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Affichage des articles associés au libellé Serge Bromberg

Marry Me

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  Un métrage, une image : Les Fiancées en folie (1925) Keaton ne kiffait on le sait ce succès, projet de producteur d’après une pièce proposé, sinon imposé, au principal intéressé, déjà très endetté. Si soucieuse, au ciné, en société, de « minorités », surtout de médiocrité, notre modernité vomirait désormais son antisémitisme, son racisme, pas si en sourdine, sa misogynie moralisatrice, horde de harpies pécuniaires et lapidaires, en larmes et drôles, appâtées par le pactole, ersatz en masse des esseulés Rapaces (von Stroheim, 1924). Quant aux pierres qui roulent, à rendre fissa le fuyard maboule, rochers en carton-pâte ou papier mâché, à l’animisme de déprime, supposé clou du spectacle de l’agile acrobate, elles souffrent en fait de leur facticité, ne donnent à voir ni par procuration éprouver une once de danger. Tout ceci ne saurait appauvrir le plaisir permanent que procure sans usure l’ opus plein d’allant, le métrage d’un autre âge, illustration remplie d’action(s) d...

La Folie des grandeurs

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  Un métrage, une image : L’Argent (1928) Comme Germinal (Berri, 1993), s’agit-il en définitive, d’après déjà le zélé Zola, défenseur dreyfusard, que certes d’antisémitisme personne ne soupçonne, en dépit du « Salomon » d’introduction/conclusion, d’un cas d’anticapitalisme capitaliste ? Conscient de la contradiction, L’Herbier l’écrivait, au creux de sa tête tournée : « filmer à tout prix, même (quel paradoxe) à grand prix, un fougueux réquisitoire contre l’argent », mais son mélodrame drolatique et moral, coûteux insuccès, à l’instar d’un certain Stavisky (Resnais, 1974), eh voui, descendu, réévalué, s’indispose surtout d’une spéculation de déraison, cède à notre modernité de clivantes « inégalités », de « crise » sélective, ses jérémiades pseudo-humanistes, « moralisation du capital » selon Sarkozy, « ennemie finance » de Hollande, « visage de l’obscénité » de Patrick Pouyanné s’offusque enf...

Annette

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  Un métrage, une image : Poil de Carotte (1925) En (re)découvrant, en version restaurée, bravo à Lobster, la boîte de Bromberg, cette première transposition, moins célèbre que celle avec le tandem Baur & Lynen (Julien Duvivier, 1932), on ne peut pas ne pas penser à Visages d’enfants (1925) de Jacques Feyer, d’ailleurs ici crédité co-scénariste, autre conte de souffrance d’enfance, de ruralité portraiturée, (re)lisez-moi si ça vous va. De plus on comprend, en un instant, pourquoi le cinéaste s’autoremaka fissa, comme Hitchcock ( L’Homme qui en savait trop , 1934 + 1956) : Poil de Carotte s’avère vite un opus aspirant à être parlant, chantant, à cancans, en très gros plans. Duvivier y invente une variante du split screen , via des miroirs mobiles, il fait apparaître les pensées de ses personnages à l’aide de surimpressions de saison, qui participent d’un « réalisme fantastique », amitiés à sa sienne Charrette fantôme (1939), elle-même déjà à la sui...

L’Atlantide : Sahara

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jacques Feyder. S’il fallait fournir un double indice de la délicatesse express et du lyrisme assourdi du cinéma de Feyder, on citerait ici cette ascension de lucioles au sein d’un soir d’espoir, ce visage de gisante ensablée, embrassée. Mais il s’agit aussi de moments non dénués d’une immédiate matérialité : les bestioles lumineuses s’avèrent un signal de descente et de fuite possibles, la sépulture improvisée, jusqu’à l’aube creusée, avec un bras cassé, accueille un cadavre. Ce mouvement miroité, d’enchantement, de désenchantement, cette dialectique dynamique, du mythique, du pragmatique, structurent en définitive L’Atlantide (Feyder, 1921), diptyque élégant et languissant, divisé au mitan, dont la dimension méta se dissimule derrière un exotisme colonial et non colonialiste dorénavant, depuis longtemps, rendu caduc. Il s’agit en sus d’un portrait à charge d’un matriarcat fantasmatique, chimérique, sur le...

George de la jungle : Tristesse et liesse de Méliès

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  Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur treize titres de Georges Méliès. Sa société disparaît en 1913 et le cinéaste décède en 1938 : à la double césure calendaire de mondial drame militaire s’associent vite un veuvage, le trépas de sa progéniture, celui d’un frère d’affaires, de conflit financier, à New York acclimaté, en Corse intoxiqué, en plus du piratage, du protectionnisme et des procès US, peste, de la ruine, du recyclage – films d’un fier fabricant de chaussures fissa transformés en talonnettes suspectes pour piteux Poilus, nul ne sourit de l’ironie – et du placard d’une gare, sucré, à jouets, impasse à Montparnasse, amnésie de l’industrie, précédant la retraite mutualiste du milieu en mutation et la coda d’un cancer , alors quasi octogénaire. Avec tout ceci, on n’espère, on désespère, on repense davantage qu’à Verne à Zola, oui-da. Mais Méliès, artiste lucide, artisan stakhanoviste, peu capable ou coupable de capitalisme, a contrario de Charlot, a...

La Belle Marinière : Le Cri du cormoran le soir au-dessus des jonques

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  Poussière d’hier ? Ocarina sympa… Personne et surtout pas moi ne prendra Lachman pour Vigo ni La Belle Marinière (1932) pour L’Atalante (1934). Pourtant cet opus incomplet, de quatre bobines délesté, donc disons dépourvu d’une quarantaine de minutes, mérite un court article, car il s’agit d’un sauvetage symbolique. Produit par Paramount, cru perdu, retrouvé chez UCLA, restauré grâce au financement participatif, au beau boulot en duo des spécialistes Lobster & Diapason, voici un succès en salles ensuite fissa disparu, dont la noyade diégétique, la rescapée parisienne, la séparation masculine in extremis , ainsi vogue la félicitée péniche, se disent adieu les amis amoureux, renvoient vers le destin de l’ item , par extension illustrent la mécanique amnésique du cinéma, pas que celui d’autrefois. Sur le miroir de l’écran d’antan, les fantômes se reflètent au carré, célébrés, enterrés, ressuscités, se foutent foutrement, au-delà de leur exhumation, de la question de leu...

L’Enfer : … Comme elle respire

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Claude Chabrol. Le hasard de cinéma n’existe pas – les films (se) réfléchissent – et L’Enfer (Claude Chabrol, 1994) fraternise avec Sometime Sweet Susan (Fred Donaldson, 1975), via un viol + une coda kaléidoscope. Si le « blue movie » renommé portraiturait une patiente dédoublée, in fine prostrée, son prénom récupéré, sa mémoire revenue, dommage(s) d’outrage(s), la production de Karmitz, car exit Clouzot ( L’Enfer , 1964), cf. ma prose à propos du documentaire de Serge Bromberg & Ruxandra Medrea ( L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot , 2009), dépeint un type malade, dérisoire et détestable, que la conclusion en expression de confusion laisse à l’abandon, clôture d’ouverture sur l’éternité du damné, de l’obsédé, en train de se (nous) raser « sans fin », en effet. Petit patron concon, carburant aux médicaments, Paul progresse sur l’échelle sociale et régresse sur l’échelle sentimentale, e...

Un chien qui rapporte : Arlette et l’Amour

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Titre à double sens, fossile de France… Serge Bromberg l’affirme dans sa « préface » : « Un ovni du cinéma des années trente, coincé entre la pochade, l’ambiance faubourg et une façon de filmer très Art déco, dont le charme inimitable est aujourd’hui encore resté intact. » En vérité, l’objet filmique non identifié ne naît pas ex nihilo , transpose un tandem théâtral souvent porté à l’écran, peut rappeler, par instants mesurés, le ciné (minoré) de Clair, L’Herbier, Pagnol, Vigo, péniche de prologue incluse. En réalité, il s’agit d’un exercice de style(s) assez surprenant, d’un pot-pourri pas si poussiéreux, d’une « comédie de mœurs » presque musicale, dotée d’une très aimable chanson de Sablon , interprétée en stéréo par Arletty & Christiane Dor . Au creux de cette curiosité, tout sauf restaurée, le cinéphile curieux découvre un toiletteur-arnaqueur « du Midi », une concierge (fourbue) mélancolique carburant au café (moulu), de...

Les Lois de l’hospitalité : Querelle

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jack Blystone & Buster Keaton. Our Hospitality (1923) commence comme Le Vent (Sjöström, 1928) et pourrait se situer en Corse, vendetta nous voilà. Cette « Metro Attraction » quitte ensuite le mélodrame du « Prologue » pour s’orienter vers la comédie de la « Story ». Orphelin délocalisé, héritier désargenté, proie pourchassée, William McKay finira par embrasser/enlacer/épouser la virginale Virginia Canfield, fille-sœur de ses ennemis à domicile, qu’il vient de repêcher des rapides, avec laquelle il voyagea. L’ultime gag dépose les armes, de manière littérale, le mariage en médicament désarmant contre leur maniement américain et la malédiction ancestrale, disons méditerranéenne. Tout ceci, parti de New York riquiqui, méconnaissable carrefour rural, surréaliste, de la Rue 42 et de Broadway, se passe dans le Sud US, renommé pour son hospitalité, même à main armée, par conséquent ...

Les Deux Orphelines : La Fête à Henriette

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de David Wark Griffith. « Danton and Robespierre » décrit le carton laconique, puisque Griffith , pionnier sous pseudonyme de noble, cependant ni le premier ni le dernier, adapte une pièce de théâtre française à succès, avec l’accord de sa principale comédienne, Kate Claxton. En 1921, il faudrait se méfier de l’anarchisme, du bolchévisme, du fanatisme, cf. la French Revolution , sa voyoucratie de sans-culottes, sa tyrannie de la Terreur. Inspiré par les travaux du spécialiste Thomas Carlyle, par le romanesque urbain, dédoublé, de Charles Dickens, le réalisateur renvoie dos à dos les aristos écraseurs en carrosse de minot et la mob alcoolisée de La Carmagnole dansée, met en parallèle les réjouissances, les lascivités, les atrocités, en maître renommé du montage alterné. Mélodrame historique, Les Deux Orphelines se divise au bout d’une heure et demie, chacun des actes conclu par une coda sous forme d’a...