela Gidley ( Twin Peaks: Fire Walk with Me , 1992) & Bill Pullman ( Lost Highway , 1997), d’une ambiance étrange, de mauvais rêves presque réels, voire l’inverse, d’une perversité secrète et souterraine, on songe davantage à quelques compatriotes de l’aussi scénariste et instrumentiste Figgis, aux claviers comme Badalamenti, eh oui, qu’au spécialiste David Lynch, par exemple à Peter Greenaway ( The Belly of an Architect , 1997), Alan Parler ( Angel Heart , 1987), Nicolas Roeg ( Bad Timing , 1980). Climatique ou léthargique, suivant l’adoptée perspective, moins estimé, à succès, que Stormy Monday (1988), Internal Affairs (1990), Leaving...

T’as pécho ?

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Un métrage, une image : Ce plaisir qu’on dit charnel (1971) À la suite d’un générique explicite, acoustique, à deux types, à double problématique, aimé, être aimé, en sus, bien sûr, baiser, être baisé, à l’arrière, la mélancolie d’après-guerre d’un fameux air de Glenn Miller, plus tard on percevra Amapola , longtemps avant Leone & Morricone ( Il était une fois en Amérique , 1984), ça parle de personnages, de rôles sociaux, donc annonce une similaire discussion de El buen patrón (León de Aranoa, 2022), aussi placée sous le signe de l’incertitude d’identité, de surcroît quantique. Vers la fin, le coma d’â côté de l’amante émouvante, emmerdante, suicidaire, à défaut de cuisinière, Art Garfunkel en toubib à bout, au bout du fil, prophétise en situation Enquête sur une passion (Roeg, 1979). Quant à l’engueulade responsable, précédente, moins insupportable que poignante, de « prick » et de « gift », elle pourrait passer pour du Pialat, surtout celui de Nous ...

Blood Diamond

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  Un métrage, une image : Vivre pour survivre (1984) Famille en fuite, soldats de sous-bois, ralenti de condamnation, travail sur la bande-son : le prologue presque impressionne, on peut penser, pourquoi pas, à Ne vous retournez pas (Roeg, 1973) puis au Vieux Fusil (Enrico, 1975), puisque Jean-Marie Pallardy, caméo en mari, se fait fissa et in fine enflammer, dut avoir très chaud, au propre, pas au figuré, en écho au cascadeur de la coda, idem incendié pour de vrai, point d’effets numériques, du feu affirmé, choc et chic. Ensuite, ça se calme, mais ça ne désarme, le « feu blanc » du diamant géant, irradiant, telle la boîte (de Pandore, d’accord) atomique de En quatrième vitesse , Aldrich, 1955), attise la décuplée convoitise, celle d’Olaf, manageur de mine amical, à combinaison spatiale, à Gordon Mitchell minéral ; celle de Sophia, transalpine émasculatrice, démunie de merci ; celle itou d’un policier ripou, auquel Fred Williamson, qui paraît beauc...

Le Portrait de Dorian Gray

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  Conte comique, d’esthétique et d’éthique… « One man. One masterpiece. One very big mistake » affirme l’affiche. Les psys apprécient : l’homme en somme semble un enfant trop grand, le chef-d’œuvre vandalisé, à l’insu de son plein gré, dissolvant à éviter, CQFD, s’appelle en sus La Mère de Whistler , tout ceci sent ainsi l’acte manqué maternel, le complexe d’Œdipe à la truelle, de peintre en bâtiment, évidemment. Au côté de l’excellent Rowan Atkinson, croisé naguère chez Kershner ( Jamais plus jamais , 1983), Roeg ( Les Sorcières , 1990), Abrahams ( Hot Shots 2 , 1993) ou Kerr ( Johnny English contre-attaque , 2018), surprenant et impeccable Maigret à la TV, on reconnaît Peter MacNicol, déjà là au sein de SOS Fantômes 2 (Reitman, 1989), autre histoire de tableau à rendre marteau, moins emblématique, plus maléfique, aussi peu humoristique, où il incarnait encore un conservateur de musée dépassé, téléguidé, style Renfield, par un étrange étranger. Remarquez illic...

Que c’est triste Venise

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  Aznavour, mon amour ? Donaggio, en morceaux… Caro Pino, d’aucuns diraient que tu reviens de loin, mais tes crooneries pas si conneries, de « dernier romantique » assumé, revendiqué, surent séduire Mina, Dusty (Springfield), Elvis, jadis. Balavoine invitait les « chanteurs de charme » à « nous rendre nos femmes » ; quand le succès décrut, tu ne rendis les armes, tu composas au pied levé, producteur paraît-il croisé, anecdote de bord de flotte, pour un remarquable et remarqué mélodrame dû à Roeg, qui attira l’oreille d’un cinéaste mélomane nommé De Palma, oui-da. Que deviendraient ses films sans tes musiques ? Question rhétorique, sinon stupide. Ni ersatz de Herrmann, ni émule de Morricone, plutôt couple privé d’entourloupe, à la Montaigne & La Boétie, des différences d’idiomes, faisons fi, tes contributions beaucoup (de toi) leur accordent, précises, précieuses, logiques, lyriques. Sissy & Angie sous la douche, au lycée, au mu...

La Douleur

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  Un métrage, une image : « Ça n’arrive qu’aux autres » (1971) Deux ans avant Ne vous retournez pas (Roeg, 1973), « Nadine Marquand Trintignant écrit et filme » la mort d’une enfant, le comportement des parents, s’inspire du décès de la sienne, celle aussi de Jean-Louis. Tandis que Marie, dédicataire, en plein air, s’occupe d’un oiseau, avec un taiseux Benoît Ferreux ( Le Souffle au cœur , Malle, 1971), le générique aligne les noms en relation, sinon d’une génération : Lelouch & Pinoteau, Serge Marquand & Catherine Allégret, William & Nicole Lubtchansky, Michel Polnareff & Jean-Loup Dabadie , Corneau & (Élisabeth) Rappeneau. Durant une heure trente de douleur, le spectateur quitte pendant une demi-heure le grand appartement, fi du téléphone, voici des bougies, décoré par Gitt Magrini ( Le Conformiste , Bertolucci, 1970 ou Peau d’Âne , Demy, idem ), qui costume en sus. « Catherine » & « Marcello » désire...

L’Homme pressé

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  Un métrage, une image : La Race des « seigneurs » (1974) Delon & Rome en Dior, Moreau en Ungaro, Rich en Smalto. Placement de produit, entre la France et l’Italie, défilé de mode, à la gomme, mannequins malsains, anciens, à rien ? Film funèbre, autofiction de dépression, de compromission, métrage mental, dont la temporalité perturbée, parasitée, annonce celle de Enquête sur une passion (Roeg, 1980). Celui-ci fini, revoilà Theresa, survivante, inclémente, munie d’une cicatrice de trachéotomie, à la Liz Taylor, d’accord. Ici, Sydne d’abord s’endort, ensuite ne se réveille, présente et pourtant partie, à l’infini. Julien, ni serein ni Sorel, se souvient d’elle, (la) pleure à l’extérieur, arrivé encore trop tard, « libéral de gauche » auquel un président de droite fait une offre dédoublée – affaires sociales + industrie, ça vous dit – à ne refuser. Dans sa DS à la Barthes davantage qu’à la Fantômas, au chauffeur qui se fiche des manifs – «...

Beyond Barry

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  Caché derrière, à la Voulzy ? Dissimulé dedans, à la Barry… Des échos des BO de La Poursuite impitoyable (Penn, 1966), Vivre libre (Hill, bis ), On ne vit que deux fois (Gilbert, 1967), Macadam Cowboy (Schlesinger, 1969), La Randonnée (Roeg, 1971), Top Secret (Edwards, 1974), King Kong (Guillermin, 1976), Jeux érotiques de nuit (Vadim, 1980), Quelque part dans le temps (Szwarc, idem ), La Fièvre au corps (Kasdan, 1981), Frances (Clifford, 1982), Out of Africa (Pollack, 1985), Danse avec les loups (Costner, 1990), L’Expert (Llosa, 1994), Les Amants du nouveau monde (Joffé, 1995), Enigma (Apted, 2001) se déploient sur ce diptyque physique et métaphysique, personne ne s’en étonne, essence d’un style, aboutissement souvent saisissant, autant que testament stimulant. Le post -romantisme assumé du renommé, récompensé, compositeur/arrangeur parvient à une plénitude inédite, du cinéma, mythologies mimis, commandes excitantes, mesquine...

Jennifer 8

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  Un métrage, une image : Hors d’atteinte (1998) L’éclectique et anecdotique Steven Soderbergh se refit ainsi une santé critique, grâce à ce sentimental polar transposé d’Elmore Leonard. Disons-le d’emblée : son Miami entre amis à lui lasse assez vite, ne possède pas une seule seconde la maestria d’opéra d’un De Palma ( Scarface , 1983). Quant à l’étreinte enneigée, alternée, amusée, à Detroit délocalisée, de Sisco & Foley, singeant une scène célèbre du Ne vous retournez pas (1973) de Nic Roeg, autre monteur promu réalisateur, elle montre idem ses limites, a fortiori fantasmatiques. Comme le ridicule ne tue pas, pas même au cinéma, notre palmé cannois ne renoncera à remaker de manière médiocre un certain Tarkovski ( Solaris , 2002), à commettre l’interminable et pseudo-didactique Traffic (2000), à côtoyer, via un risible Équilibre , l’envoûtement manuel de Wong Kar-wai et l’ennui poli selon Antonioni ( Eros , 2004). Si l’on risque, qui sait, de visionner un jo...

Eve of Destruction : Hommes, femmes, mode d’emploi

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  Veille de vide ? Divertissement lucide… Petite pépite portée par une dédoublée Renée Soutendijk, cet item méconnu mérite d’être reconnu, en raison de son scénario assez subtil, co-signé par Yale Udoff ( Enquête sur une passion , Nicolas Roeg, 1980), certes desservi par la mise en forme fonctionnelle de l’ ex -clipeur britannique Duncan Gibbins, auteur du (trio) molto hétéro Careless Whisper de George Michael , d’ailleurs décédé incendié prématuré, ton chat au milieu des flammes de California chercher tu n’iras. L’actrice irrésistible du Quatrième Homme (Paul Verhoven, 1983) incarne donc, littéralement, à chaque plan éclatant de sa beauté, de son talent, un robot bientôt loco et une scientifique pas si amnésique. Film féminin propice à séduire les cinéphiles féministes, Eve of Destruction (1991), à ne pas confondre avec la protest song homonyme immortalisée par Barry McGuire , appréciez au passage le jeu de mot anglais sur le prénom très connoté, aussi intitulé en f...