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Affichage des articles associés au libellé Matteo Garrone

Demain le chien

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  Exils # 125 (04/09/2025) En dépit des a priori , Black Dog (Guan, 2024) n’évoque Mad Max (Miller, 1979) ni Freaks (Browning, 1932), ne ranime Atomik Circus (Poiraud & Poiraud, 2004) ou fait penser à Umberto D. (De Sica, 1952). La comédie dramatique et laconique quasiment démunie de musique dite extra -diégétique, hormis le lyrisme d’une traversée encerclée de canidés, la séquence de l’éclipse au son d’une chanson de Pink Floyd, à laquelle réplique celle du générique, chronique donc une reconstruction en doublon, d’un individu et d’une ville, le premier sort de prison, la seconde attend des usines. Tandis que les hommes ne contrôlent que quelques quartiers, dont un commissariat au personnel presque sympa, plus serviable que fana de la fouille rectale, quoique, car un quidam d’accident emmerde le monde en réclamant son argent, le récent détenu peu loquace et pourtant libéré sur parole se voit vite désapé au poste, les animaux désertent le zoo, même le tigre dit de Mandc...

L’Odysseydou

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  Exils # 17 (29/01/2024) Voici la vie dure du pourtant prénommé Seydou. Commencé sur un sommeil malmené, à cause d’une sœurette guillerette à la perruque suspecte, de ses amies en chorale bancale réunies, l’ultime film du réalisateur des recommandables Gomorra (2008) et Dogman (2018), du dispensable a priori Reality (2012) se termine sur un plan presque poignant, visage souriant et larmoyant du capitaine d’opérette, repéré en pleine mer, surplombé par un sécuritaire hélicoptère, accord de contraires à la John Woo itou. Du rêve au réel, le prix à payer s’avère vite élevé, traversée du désert mortuaire et suspension en vraie-fausse prison incluses, comme si le Leone du Bon, la Brute et le Truand (1966) croisait la (dé)route du Pasolini de Salò ou les 120 Journées de Sodome (1976). « Naïf » adolescent de seize ans, dixit sa maman se démaquillant, de tout son cœur le recadrant, notre Candide du Sénégal ne songe qu’à se faire la malle, histoire d’aider la précitée, e...

The Priests

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  Un métrage, une image : Elefante blanco (2012) Un examen du cerveau, un massacre de villageois, un curé condamné, un second rescapé, couple en route puis en déroute, qui carbure of course à la culpabilité, reflétée, différenciée, qui s’active, charité chrétienne oblige, au creux d’un décor en or, d’un milieu miteux, squelette d’hosto historique, aussi symbolique, puisqu’il concentre les pathologies sociales, abyssales, du pays : durant deux plans-séquences remarquables et remarqués, le cinéaste argentin, d’une formation d’architecte doté, arpente dans les deux sens le bidonville devenu asile, de déshérités, de cinglés, à savoir de narcos cathos pas très catholiques, davantage dealers claniques, portés sur la vendetta, le cadavre en brouette tu récupéreras. Les pères opèrent, épaulés par une assistante sociale cordiale, tout sauf tentatrice et toutefois irrésistible, bientôt au bord du burn-out , because ouvriers à payer, argent municipal détourné, sans doute à cause du c...

Mister Universo : Arthur

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Tizza Covi & Rainer Frimmel. Documentaire de déprime, fiction à frictions, Mister Universo (2017) séduit par sa modestie. On y suit donc un dompteur de lions, au cours de ses pérégrinations, parmi une Italie à transformer la Grèce humide, dépressive, de Theo Angelopoulos, en paradis touristique, à jamais ensoleillé. Si l’aspect parfois sinistre de la vie d’artiste, a priori « comique », n’échappa point au Federico Fellini himself documenté des Clowns (1970), Mister Universo renverse, voire retravaille, La strada (1954), puisqu’il s’achève sur le numéro de la contorsionniste, callipyge, souriante et bien vivante Wendy (Weber), bonne fée au dos fatigué, au chienchien acharné, aussi rousse que la chère Moira Shearer chez les Archers ( Les Chaussons rouges , 1948), certes moins suicidaire, qui veille à sa manière, voyage en parallèle, sur son Peter Pan à elle, le prénommé (et catho) Tairo (Caro...

Dogman : Des oiseaux petits et gros

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Faust & Méphisto en mode facho ? Laurel & Hardy jusqu’à la lie de la vilenie. Toiletteur-dealeur, papa plongeur de la petite Alida éprise des Maldives, le modeste et divorcé Marcello aime les animaux, les apprivoise, les lave, les chouchoute, les fait concourir puis réussir – hélas, une ombre maousse à moto assombrit son bonheur à lui, celle de Simoncino, colosse carburant à la coke , némésis en Adidas, rejeton de mamma ulcérée par ses sachets de drogué, dont tout le quartier maritime voudrait bien se débarrasser, au propre plutôt qu’au figuré. La brute au sourire tendre, cf. la séquence du club de strip-tease rempli d’anges dansants, en strings et soutifs trop blancs, porte un prénom évidemment viscontien, revoyez Rocco et ses frères (1960), néanmoins il ne boxe pas, il ne poignarde plus la Nadia d’Annie Girardot, il se contente de cambrioler, tant pis pour le chihuahua surgelé, in extremis ressuscité, de tabasser un type auquel il doit beaucoup de fric, fou...

Gomorra : Ave Maria

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 « Oublier toute espérance ? » Plutôt prendre ses distances.  Chronique-mosaïque, sous le signe et dans le sillage de Rosi (en visite sur le tournage), de Rossellini ( Paisà ) ou Pasolini ( Mamma Roma ), bien sûr, comme une déclaration volontairement assourdie (avec un silencieux) à Coppola, Scorsese, De Palma ( Scarface traumatisa aussi là-bas, davantage que L’Impasse , jusqu’au parrain Walter Schiavone, à l’impériale villa abandonnée, décalquée de celle de Montana), trinité laïque et opératique ( accessit pour le Leone du proustien Il était une fois en Amérique ) du crime en effet « organisé », comme une réponse réaliste à une imagerie pleine de bruit et de fureur, miroir à la limite de la complaisance d’un milieu de près (pas seulement à Hong Kong, pas uniquement au temps de Gorge profonde , financé par les wise guys ) ou de loin lié au « septième art » depuis des lustres (le Miami de Tony M. en métaphore de Hollywood, à l’om...