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Affichage des articles associés au libellé Jacques Besnard

Panique à Pigalle

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  Exils # 95 (21/03/2025) Les détracteurs (des deux sexes) de Deneuve devraient (re)découvrir ce film libre, comme un condensé (du ciné) des années soixante-dix, que l’actrice co-produisit avec Berri (caméo de client) et l’Italie (d’où le sous-titre explicite Non si possono strappare le stelle ), qu’elle qualifiait au fil des années (à juste titre) d’insolite et de poétique. É chec économique et critique, sorte de version hardcore des Demoiselles de Rochefort (Demy, 1967), Zig Zig (Szabó, 1975) jamais ne démérite (depuis le prologue clopin-clopant jusqu’à l’épilogue poignant), s’apparente à un happening (un peu d’impro mais pas trop), comédie aux éclats de mélancolie conclue au milieu des flammes et des larmes du mélodrame. Si l’on songe bien sûr à Belle de jour (Buñuel, 1967) et in extremis à Thelma et Louise (Scott, 1991), ce métrage de son âge possède sa propre identité, sa renversante vitalité, une trivialité moins satirique que celle de Ferreri (pas seulement celui d...

Le Clan des clandestins

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  Exils 90 (28/02/2025) L’identité, surtout celle d’un exilé, ne tient à rien ou à peu, à une couleur ou à une coupe de cheveux. Lorsqu’en coda Nino revoit Elena, on ne la reconnaît presque pas, son front dégagé durcit ses traits. L’Italien toujours sur le point de partir, de revenir, ô gare, ô désespoir, arbore une crinière bicolore, un pansement blanc, des cicatrices sombres : peu de temps avant, il fracassait sa face dans un miroir de bar, sillage de match de foot à la TV, de supporters insultant l’équipe transalpine (« pourris » et « chiens » parce qu’ils le valent bien), de méprise homophobe (« Je ne suis pas une tante » qu’il se lamente). Si le blondinet adore d’abord l’imposture de sa teinture, paraît enfin trouver sa place et trouver grâce auprès des indigènes germanophones, gueule parmi la meute, « à Rome fais comme les Romains », crétin, il ne résiste au cri, au « goal » de sa gorge, instant surdécoupé de silenc...

Jo : Madame Claude

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  Répétition, reproduction, consternation, continuation… Comme si Oscar (Molinaro, 1967) croisait Sœurs de sang (De Palma, 1972) – pas de corps, pas de crime, yes indeed , canapé compris, oh oui. Cette comédie macabre, en écho délocalisé, assourdi, à La Corde ou Mais qui a tué Harry ? (Hitchcock, 1948, 1955), se base sur une pièce du couple Coppel, le sieur Alec d’ailleurs vrai-faux scénariste de La Main au collet ou Sueurs froides (Hitch, 1955, 1958), ici transposée en partie par Claude Magnier, le dramaturge/adaptateur du premier film cité, CQFD. Elle appartient à la fin de la filmographie de Louis de Funès, douze titres étalés sur une douzaine d’années, de 1970 à 1982. Entre trois tomes des (més)aventures de l’increvable et assez dispensable Gendarme ( en balade , et les Extra-terrestres , et les Gendarmettes , Girault, 1970, 1979, 1982), de Funès, au propre, au figuré, ne se repose, n’indispose, tente des expériences, témoigne de son temps. Ainsi, Sur un arbre ...

Les Aventures de Rabbi Jacob : Yiddish Connection

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  Papillotes à la flotte ? Persévérance de la tolérance… À la mémoire de Claude Giraud (1936-2020) Comédie politique moins didactique que Le Dictateur (Chaplin, 1940), moins théâtrale que To Be or Not to Be (Lubitsch, 1942), Les Aventures de Rabbi Jacob  (Oury, 1973) cartographie une France en fuite et enfuie. Danièle Thompson l’affirme en effet impossible à refaire aujourd’hui, en raison de (dé)raisons de saison. Entre chabbat et chewing-gum , le cinéaste lui-même sémite, ici aussi en famille, flanqué de sa scénariste de fifille, déploie une course-poursuite very seventies , doublée d’une œcuménique moralité, à base d’hassidisme, d’antisémitisme, de racisme et de terrorisme. Ouvrage à la genèse presque piège, opus alors d’actualité, à la sortie compliquée, au rassurant succès, Les Aventures de Rabbi Jacob comporte une célèbre scène de danse, démonstration par l’image et le son que si l’habit ne fait pas le moine, il ne défait le vrai-faux rabbin, le transforme...

Le Bar du téléphone

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  Un métrage, une image : La Belle Affaire (1973) Merci à Jacqueline Waechter « Vous avez devant les yeux la pire misère du monde : être muet de naissance, pour un Marseillais… » – co-écrit par Robert Thomas, le dramaturge de 8 femmes (Ozon, 2002), lui-même auteur d’un diptyque a priori exotique, voire horrifique ( Mon curé chez les nudistes , 1982 + Mon curé chez les Thaïlandaises , 1983), dialogué par Jean Halain, collaborateur régulier de Hunebelle, musiqué par l’estimable Gérard Calvi, La Belle Affaire s’avère une comédie de gangsters garnie assez réussie, pas trop rassie, servie par le réalisateur en définitive peu prolifique ni épuisant du Grand Restaurant (1966). Dégagé le gourmet de Funès, bye-bye à la bruyante grisaille des avions et des environs de la capitale, notre couple en déroute de cafetiers déprimés, pas si désargentés, sans tarder vend son brinquebalant établissement et dans le midi pas en taxi (à la sauce Besson) descend. À Marseille, la...

Fantômas : Un pays qui se tient sage

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  Adieu au sérieux, bienvenu au malvenu… …la Déesse est d’abord un nouveau Nautilus. Roland Barthes, La nouvelle Citroën , Mythologies , 1957 De plus, il n’y a pas d’histoire apolitique. La politique se glisse toujours dans les histoires. Christian Petzold, entretien du dossier de presse de son Ondine (2020) Un demi-siècle divise Fantômas (1913) et Fantômas (1964), cependant deux productions Gaumont ; une guerre, en partie française, les agrège, « Grande » ou « sans nom ». (Louis) Feuillade affichait sa frontalité (de proscenium ), sa profondeur (de champ), sa fatalité (de fuite), pour un polar de (peine) capitale, de couperet pirandellien, premier opus d’un serial plébiscité, surtout par les surréalistes. André Hunebelle, « un vieux monsieur délicieusement courtois et bien élevé », dixit , sur son site , la mimi Mylène (Demongeot), armé de son fidèle tandem de scénaristes, dont son propre fils, le dialoguiste Jean Halain, à ne pa...

L’Aile ou la Cuisse : À couteaux tirés

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Haut-le-cœur ? Resto(s) du cœur… Film de fatigue et de filiation, film prophétique et réflexif, L’Aile ou la Cuisse (Claude Zidi, 1976) s’avère en plus un art poétique et un divertissement politique. Si l’argument (et le déguisement) reprend (en partie) Le Grand Restaurant (Jacques Besnard, 1966), témoigne de son temps (indépendant, inquiétant), une décennie suffit (à modifier la donne) : Louis de Funès , récemment hospitalisé pour de sérieux soucis de santé, veut (et doit, dit le docteur) se réinventer, se modérer, quitte à revenir au muet révéré (le Mel Brooks audacieux de Silent Movie , 1976, acquiesce). Au creux du contexte de crise(s) des seventies , de la filmographie du fragilisé « Fufu », L’Aile ou la Cuisse se situe ainsi entre l’antiracisme des Aventures de Rabbi Jacob (Gérard Oury, 1973) et l’écologie de La Zizanie (Zidi, 1978), sorte de réponse hexagonale au spatial (et US) Silent Running (Douglas Trumbull, 1972), tandis que Le Grand Bazar ...

Gros dégueulasse : Le Complexe du kangourou

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Existence et flatulence, gagnant pourtant perdant… Produit par Alain Siritzky, propriétaire de l’interminable franchise Emmanuelle , réalisé par Bruno Zincone, monteur pour Raymond Depardon ( 1974, une partie de campagne , 1974) & Jean-Pierre Mocky ( Noir comme le souvenir , 1995) mais aussi, surtout, pour les polissons Jean-Marie Pallardy & Pierre Unia, ou le supérieur Francis Leroi ( Emmanuelle au 7ème ciel , 1993, après Emmanuelle 6 , 1988, fissa finalisé par un certain Jean Rollin, puisque Zincone cinéaste aussitôt remercié), Gros dégueulasse (Zincone, 1985) s’avère une satire terminée en mélodrame. Le courageux Maurice Risch, autrefois flanqué de Louis de Funès ( Le Grand Restaurant , Jacques Besnard, 1966, Le Gendarme et les Gendarmettes , Jean Girault, 1982) ou depuis passé par Maurice Pialat ( Nous ne vieillirons pas ensemble , 1972), François Truffaut ( Le Dernier Métro , 1980), Bertrand Blier ( Beau-père , 1981) et ensuite Pascal Thomas (trilogie des anné...

Le Grand Restaurant : Soul Kitchen

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Mets réchauffé ? Plat sympa… Si Charlie Chaplin, à l’occasion du précurseur (courageux) Dictateur (1940), portraiturait un Adolf Hitler dédoublé, solitaire, destiné à perdre (la raison, un ballon), in extremis rédimé, au moins sous les traits de son imitateur (voire l’inverse) sémite, via un discours à l’humanisme lacrymal, Louis de Funès, dirigeant Le Grand Restaurant (Jacques Besnard, 1966), donne dans le bref, le modeste, le souvenir, le rire (vingt-et-un ans) après le pire. Ce projet personnel, pensé, repensé, retardé, concrétisé grâce à son statut de star , accessoirement co-écrit par les soins du principal intéressé, outre une satire (assez) savoureuse des mœurs d’un établissement gastronomique, en sus d’une méditation en action(s) sur la démission (présidentielle), constitue, en tout cas durant une scène (de recette) célèbre, une sorte d’avant-goût de La Grande Vadrouille (Gérard Oury, 1966), comédie révisionniste sortie dans la foulée, la même année, vouée a...

Les Petits Maîtres du grand hôtel : Garçon !

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            La lucidité ? La placidité. Le hiatus  ? Le consensus . L’addition ? L’omission. Les premiers plans symétriques, géométriques, de cuisine, de salon, d’escalier, rappellent bien sûr Shining (Stanley Kubrick) mais, même si l’on y chante, on déchante assez vite, tant pis, devant cet Overlook délocalisé du côté de Grenoble, mis en musique(s) par un émule de Jacques Demy. Les Petits Maîtres du grand hôtel (Jacques Deschamps, 2019) ressemble trop à un documentaire comportementaliste, plutôt que chorégraphique, pour chaîne de TV co-productrice, suivez mon regard vers France Télévisions. En province, après deux projections en salle encore estivales, seul votre serviteur servit de spectateur. Cependant, l’idée de ponctuer le quotidien peu serein des lycéens spécialisés par des clips en regard caméra, donc de transcender un film choral en film de chorale, ne manque point de pertinence, ni de goût, histoire de...