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Affichage des articles associés au libellé Atom Egoyan

Peau d’âme

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  Exils # 61 (12/11/2024) Car la poudre et la foudre c’est fait pour que les rats envahissent le monde Claude Nougaro, Tu verras « La peste est partout » et les rats itou, les vrais dressés par un certain John Holmes, homonyme de célèbre acteur classé X. Demy ne se souciait de réalisme ni de politique et pourtant sa relecture d’une moralité toujours d’actualité s’en rapproche assez. Longtemps avant Rachida Dati & Michel Barnier, on s’y préoccupe en effet de financer une cathédrale, de trouver illico de nouveaux impôts, celui sur le sucre séduirait notre médiocre modernité, si soigneuse de sa santé. Dans Les Parapluies de Cherbourg (Demy, 1964), l’enchanteur de malheur ne filmait pas les fameux « événements d’Algérie » mais leurs conséquences en France, grâce à un garagiste épris que l’on qualifierait aujourd’hui souffrant de « stress post-traumatique ». Ici, la satire s’immisce au sein malsain des coulisses, dévoile les jeux et les enjeux...

Dancing at the Blue Iguana

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  Un métrage, une image : Exotica (1994) Exotica (Egoyan) ou la matrice d’une trilogie apocryphe, collection de contes cruels, intrigues a fortiori d’infanticides, développée avec De beaux lendemains (1997), achevée via Le Voyage de Felicia (1999), où le passé ne passe pas, en présage des trames traumatisées de La Vérité nue (2005) et Remember (2014). Le film, on le sait, fit à sa sortie son petit effet, en effet plébiscité. Plus de vingt-cinq ans après, sa sereine virtuosité en dévoile idem l’artificialité, voire la vacuité. Il semble que le cinéaste voulait adopter le point de vue d’une absente décédée, de la fifille enfuie du flic du fisc, mais la mise à nue assumée, moins au propre qu’au figuré, allez ailleurs vous astiquer, manque un peu d’âme, demeure à distance, sinon presque lestée de suffisance, comme si le maître des marionnettes suspectes, démiurge mateur, observait derrière sa glace sans tain l’entrecroisement des tristes destins, à l’instar du douanier,...

Pay the Ghost : Little Children

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Charlie sans chocolaterie, carnaval infernal, culpabilité de paternité… Le père frémit, il presse son cheval, Il tient dans ses bras l’enfant qui gémit ; Il arrive à sa maison avec peine, avec angoisse : L’enfant dans ses bras était mort. Goethe, Le Roi des Aulnes Délesté d’une sortie en salles hexagonales, réservé à la VOD, Pay the Ghost (Uli Edel, 2015) s’apparente, en effet, à un affreux téléfilm fantastique inoffensif, comme en produisent/diffusent « à la pelle » les spécialistes cyniques de la stakhanoviste Syfy, aïe. Cette transposition d’un bouquin de Tim Lebbon, Britannique prolifique, se caractérise par son insipidité, son aspect désincarné, formaté, prémâché, par ses effets spéciaux et ses jump scares au rabais, ressassés. Côté casting , Sarah Wayne Callies, venue de la TV, on le devinait, s’avère inexistante, transparente, écrasée par un rôle de mère endeuillée, d’épouse séparée. Quant à Joseph LoDuca , compositeur mineur, mais estimable, ...

Le Voyage en Arménie : Ararat

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La goûteuse cerise de l’ami Abbas ? Non, délectons-nous aujourd’hui d’un khorovadz ! En pensant à Arsinée Khanjian On apprécie depuis longtemps le cinéma de Robert Guédiguian, pas seulement parce qu’il portraiture en partie une ville que nous aimons, connaissons, où nous naquîmes, où nous vécûmes, comme aucun avant ni après lui : il existe mille Marseille, sur et hors de l’écran, et le sien paraît peut-être le plus juste, le plus immanent, le plus métonymique, tandis que celui d’un Pagnol s’étend à la Provence, que celui d’un René Allio s’entiche de Brecht ( La Vieille Dame indigne , déjà sis à L’Estaque), que Bill Friedkin se servit de la ville violente en décor spectral du prologue de French Connection , à l’instar de l’Irak du Nord hanté de l’ouverture de L’Exorciste . Verneuil (autre célèbre « Arménien de France ») y inscrivit ses souvenirs, Melville ses résistants, Bourvil en Corse d’occasion et Ventura à bout de souffle, Deray ses truands (ou...

Remember : Papy fait de la résistance

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre d’Atom Egoyan. Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard, Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge, Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !), Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! Baudelaire En observant l’ouverture de Remember , travelling avant plein cadre sur un visage vieilli endormi, on se dit que nous voici loin du formalisme de discours et de récit des premiers films de l’auteur. Un temps paresseusement associé par la critique, au siècle dernier, en vertu d’une nationalité partagée, à son compatriote Cronenberg, Egoyan élabore depuis une trentaine d’années une filmographie équilibrée, régulière (quinze longs métrages à ce jour + quelques incartades à la TV, pour les nouvelles versions de La Quatrième Dimension et Alfred Hitchcock présente ). De ce corpus canadien, Exotica (veine « érotique » prolongée par Chloé , resucée infidèle, l...