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Affichage des articles associés au libellé William Wyler

New Yorke

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  Exils # 146 (02/12/2025) Howard Hawks se moquait de la sentimentalité de John Ford, mais Rio Grande (1950) s’avère presque pudique et modéré par rapport à l’expressivité de Pagnol ( Marius , Korda, 1931), c’est-à-dire de Raimu & Fresnay, père et fils enlacés. Dans un plan-séquence assez intense, la remarquable Maureen O’Hara essuie une larme, son rejeton embrassé à trois reprises – front, nez, lèvres – ne désarme. Néanmoins l’émotion irrigue tout le film, tel le fleuve qui le baptise, se rebaptise Bravo du côté de Mexico, Howie dit oui, frontière liquide à ne pas franchir au jeu dangereux « du chat et de la souris », finalement franchie afin de secourir des enfants captifs rassemblés à l’abri d’une église, croix de volets en meurtrières fissa transformées, comme si Oradour se délocalisait, contre-attaquait. Du chœur ecclésiastique au chœur acoustique, voire l’inverse : les hommes chantent, enchantent, déchantent ; ils « massacrent » aussi les Apach...

La Preuve par l’épreuve

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  Exils # 107 (12/05/2025) Pour Patrick Dans Survivre à Hollywood , titre programmatique, le cher Fleischer se souvient de l’oraison de Robinson, de l’émotion de Heston, qualifie le film, avis d’Eddy, « de premier ordre », doté d’une histoire « qui a du fond  ». La valeur de Soleil vert (1973) se situe ici aussi, histoire d’amour entre deux hommes non plus amicale et homosexuelle ( Ben-Hur , Wyler, 1959) mais cette fois-ci filiale et paternelle. Plus proche du « charognard » coriace de L’Inspecteur Harry (Siegel, 1971) que des serviteurs dessillés des sinistres sociétés du Meilleur des mondes , 1984 , Fahrenheit 451 , émules de Paul sur le chemin de Damas, le « détective » indocile et anti-émeutiers affamés se nomme Thorn, patronyme explicite de déchirement piquant, tel le père infanticide, avatar d’Abraham, de La Malédiction (Donner, 1976). En « 2022 », à New York la glauque, chacun se fiche de l’Antéchrist, du maléfique me...

Alphabet City

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  Un métrage, une image : Le Cavalier noir (1961) Dans Le Petit Monde de don Camillo (Duvivier, 1952), Fernandel affrontait Cervi, maire communiste et meilleur ennemi. Dans The Singer Not the Song , Mills ne désarme devant Dirk Bogarde, vaurien luciférien à fin félin. Classer Le Cavalier noir en vrai-faux western homo vers Mexico relève de l’évidence – une imagerie dédiée à l’homosexualité, comme dirait Brigitte Lahaie – mais cette dimension d’attraction/répulsion masculine, dommage pour la mimi Mylène Demongeot, mise disons KO, sortie du trio, esseulée va-t’en, châle rouge sang, qui en conclusion culmine, tandem de mecs mortellement touchés, tendrement enlacés, salut au SM de Duel au soleil (Vidor, 1946), ne saurait dissimuler la dynamique de la moralité. Plus près du contemporain Léon Morin, prêtre (Melville, 1961), idem mélodrame adapté d’un bouquin écrit au féminin, Béatrix Beck substituée à Audrey Erskine Lindop, sinon de Sous le soleil de Satan (Pialat, 1987...

La Maison aux sept pignons : Les Sorcières de Salem

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  Exorcisme ? Libéralisme… Mélodrame drolatique et adaptation politique, The House of the Seven Gables (Joe May, 1940) fait se croiser La Splendeur des Amberson (Orson Welles, 1942) et Le Comte de Monte-Cristo , tandis que sa « evil house » métaphorique anticipe « l’horreur économique » de Amityville : La Maison du diable (Stuart Rosenberg, 1979). Scénariste bientôt sur blacklist et surtout communiste, Lester Cole ne condamne le capitalisme, ni le (petit) commerce, a fortiori de sucreries à domicile, mais il vomit « l’avidité », « l’égoïsme » de l’américaine « humanité », il les transforme fissa en péché originel, cause d’une « malédiction » d’occasion, médicale et létale. Construit en deux parties et en boucle bouclée, le récit s’amuse de la mélancolie de ses reflets, de ses miroirs dédoublés, sexués. Ici, il suffit d’un fondu enchaîné afin d’au final et durant un instant effacer le poids des ann...

Le Fils de Spartacus : Centurion

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  Divertissement régressif ? Parabole pas frivole… Péplum politique, pardon du pléonasme, opus (dé)placé en Égypte, surprise symbolique, Le Fils de Spartacus (Sergio Corbucci, 1962) ne capitalise sur le succès de Kubrick Stanley ( Spartacus , 1960), possède sa sienne personnalité, dialogue avec d’autres. Comme Moïse & Ben-Hur, Randus doit se rendre à l’évidence de ses véritables origines dérangeantes, il doit aussi assumer un messianisme ensablé à la Dune (David Lynch, 1984) et l’épée paternelle, posée sur un mausolée en plein soleil, sur laquelle se termine le film, annonce celle de Conan le Barbare (John Milius, 1982), encore un conte pas con d’émancipation, de dessillement d’antan, d’éveil cruel des consciences enfin au courant, de l’absurde asservissement romain, du bien nommé Thulsa Doom du sinistre venin. Réel réalisateur, l’auteur de Romulus et Rémus (1961), Django (1966), Le Grand Silence (1968) compose chaque plan, manie la double focale à la De Palma,...

Sonny Boy : Le Secret de la pyramide

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  Au miroir, se voir, se décevoir, reflet d’humanité tourmenteuse et tourmentée… L’orphelin affolant et affolé de Sonny Boy (Robert Martin Carroll, 1989) transforme fissa L’Enfant sauvage (François Truffaut, 1970) en gosse policé ; quant au clan de cannibales de La colline a des yeux (Wes Craven, 1977), comparé à sa famille à fond dysfonctionnelle, il fait figure de modèle de normalité. De la même manière, ce grand petit film libre, à la fois western moderne, conte d’éducation déplorable et impitoyable tout sauf (à la) con, comédie noire et mélodrame identitaire, éclaire d’une crue lumière le mépris, l’ineptie, de notre médiocre modernité, de son ciné vacciné, aux téléfilms friqués, à peine dissimulés, au mainstream muselé. Davantage différent que déviant, souvent surprenant et in extremis émouvant, Sonny Boy date donc de la fin des années quatre-vingt, il attendit deux ans avant d’être distribué, voire sacrifié, il ne connut aucun succès, qu’une carrière écourtée,...

Survival of the Dead : L’Île des morts

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  SOD ? Sad… « Rien ne marche ici » : Romero termine donc sa filmo via ce « western automnal », comme je le résumais au sein de son petit portrait, de sa nécrologie jolie. Survival of the Dead (2009) mérite malheureusement sa mauvaise réputation critique, sinon publique, surtout après la réussite esthétique, satirique, poétique, politique, des opus précédents, pentalogie d’anthologie composée, on le sait, par Night of the Living Dead (1968), Dawn of the Dead (1978), Day of the Dead (1986), Land of the Dead (2005) et Diary of the Dead (2008). Toutefois, fête des défunts dominicale oblige, voici ce billet un brin désabusé. Romero relirait en Ontario Les Grands Espaces US de William Wyler (1958) ? Peut-être, qu’importe, puisque le conte horrifique, drolatique, prend l’eau assez vite, a contrario du ferry de nuit utilisé par les sympas soldats. On pourrait écrire que Survival of the Dead  passe ainsi à côté de son beau sujet, à savoir l’espoir...

House : Good Morning, Vietnam

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Hantise intime, culpabilité exp(l)osée, propriétaire en enfer…   Somewhere after midnight In my wildest fantasy Somewhere just beyond my reach There’s someone reaching back for me Racing on the thunder and rising with the heat It’s gonna take a superman to sweep me off my feet Bonnie Tyler, Holding Out for a Hero Au siècle dernier, c’est-à-dire en 1986, sortirent deux titres se souvenant des ravages du Vietnam : House + Platoon . Si Oliver Stone, alors en mode autobiographique, opte pour la transposition réaliste, Steve Miner favorise le fantastique, le contrapuntique. Mais on retrouve, d’une bande à la suivante, une identique posture caractéristique, sinon christique, celle d’un soldat au sol, agenouillé, les bras levés. Pourtant, ici, point de ralenti trop joli, ni d’adagio (de Samuel Barber) à trémolo. Confrère du fameux Stephen King, moins productif et moins riche, Roger Cobb décide donc de ne plus vendre la maison de sa tante pendante, puisqu...

Ben-Hur : Et vogue le navire…

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  « 41 » x 4, duel de regards, moment orgasmique… Plus de soixante ans après sa sortie en salles, malgré de multiples (re)diffusions à la TV, Ben-Hur (William Wyler, 1959) n’endure aucune usure, conserve avec insolence la puissance de son prosélytisme spectaculaire. Ce mélodrame masculin, sorte de Monte-C(h)risto à moitié homo, merci au co-scénariste Gore Vidal, tout sauf Vandale, constitue un sommet de classicisme hollywoodien, quasi racinien, où l’auteur (très) estimable de L’Insoumise (1938), L’Héritière (1949), Vacances romaines (1953), L’Obsédé (1965) ou Funny Girl (1968) pourtant déploie son point de vue et sa maestria, fait à chaque plan, à chaque instant, du cinéma, au sein et au-delà de la célèbre « transparence » étasunienne. Leçon de cadrage, de découpage, d’assemblage, de caractérisation, d’accélération, de composition, musicale et picturale, la fameuse séquence de la marche (immobile) des galériens le démontre bien. Il s’agit certes ...

La Mort aux trousses : Mourir peut attendre

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Sept spectateurs, une seule splendeur… La Mort aux trousses (Alfred Hitchcock, 1959) maousse, un grand divertissement brillant, semant insolemment ses poursuivants, réduisant à néant ses descendants, bondesques ou non ? Certainement, mais pas seulement. En revisitant, en salle provinciale hélas dépeuplée, en version originale sous-titrée, en résurrection cyclique, en projection numérique, le périple du publicitaire tout sauf austère, on se surprit à savourer aussi, en sus de l’ensemble du reste déjà célèbre, célébré, un opus politique, où, pardon pour la formulation explicite, les raisons du cœur baisent in extremis la raison d’État quand même complice, pensez au plan de pénétration par procuration placée après l’arrivée-sauvetage de la police. Muni d’une dream team – le créateur de générique Saul Bass, le directeur artistique Robert F. Boyle, le directeur de la photographie Robert Burks, le compositeur Bernard Herrmann , le scénariste Ernest Lehman, le monteur Geor...