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Affichage des articles associés au libellé Gilles Deleuze

Annick aime les sucettes

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  Exils # 9 (12/12/2023) Juliette Gréco jugeait misogyne l’émouvant et amusant Jolie môme , sa plaisante appropriation une façon de s’en réapproprier la féminité supposée maltraitée, de lui rendre son inexistante innocence en complice sororité. Que pouvait-elle penser, si encore la chanson d’exception elle connaissait, de Ton style , instrumental   recalé destiné a priori à Jean-Pierre Mocky, radical mélodrame – au sens étymologique de drame musical, au sens esthétique d’étude sociale – qui sans se soucier une seule seconde de sociologie, Dieu merci, tant pis pour l’affirmé anarchisme, résumait à lui seul les années soixante-dix, leur lyrisme dépressif carburant à la mélancolie, après l’euphorie de la précédente décennie, en dépit, certes, des dernières infamies de la guerre d’Algérie. Comme si soudain, du jour au lendemain, de midi à minuit, l’occidentale société dessoûlait, pénétrait de plain-pied au creux d’un cauchemar plus ou moins climatisé, Henry Miller very vénère, ...

Une nuit sur le mont Chauve

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  Bush & Björk ? Les Pyrénées, l’Empyrée… Pour Patrick Cette tristesse essentielle et existentielle, la littérature, même la plus impure, ne vous en sauvera, surtout pas le cinéma, ce que l’on désigne donc ainsi aujourd’hui, par habitude, par lassitude, mais la musique, immédiate et multiple, immatérielle et pragmatique, immortelle et programmatique, permet de respirer, de se reposer, peut-être d’espérer. Celle d’ Hélène Vogelsinger sait y faire, du lest se défaire, s’adresse avec adresse au corps et au cœur, s’installe in situ ou en studio. Dissimulée derrière ou dessous de chouettes pochettes, aux monolithes à la Kubrick, dotée de titres ésotériques, exfiltrés illico d’un dico de philo, voire d’un ouvrage de nouvel âge, gorgée d’énergies, sinon d’écologie, elle procède en définitive d’une forme féminine et intime de musicothérapie, de transe sonore créatrice de ses propres décors ou en accord selon ceux du dehors. Concentrée sur ses câbles colorés, la compositrice point...

Rappelle-toi Barbara

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  Sème, tandem , sillon de rémission… Bernard Stiegler, passé par le privé (CLCF), signa Le  Temps du cinéma , qui dit Deleuze, s’inquiétait de technique, d’anthropologique, d’ entropie , d’adoption et d’individuation ; il se suicida en 2020, merde à la maladie, aux banques braquées. Barbara Stiegler s’entiche de Nietzsche, lit Lippmann, analyse le néolibéralisme, dogme-obsession de l’adaptation, porte un gilet jaune ; elle bosse à Bordeaux. Le père philosophait, la fille aussi, rare, ainsi. Foucault illico , Tocqueville écho, l’universitaire multiplie les interventions, ne vise aucune conversion, vaccinée, au propre, au figuré, contre le progressisme et le complotisme, maux en médaille, la démocratie mondiale déraille. Pandémie ou syndémie ? Kahn ou Kant ? Protocole ou contrôle ? Jamais décevante, toujours stimulante, l’enseignante sérieuse et souriante ne se pose en héritière, au contraire, puisque pareille paternité un peu « compliquée », O...

Cinglée

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  Un métrage, une image : Shock (1946) La matrice apocryphe de Sœurs de sang (De Palma, 1972) ? Presque, puisque ici aussi témoin de meurtre ( quasi ) réduit à l’amnésie par un shrink nuisible (pléonasme). Pourtant l’impérial Price portraiture un psy assassin à l’insuline point délesté de conscience ni de culpabilité. Au terme du deuxième  replay du trauma méta, il étrangle sa salope séduisante, « femme fatale » (et vile rivale) d’un « film noir » jamais misogyne, in extremis moral, policier perspicace à la clé, cherchons donc le létal chandelier. Déjà co-écrit par Eugene Ling, l’un des scénaristes de Behind Locked Doors (Boetticher, 1948), l’ouvrage de Werker, précis, impersonnel, ne repose ainsi sur un tueur à la truelle, un acteur cabot, a contrario possède un casting choral impeccable, mentions spéciales à Mesdames Lynn Bari ( L’Incroyable Monsieur X , Vorhaus, 1948) & Anabel Shaw. Bien éclairé par le tandem MacDonald ( Ni...

Les Choses de la vie : Intersection

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  Absence de ceinture de sécurité, impact décuplé… On le savait avant Deleuze, l’image de ciné, oui ou non sonorisé, manifeste du mouvement, du temps, mais pas seulement, en outre elle rend émouvant le premier, elle développe ou réduit le second en durée. Les métrages se soucient aussi d’espace(s), de paysages, de visages, de carambolages ; ils multiplient en plus les paroles et les points de vue. Tout ceci se discerne, s’étudie, dans une scène célèbre des Choses de la vie (Sautet, 1970). Le même événement, un routier, rural accident, trois véhicules impliquant, s’y déroule à deux reprises, en replay similaire et cependant différencié. Le camionneur magnanime, rétif à charger la victime, concède un « il roulait à sa vitesse », ainsi résume le rythme et affiche le subjectif. En gris, blanc, rouge, remarquez les couleurs des carrosseries, sans feu rouge, surgit une tragédie ressentie au ralenti. Cette leçon de cadrage, de découpage, de montage, de minutage, en sus ...

Le Retour du cinéma : Les Métamorphoses

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L’effet Lazare, privé de hasard, Balthazar se marre… En 1996, Antoine de Baecque & Thierry Jousse retracent avec brièveté, simplicité, la chronique d’une mort annoncée, pas celle de García Márquez puis Rosi, plutôt celle du ciné, formulée/expérimentée par Serge Daney. Dès l’ incipit de sa partie proustienne logiquement intitulée Le Temps perdu du cinéma , l’historien souligne la supposée nécessité de la cinéphilie, car « Le cinéma a besoin que l’on parle de lui. » Avant d’en venir à l’auteur de Persévérance ou de L’Exercice a été profitable, Monsieur , titre bien sûr emprunté à une réplique des Contrebandiers de Moonfleet (Lang, 1955), il revient sur la Nouvelle Vague & André Bazin, relation de filiation par procuration reproduite par Daney à la recherche de son propre père disparu, à Auschwitz ou aux USA, il ne le sait pas. Lycéen bouleversé par Nuit et Brouillard (Resnais, 1956), Daney décide donc de devenir un cinéphile, un « ciné-fils », «...

Je t’aime je t’aime : 60 secondes chrono

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On n’en sort pas, on ne s’en sort pas, on devrait toutefois se divertir du dédale létal… L’argument temporel et sentimental de Je t’aime je t’aime (Alain Resnais, 1968) évoque évidement ceux de Sueurs froides (Alfred Hitchcock, 1958) et La Jetée (Chris Marker, 1962), mais rime également avec ceux de Hiroshima mon amour (1959), L’Année dernière à Marienbad (1961), Providence (1977) ou Mon oncle d’Amérique (1980) ; on peut aussi, sinon surtout, penser à Enquête sur une passion (Nicolas Roeg, 1980), certes en moins muséal, trivial. Ce film méconnu, mal-aimé, financé avec difficulté, François Truffaut & Mag Bodard s’y collent, promis à la confidentialité, puisque, appréciez l’ironie, lui-même victime d’un bad timing , titre en VO de l’ item britannique précité, celui du récit en reflet d’un festival cannois annulé, merci au mois de mai, portraiture en effet, en montage démonté, un homme amoureux, peut-être meurtrier, plongé de façon littérale, estivale, dans son...

Five Easy Pieces : Notes sur la discontinuité

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Ne pas se démonter, conserver une vision d’ensemble, associer les singularités. Je vais lui montrer qui c’est Raoul. Aux quatre coins de Paris qu’on va le retrouver, éparpillé par petits bouts, façon puzzle. Michel Audiard & Bernard Blier, Les Tontons flingueurs , 1963 Que vous le sachiez ou non, nous vivons tous au temps du fragment. Depuis l’atomisation du monde par la science, sens duel, la matière elle-même semble se dissoudre à l’œil lavé, sidéré, surtout en laboratoire de physique quantique. Cellules cancéreuses en multiplication affreuse ou cellules musicales magistrales de Bernard Herrmann ; cellulaires bien nommés, de nomades emprisonnés, ou unités de lecture substituées aux chapitres des romans à succès produits outre-Atlantique : quatre exemples parmi d’autres de la propension à privilégier la pièce, facile ou pas, de préférence petite, miniaturisée, limitée dans l’espace et le temps, décompte approximatif parfois très précis puisque des articles en...

L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique : L’Invention de Morel

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Benjy, pardonne-moi ma familiarité respectueuse, camarade, à l’infini, aujourd’hui. I Si le ciné vous intéresse, vous connaissez, même de loin, Walter Benjamin, entre autres choses signataire de ce petit essai assez surfait, retravaillé sans cesse, lu par votre serviteur dans la traduction de Pierre Klossowski, un familier du procès de Gilles de Rais, parue en revue en 1936, et dans la version définitive, idem traduite, de 1939 sourcée UCLA, certes un brin étoffée, avec le concours anecdotique de Paul Valéry, guère différente cependant, ne transformant rien d’essentiel des postulats ni des thèses. Les textes possèdent une clarté suffisante, disons allemande, pour que je m’épargne le pensum de les résumer, de les commenter, de les paraphraser. Tout ceci se lit vite et, ma foi, agréablement, tant pis pour les portes enfoncées, l’analyse orientée, l’optimisme assumé. En 1940, dans un coin paumé des Pyrénées, le penseur se suicide à la morphine au lieu de passer en Espagne....