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Affichage des articles associés au libellé Greg McLean

Débâcle d’Outback

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  Exils # 94 (20/03/2025) Carni quoi ? Carnifex , mec. Ben (se) la ramène, revient au latin, « bourreau » adoubé « fabricant de chair », de quoi ravir Clive Barker, explique aux filles et au public qu’il s’agit d’une espèce assez suspecte, presque hypothétique, disons d’une légende aux origines authentiques. Tandis que les spécialistes se demandent aujourd’hui si ce marsupial maousse de l’époque préhistorique disparut à cause de l’arrivée humaine ou du changement climatique (déjà, d’autrefois), notre trio – une documentariste + deux conservationnistes – pas trop rigolo (cumul de solitudes) et très écolo s’en va relever des vidéos d’espèces protégées, en quête d’inconnu bienvenu, d’une nouvelle bébête à fissa défendre contre les flammes et les cendres. Carnifex (Lahiff, 2022) s’ouvre ainsi sur un incendie, fléau de Californie et d’Australie aussi. Il se poursuit parmi des paysages sans âge, autant naturels qu’ils peuvent l’être, sorte d’éden vu du ciel, ...

Les Gens de la pluie

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  Un métrage, une image : The Crucifixion (2017) Dix ans après le surfait Frontière(s) , Gens fait du tourisme en Roumanie, « pays des vampires et des loups-garous », où « tout peut arriver », en effet, a fortiori (re)trouver la foi, pourquoi pas. Opus prosélyte inspiré d’un fait arrivé, à défaut d’avéré, le confidentiel The Crucifixion possède un premier plan d’ incipit vidéo ludique, on le sait l’une des passions du cinéaste. L’exorcisme confine à l’exercice de style, au catalogue d’effets, spécieux plutôt que spéciaux, Ada Lupu n’en peut plus, nous non plus. Presque de l’autre côté du globe, à New York, un dialogue entre oncle et nièce se base sur les news  : voici le curé et ses acolytes arrêtés, inculpés, dans l’attente de leur laïc et médiatique procès. Bill, magnanime, remémore à Nicole l’abc de l’objectivité, la journaliste juvénile s’en fiche assez, se casse et s’envole fissa, lestée d’un maternel trauma . Sur place, le village semble ...

Du rififi chez les hommes

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  Un métrage, une image : Sacrifice (2016) L’accoucheuse fait une fausse couche : talons ou non, ceci s’appelle de l’ironie cruelle. Le couple en déroute quitte vite la ville, au bout du monde mais en famille s’exile. Les Shetland ne manquent de charme ni, hélas, de cadavre. Notre obstétricienne guère sereine s’improvise détective, fait presque coéquipe avec une fliquette peu suspecte, qu’elle sauvera in extremis d’un machiste sacrifice. Si son mec ne s’injecte de l’insuline, puisque contraceptif, il faut se méfier des autres apparences, des parents, partout, tout le temps. Runes et ruines, paganisme et eugénisme, mères porteuses et victimes malheureuses, autant d’émotions et de stations sur le chemin de croix de Tora, fossoyeuse audacieuse, courageuse, qui ne sait peut-être pas planter un clou, plaisante l’époux, cependant décide de déterrer, au propre, au figuré, les multiples squelettes d’une masculinité obsolète. Contre le clan, contre le courant, la collusion de...

The Furies : La Région sauvage

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Des « belles », des « bêtes », comme un codicille au conte d’Amat Escalante... Le slasher , on le sait, ne séduit guère les cinéphiles féministes, qui n’y perçoivent qu’un amas de misogynie, d’effarantes fadaises, désormais dénommées « féminicides », amen . Si The Furies (Tony D’Aquino, 2019) semble se situer au sein de l’imagerie ressassée, afin de la mieux renverser, d’attribuer aux proies une victoire provisoire, sur leurs chasseurs remplis d’une froide fureur, il contourne en réalité le conflit sexué, il tamise son manichéisme liminaire de nuances surprenantes, je pense à ce salut de la main, échangé entre la kidnappée, son poursuivant. Dans la forêt à vif de The Furies , les tueurs meurent, tête masquée, à distance explosée. L’épilogue, sous forme de mise en abyme ironique, sado-masochiste, tel voyeur, tel spectateur, nous apprend les tenants et les aboutissants du jeu sanglant, organisé par une obscure société, pour le bon plaisir et le mau...

Fired : Ruby

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Destruction de l’entreprise et entreprise de destruction… Every day is like survival You’re my lover not my rival Culture Club Joy Mittal possède un patronyme fameux, vient de virer 121 employés, investit le bureau du boss , se came aux médocs, copine avec le vigile, finit tel le dessin sanguin de la prophétique photocopieuse furieuse. À moitié film, il se regarde en replay , sur des écrans de surveillance témoins de sa démence, mais une gosse décédée fixe l’objectif in extremis , confirme la hantise au lieu de l’hallucination. En vérité, peu importe la perspective, psychologique ou fantastique, puisque l’arriviste et le récit de sa longue nuit – de l’exorcisme, me souffle Fulci – carburent à la culpabilité. Film d’horreur dite économique, Fired (Warrier, 2010) rime à sa manière avec De gré ou de force (Cazeneuve, 1998) et The Belko Experiment (McLean, 2016) ; il s’agit, à nouveau, de donner à voir « la souffrance au travail », comme disent les soci...

Downrange : American Sniper

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Pneu crevé ? Film essoufflé.                 I shot the sheriff, but I did not shoot the deputy Bob Marley Unité de lieu, de temps, d’action : six passagers d’un SUV subissent les assauts d’un tireur embusqué, sur un arbre perché, en pleine journée, le long d’une route rurale isolée. Une famille, père endormi, mère au volant, enfant volante, puis, de nuit, quatre policiers motorisés, armés, les rejoignent – dans la tombe. Comme selon la comptine macabre d’Agatha Christie, l’élimination numérique et mécanique se solde par une soustraction définitive, puisque l’unique survivante, victorieuse du bourreau délogé, doté d’un gros couteau à la Rambo, sa face camouflée fracassée à coup de crosse de fusil elle-même décorée du total de ses victimes, reçoit au creux de la gorge la dernière balle décoincée par sa colère, misère. Avec un tel argument solaire et linéaire, on pouvait espérer un survival abstr...

The Toxic Avenger : Trauma

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Du balai ? De l’intégrité. De l’écologie ? De la poésie. Des ordures ? Une signature. I’m addicted to you Don’t you know that you’re toxic? And I love what you do Don’t you know that you’re toxic? Britney Spears Après celle de James Gunn & Greg McLean, voici l’Amérique de Lloyd Kaufman, qui nous réconcilie avec les USA et leur cinéma. Film drolatique et politique, The Toxic Avenger s’intéresse à la vie au sein de la Cité, d’une cité précise, Tromaville. La société presque homonyme, pas anonyme, proposa, on le sait, un autre modèle d’économie cinématographique. Sise à New York, et non plus à Hollywood, elle se caractérisa par son indépendance (désargentée), par sa conscience (sociale), elle sut s’inscrire à l’intérieur d’une imagerie (horrifique) elle-même en partie définie par ses échos sociétaux, surtout durant les années 30, cf. le bestiaire littéraire de la Universal, alors divertissement et miroir pour/de son temps. Sorti in situ en 1984, le film t...

The Belko Experiment : La Loi des armes

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À bout portant dans le dos des salauds + l’épi de Claire Denis. There can be only one. Highlander Expérience comportementaliste pour massacre en huis clos – on espérait peu, on ne reçut rien, ou plutôt un petit traité de trumpisme appliqué. Même réalisé par un Australien en Colombie, The Belko Experiment (2016) constitue un pur produit étasunien, qui ne pouvait pas être produit ailleurs qu’au pays de l’Oncle Sam, celui des armes en vente libre, des tueries lycéennes, des meurtres surmultipliés au ciné, à la TV. Que cependant les adeptes bien-pensants de l’antiaméricanisme européen passent leur chemin, car j’aime ce cinéma, même aujourd’hui, car je me garde d’identifier une nation à ses citoyens détestables, à son gouvernement pitoyable. En outre, la situation en France, sur l’écran, au-delà, ne permettrait point pareille arrogance. Quant à la violence évidente du métrage, choquante a priori , rappelons qu’elle procède d’une représentation, jamais d’une réalité, a fo...

Blood Hunt : Torn Curtain

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Anniversaire en enfer, reformulation et action, triviale virée sentimentale.    Premier film – comprendre long métrage, malgré sa brièveté – du juvénile Sam Curtain, ce survival australien assez sympathique se suit sans déplaisir, même si, assurément, il ne vous incitera pas à prendre vos vacances du côté de Cambrera, oui-da. SC cumule les postes, notamment producteur, monteur, scénariste et costumier, alors que la Tasmanie accumule les manies, la folie : une future étudiante et son compagnon a priori prolétaire, au blouson fluorescent de sécurité, tombent sur trois redoutables lascars qui vont leur faire passer un rude et Long Weekend , à l’australienne, renvoyons vers le tandem homonyme, écologique, eschatologique, signé Colin Eggleston en 1978 puis Jamie Blanks en 1998. L’agressivité de la ruralité, on (re)connaît, avec ou sans duo au banjo et sodo homo. Curtain adresse d’ailleurs un clin d’œil sonore à Délivrance (John Boorman, 1972) durant le générique...

Mad Max : À tombeau ouvert

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Suite à sa sortie en BR et avant le quatrième pan sur grand écran, retour en marche arrière sur le titre de George Miller. Un plan vraiment unique, à la fois iconique et obscène, esthétique et brutal, doux et traumatisant : une chaussure de gosse – appartenant au fils de Mel – s'envole au ralenti, métonymie pour signifier l'irreprésentable, leçon de cinéma sur le thème : « Comment tuer un enfant (hors-champ) ? », après Hitchcock et consorts. Là réside la vraie violence du film (et le motif inconscient de sa censure française ?), celle du monde d'alors qui inspira Miller – que pense-t-il du contemporain, plus de trente ans après ? –, celle qui donne au titre, presque par inadvertance, car fugace, sa valeur indélébile, relativisant les excès graphiques et drolatiques dont les imitateurs transalpins « fauchés » feront leur beurre avarié. Mad Max, fou de douleur (on se souvient aussi de Gibson s'enfonçant un canon de revolver dans la bouche pour ...