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Affichage des articles associés au libellé Albert Lewin

L’Âge de glace de la guerre froide

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  Exils # 119 (17/07/2025) Si Richard Harris refusa L’ Œ uf du serpent (Bergman, 1977) au profit d’ Orca (Anderson, 1977), la production imposa donc Richard Burton, mais L’Espion qui venait du froid (Ritt, 1965) lui permet de déployer l’une de ses meilleures interprétations. Escorté par un casting choral impeccable, Monsieur Liz Taylor, ancien amour de Claire Bloom, vous suivez, acteur au carré, à raison récompensé, incarne un Alec très tourmenté, d’abord déguisé en dépressif alcoolique, amer et déclassé, ensuite en prisonnier express puis vrai-faux transfuge de retraite montagnarde et de tribunal bancal. Les mauvaises langues soulignent qu’il s’agit à peine d’un rôle de composition, les cinéphiles applaudissent devant le talent, capable d’exprimer la peur de ce temps-là et le dégoût de tout cela, sinon de soi. Pourri par l’opportunisme – expediency en VO, « pragmatisme » en sous-titres – et le machiavélisme, voire le pharisaïsme et l’homophobie, queer guère un...

Le Portrait de Dorian Gray

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  Conte comique, d’esthétique et d’éthique… « One man. One masterpiece. One very big mistake » affirme l’affiche. Les psys apprécient : l’homme en somme semble un enfant trop grand, le chef-d’œuvre vandalisé, à l’insu de son plein gré, dissolvant à éviter, CQFD, s’appelle en sus La Mère de Whistler , tout ceci sent ainsi l’acte manqué maternel, le complexe d’Œdipe à la truelle, de peintre en bâtiment, évidemment. Au côté de l’excellent Rowan Atkinson, croisé naguère chez Kershner ( Jamais plus jamais , 1983), Roeg ( Les Sorcières , 1990), Abrahams ( Hot Shots 2 , 1993) ou Kerr ( Johnny English contre-attaque , 2018), surprenant et impeccable Maigret à la TV, on reconnaît Peter MacNicol, déjà là au sein de SOS Fantômes 2 (Reitman, 1989), autre histoire de tableau à rendre marteau, moins emblématique, plus maléfique, aussi peu humoristique, où il incarnait encore un conservateur de musée dépassé, téléguidé, style Renfield, par un étrange étranger. Remarquez illic...

Elektra

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  Un métrage, une image : Émilie, l’enfant des ténèbres (1975) Matrice apocryphe, presque apocalyptique, de La Malédiction (Donner, 1976) et Obsession (De Palma, idem ), le film féminin de Dallamano ( Mais... qu’avez-vous fait à Solange ? , 1972) carbure au complexe d’Électre carabiné car une gamine guère magnanime y décime sa maman, sa gouvernante, essaie de se débarrasser d’une troisième rivale, réveil nocturne de feu of course infernal, avant d’aller s’empaler auprès de son papounet, grâce à une dague à double lame, dame. Richard Johnson ( La Maison du diable , Wise, 1963) joue au documentariste diabolique, Nicoletta Elmi ( Qui l’a vue mourir ? , Lado, 1972) incarne sa fifille tout sauf tranquille, Ida Galli/Evelyn Stewart ( Les Sorcières du bord du lac , Cervi, 1970) simule le stoïcisme, Joanna Cassidy ( Under Fire , Spottiswoode, 1983) se déguise en accorte productrice exécutive et Lila Kedrova ( Les Égouts du paradis , Giovanni, 1979) en comtesse cartomancie...

Messiah of Evil : Kiss Tomorrow Goodbye

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  Ulysse & Télémaque ? Eurydice en Amérique… Un mec court, une porte apparaît, une piscine scintille, la fille l’assassine : après un prologue inspirant et inspiré, nocturne et coloré, la suite ne démérite. Item littéraire et d’atmosphère, film cinéphile tout sauf futile, opus poétique et politique, Messiah of Evil (William Huyck & Gloria Katz, 1973) associe deux récits, retravaille Lovecraft, s’approprie Shakespeare, se souvient de L’Invasion des profanateurs de sépultures (Siegel, 1956) et cite Sueurs froides (Hitchcock, 1958), développe et démultiplie la subjectivité tourmentée de Carnival of Souls (Harvey, 1962), s’inscrit au sein du sillage insensé de Shock Corridor (Fuller, 1963) et Sœurs de sang (De Palma, 1972), repeint Pierrot le Fou (Godard, 1965) puis prépeint Suspiria (Argento, 1977), verrière vénère brisée en sus, présage Zombie (Romero, 1978), devine Démons (Bava, 1985), revisite le western et remont(r)e le mélodrame paternel. Fiss...

La Belle Noiseuse : Copie conforme

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  « Marianne, c’est moi » mais Michel ne joue Jacques… Une pensée pour Audrey habillée « What do you expect? » demande, dès le début, la voisine de table estivale. Qu’attendre de Rivette, critique cynique, mec guère « abject », quoique, le pauvre Pontecorvo de Kapò (1960) dut s’en mordre les doigts, de son fameux plan maladroit. Et le projet de passer quatre heures en compagnie d’Emmanuelle Béart, dénudée en modèle pas un brin bressonien, nous excitait peu, avouons-le. Pourtant, contrairement au replay , par exemple celui du site d’ARTE, le streaming autorise l’avance rapide – attention, SVP, à l’introduction tronquée, taillée (ne touchez pas) à la hache, hélas. Et l’envie de revoir en vie le précieux Michel Piccoli , à peine refroidi, nous convainquit. Nous voici donc « embarqué », comme Marianne miroitée, dans ce qui ressemble, a priori , à un ersatz des « chimères » du cher Éric Rohmer. Fausse piste, de salle...

L’Incroyable Monsieur X : L’Illusionniste

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Curiosité datée, dépassée ? « Consultant psychique » à consulter, puisque épatant.    Celles et ceux qui s’intéressent à la cinematography , disons à la « direction de la photographie », devraient vite visionner The Amazing Mr. X (Bernard Vorhaus, 1948), va pour la VO non sous-titrée. Auteur d’un traité réputé, programmatique-pragmatique, intitulé Painting with Light , oscarisé à raison, à l’occasion du mémorable ballet de Un Américain à Paris (Vincente Minnelli, 1951), John Alton y donne, en noir et blanc enivrant, une somptueuse et stimulante leçon d’ombre et de lumière, démontre avec une admirable maestria son savoir-faire, confère au métrage méconnu, désormais dans le domaine public, disponible en ligne, sa magie majestueuse, soyeuse, vaporeuse. Le film commence par du fantastique féminin, maritime, alors l’on se dit que voici un ersatz désargenté de The Ghost and Mrs. Muir (Joseph L. Mankiewicz, 1947), un prélude paupérisé à Pandora ...

Le Trou noir : Gravity

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Bricoler la capsule ? Figurer l’infigurable… Une BO de John Barry  ? Un casting incluant Yvette Mimieux, Ernest Borgnine, Robert Forster, Anthony Perkins, Maximilian Schell ? De la SF d’astrophysique, fantaisiste, certes ? Tout ceci donne envie de (re)voir Le Trou noir (Gary Nelson, 1979), de faire fonctionner la frange d’enfance enf(o)uie. Par conséquent nous voici, illico , à bord du Palomino, confronté, dès le générique infographique, en vert cadavérique, à un film funèbre, l’un des rares essais de Disney désireux de s’adresser aux adultes, en sus des Yeux de la forêt (John Hough, 1980), de La Foire des ténèbres (Jack Clayton, 1983), diptyque fantastique, cette fois-ci. The Black Hole ou la rencontre de Vingt mille lieues sous les mers (Richard Fleischer, 1954), idem produit par le studio de Walt, avec Silent Running (Douglas Trumbull, 1972), serre partagée. Dans le sillage de James Mason, Schell interprète un ermite ne sachant se lasser des «...

The Old Dark House : Le Majordome

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  « Prenez une patate » ? Le repas frise l’insipide et le festin nous laisse sur notre faim. Œuvre effroyablement bavarde et faussement fantastique, The Old Dark House (1933) semble vouloir conjurer à chaque réplique les spectres mutiques. Que fit le cinéma une fois qu’il se mit à parler, une fois qu’on lui imposa la parole, reformulent les défenseurs de la supposée pureté silencieuse du muet ? Il papota, il immobilisa ses caméras, il adapta du théâtre, des romans. Ici, les dramaturges Levy & Sherriff transposent un titre de Mister Priestley, la Grande Guerre et son désenchantement apparemment à l’arrière-plan. Laemmle produit, Edeson éclaire, Hall décore et Whale réalise, dans le sillage de Frankenstein (1931). Même équipe mais résultat différent, car Une soirée étrange , intitulé français d’un film visionné en VO non sous-titrée, ne vise pas le frisson, pratique plutôt la décontraction. Sis au Pays de Galles, doté d’un casting en majorité ang...

Stop Making Sense : Control

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Au foot , 11 joueurs + 1 entraîneur ; au ciné mélodique, un groupe de 9 + 1 œil neuf.    Tandis que David Byrne me remémore un Ian Curtis délesté de ses tourments, que sa gestuelle substitue l’énergie à l’épilepsie, je me dis que Jonathan Demme sut en effet filmer cette (triple) prestation hollywoodienne, sise en décembre, des Talking Heads, que son documentaire mérite son excellente réputation, même si je ne raffole guère des superlatifs de saison, d’occasion, du style « le plus grand film de concert du monde », amen . Désormais en ligne et en 480 p, s’il vous plaît, Stop Making Sense débute par un générique en écho à Giacometti dû au spécialiste Pablo Ferro, qui s’auto-cite au service de Kubrick, revoyez donc celui de Docteur Folamour . Ensuite, le longiligne David entre en scène, littéralement, immaculé, en solo, accompagné d’une cassette de tempo (puis d’une console quasiment hors-champ). Un homme, une guitare, un micro , une caméra : voici D...

Approaching the Unknown : Mission to Mars

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Neuf mois de réflexion ? Disons un désir d’aliénation. L’une des postulantes au peuplement parle de solitude et de mélancolie : les deux états caractérisent Approaching the Unknown (2016) qui, à défaut d’approcher l’inconnu, parvient à faire éprouver un vécu, en l’occurrence celui du capitaine Stanaforth, premier colon supposé atteindre la planète rouge au bout de 270 jours. Il communique avec son pote au surnom de maigrichon, incarné en vidéo par le frérot d’Owen Wilson, il croise un tandem dépressif de station spatiale sépulcrale où se ravitailler, il s’adresse à sa suiveuse dormeuse mais, surtout, il tient en voix off son journal de bord, son journal intime. L’intimité en question ne signifie plus l’étalage d’enfantillages autobiographiques, égocentriques, à l’instar du babillage « accablant » d’écrivains réunis à la remise du prix Melville à son ex -épouse, elle désigne désormais une relation singulière au cosmos, liée à une expérience presque christique ...