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Affichage des articles associés au libellé Naomi Kawase

Au pays de l’exorcisme : Les Bodin’s en Thaïlande

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  Pas de choc en toc à Bangkok, le train thaï ne déraille…   On le devinait avant l’arrivée du docte Lévi-Strauss : la « sauvagerie », relative, réversible, s’avère un point de vue, souvent malvenu. Au début, Bradley débarque, photographie, filme, se fait cirer, en contre-plongée, ses bottes de blond cow - boy , sirote sa bière, plus tard amère, souhait ensoleillé ; à la fin, le témoin capturé, captivé, flanqué d’un fils, orphelin de sa femme, ne retourne vers la « civilisation », que cristallise un hélico presque à la Coppo(la). Au lieu, seul, malheureux, de céder au désespoir, il redonne à voir le meilleur de sa mémoire, aussitôt ressuscite Maria, avec le vent, éternellement, déclarait-elle, elle l’accompagnera. Le village vandalisé, incendié, devenu « foyer » au carré, il convient de le « reconstruire », l’ultime image cadre donc cette réconciliation. Si la vie se poursuit, en dépit du deuil, de l’insecte sinistre, au...

Dans un jardin qu’on dirait éternel : Ça commence aujourd’hui

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  Retour à la perfection ? Parcours de la procrastination… Tea for two and two for tea Me and you and you and me La Grande Vadrouille (Gérard Oury, 1966) On ne changera pas le monde Mais il ne nous changera pas Jean-Jacques Goldman, On ira Pendant vingt-cinq ans, la narratrice apprend à faire du thé, de l’automne au printemps, de l’hiver à l’été. Au-dehors du sanctuaire hebdomadaire, des événements « inimaginables » surviennent, invisible et vaste univers, tandis qu’à domicile sa commerçante cousine si « franche » finit fissa par fonder une famille. Elle-même devient « auteure indépendante », perd son père, en coda accède à la succession des leçons. Toutefois tout ceci, tel le générique aquatique, au thème musical en mineur lyrique, dû à la douée Hiroko Sebu, itou compositrice du score de Je veux manger ton pancréas (Shin’ichirō Ushijima, 2018), semble glisser sur sa serviette en soie à (re)plier puis déplier avec une méticulosité d’in...

Paterson : Speed

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jim Jarmusch. La « petite musique » de Jim, on commence à la (re)connaître, presque à la trouver suspecte, on aimerait juste que Jarmusch, au moins une fois dans sa filmographie, prenne des risques, please . Après le plantage de l’à peine supportable Only Lovers Left Alive (2013), où le cinéaste mélomane ressemblait à un ersatz d’Anne Rice, (re)voici une chronique impressionniste, dont la torpeur impénitente, sinon impertinente, surtout en période de précipitation, cinématographique ou non, s’impose dès le premier plan, plongée d’aplomb sur les amants endormis. Au cours de sept jours, mon amour, en fin de semaine, Dieu se repose aussi, tant mieux pour Lui, on assiste par conséquent, cent dix minutes durant, à la routine répétitive d’un chauffeur d’autobus – classique, pas « articulé », tant pis – incarné par le bien nommé Adam Driver. L’admirateur de William Carlos Williams vit dans la ville homonyme ...

Que l’amour : Music of My Life

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« On vit tous en province quand on vit trop longtemps » ? On y (dé)chante aussi. Que l’amour montre en même temps un mystère et une mémoire, celui d’une épiphanie, celle de l’Algérie. « Abdel chante Brel » affirme l’affiche, obligeamment apposée à Alger, alors, par conséquent, on l’entend, on assiste au(x) spectacle(s), auparavant à l’installation, aux répétitions, le principal intéressé entouré de ses potes ou partenaires intéressants, à côté travaillant, comme lui-même, loueur de voitures presque naval, estival, parisien adoptif délocalisé au Pays basque. Ce documentaire dynamique et sincère, jamais angélique ni austère, épouse une courbe bien (re)connue, d’une ascension suivie d’une chute, utilisée à plusieurs reprises par le ciné US fictif, a fortiori psychologique, mis en musique, à dimension (mél)dramatique, remember l’exemplaire The Rose (Mark Rydell, 1979), vrai-faux biopic d’une certaine Janis Joplin. Ce qui devait constituer une sorte de cour...

Mr. Long : Les Délices de Tokyo

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Sabu. Après une intro à la Tarantino, parlote rigolote de tueurs en chœur, remember Reservoir Dogs (1992), une relecture culinaire de L’Été de Kikujiro (1999) ? Oui et non, car si ce professionnel ronfleur, monolithique, mutique, aux mains lavées, à l’âme malade, doit beaucoup à son homologue selon Kitano, le métrage possède sa propre personnalité, fait penser, de manière mesurée, aux Sept Samouraïs (Kurosawa, 1954), à Clean (Assayas, 2004) et à l’ item de Naomi Kawase (2015), sous-titre d’article, tandis que l’étreinte ultime, bouleversante, exaltante, nouveau contrat, larmes de joie, que fais-tu là, tous vous voilà, renvoie vers la coda idem du Voleur de bicyclette (De Sica, 1948). Correspondance cohérente, puisque Mr. Long (2017), opus en partie à propos de paternité, y compris empêchée, par procuration, par adoption, se soucie à son tour de social, cartographie un quartier, à défaut d’un pays, pau...

Cargo : Deux jours, une nuit

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Marche et démarche, histoire de couple au cube, promesse dépourvue d’ivresse. Cargo commence au crépuscule, heure en effet magique pour directeur de la photographie et métaphore pour un continent-Occident au coucher de sa destinée. « Un film original Netflix » ? Pas tout à fait, puisque développement d’un court homonyme et magistral millésimé de 2013, lui-même viral en bonne logique diégétique. Ben Howling & Yolanda Ramke viennent de la TV, de la télé-réalité ; ils viennent aussi d’Australie et leur premier long métrage ressemble parfois à un dépliant touristique, horrifique, survolé en drone et lesté de politiquement correct. Au menu du zombie flick peuplé d’infectés à la périphérie du récit, un double tandem père-fille, des paysages d’un autre âge, propice au temps rêvé local, quelques Aborigènes en survivants cléments, en gardiens communautaires, voire communautaristes, de la mimi Rosie, unique Blanche encore immaculée d’enfance. Une gamine s’occ...

Le Sang des bêtes : Abattoir 5

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Fonction heuristique du cinéma, au risque de couper l’appétit à la cinéphilie jolie.        Dans l’envoûtant Les Yeux sans visage (1960), Pierre Brasseur, chirurgien meurtrier d’une fille défigurée, finit dévoré par ses propres chiens délivrés. Dans Le Sang des bêtes (1949), point de chenil ni d’assistante dévouée, énamourée, moins encore de revanche d’espèce, rien que la rationalisation, la banalisation, d’une extermination, comme les camps du même nom, car ce court film courageux, malicieux, ose se souvenir d’Auschwitz et se confronter à une difficile figuration. Dès l’innocente brocante de Vanves, on pense aux biens spoliés, rassemblés en pyramides dans des pièces vides, recyclables ou pas. Le métrage de Franju nous apprend d’ailleurs que les sabots deviennent engrais, que des religieuses, cadrées de dos, récupèrent les gélatineux amas de graisse, Dieu sait ce qu’elles en font ensuite. En quatre temps ou stations, presque au sens christi...