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Affichage des articles associés au libellé Andy Warhol

Le Méchant Photographe

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  Exils # 53 (03/10/2024) Connu du lectorat des anciens Cahiers du cinéma , dorénavant président de la Fondation Cartier-Bresson, Serge Toubiana introduit un bel album composé d’environ une bonne centaine de reproductions et assorti de quatre essais, dont celui du directeur de l’ opus et de l’organisme précité, le spécialiste Clément Chéroux. Tandis que les dames (Isabelle Bonnet & Cynthia Young) se soucient d’archives, de « scène de crime », de « presse tabloïde », d’ascendance (Daumier), de descendance (Cindy Sherman), les messieurs (David Campany en prime) désirent résoudre « l’énigme Weegee » ou retracent le rôle de « The Famous » sur le tournage de Docteur Folamour . « Il fotografo cattivo », tel l’appelle la presse italienne, en effet se piqua un peu de cinéma, effectua un caméo chronométré dans le dégraissé Nous avons gagné ce soir , apprécia Lolita et Les Sentiers de la gloire , assure-t-il à Peter Sellers qui lui e...

What a Feeling

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  La femme infâme, l’homme de maldonne, les gamins guère sereins…     L’an suivant, le disque de Reed en possédera cinquante ; le redécouvrir aujourd’hui équivaut à s’avérer à nouveau séduit, voire sidéré, via son indépendante radicalité, sa sombre beauté, son exigeante complexité. Certes exécuté par une certaine critique américaine, cependant certifié par les interprofessionnels industriels anglais, ainsi pas si maudit, en dépit d’un insuccès d’épicier, Berlin brille et illumine d’une lumière de ténèbres, manie la stimulante déprime de Jim, se termine de manière presque impossible, mantra épique de distance, sinon de renaissance, ironique, « chanson triste » tout sauf défaitiste. Plus proche de Pialat & Żuławski, ceux de Nous ne vieillirons pas ensemble (1972) puis Possession (1981), que des Gainsbourg & Birkin (ou Bardot) de Je t’aime… moi non plus , ce mélodrame littéral, narré au moyen d’une acrimonieuse et jamais miséricordieuse perspective masculi...

Le Voyeur absolu

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  Maintenant des images-mots, une demoiselle de « machine de compagnie » bientôt…   Des visages. Des paysages. Des preuves. Des produits. Tout ceci se visite sur un seul site : Brieuc Le Meur Photography . Tout ceci séduit, élargit l’horizon et l’esprit, permet de se déplacer immobile, de déplacer les lignes, celles de la perspective, celles de la prospective. Les images du photographe ne ressemblent dès lors à des natures mortes, même s’il exerce, fi de frontières, un art de toute façon funéraire. Elles incitent au récit, elles racontent quelque chose de sa vie à lui, aussi. En couleurs, en noir et blanc, de face, de profil, les portraits immanents défilent, ceux des femmes dotés d’un érotisme subtil, ceux des hommes d’une convivialité bonhomme. Les modèles, tout sauf modèles, non formatés, non faisandés, nous regardent sans prendre garde, sans être déifiés, se défier, photographies de confiance, de connivence, de sourires, de désirs. Dans En marge , son auto...

Road House

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  Mystères de l’amour, misères de la mort… Au début de ce mois, Julee se suicida. En plus du lupus , salut à Seal & Selena, elle souffrit, semble-t-il, d’une dépression, dit-on. Soixante-cinq années représentent peu, par rapport à la majorité, à l’humanité, à l’éternité, toutefois lui suffirent à acquérir l’immortalité impressionniste du souvenir. À l’orée du CV, la voilà en Iowa ; au terme d’une brève vie, ternie par la maladie, elle s’endort du grand sommeil au sein du Massachussetts, les Bee Gees en gémissent. Entre-temps, la jolie Julee ne perdit pas de temps, collabora un paquet de fois, bien sûr scella son destin illico , au sommet de pics jumeaux, parmi deux hommes pas à la gomme, quel bien beau trio que celui-ci, David Lynch, Julee Cruise, Angelo Badalamenti. La fifille de dentiste, par un fil suspendue dans les airs jadis, puisque première symphonie industrielle, créée par le précité tandem , se fendit en sus de diverses reprises, de Bowie & Eurythmics, étra...

The Private Afternoons of Pamela Mann : Blow Job

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Demi-journées à partager, bobines à adouber… Tourné en moins d’une semaine, métrage de mises en scène, celle du récit, celle de la réalisation, The Private Afternoons of Pamela Mann (1974) repose sur une filature d’imposture : un privé à la Powell ( Peeping Tom , 1960) espionne une épouse soupçonnée, a priori décomplexée. La dernière scène démentira les pseudo-doutes du mari, scellera sur l’oreiller la complicité amusée du couple point en déroute. À l’ultime plan, un rideau descend, surprenant, cohérent, toile d’écran où se mire la lumière du projecteur mateur, amateur. Estimable film méta, Les Après-midi privés de Pamela Mann s’apparente à un art poétique, à une allégorie analytique. New-yorkais, cinéphile, universitaire, opérateur pendant la guerre (de Corée), monteur (de trailers ), auteur-adaptateur d’écrivains classiques, de Jeanne de Berg & Violette Leduc, admiré par Andy Warhol, honoré par une rétrospective à UCLA, par un dépôt au MoMA, Radley Metzger...

Shaft’s Big Score : Assurance sur la mort

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Un film de/avec/pour « les Noirs » ? Un incipit explicite de franc « film noir ».  Une voiture, une bombe, la ville, la nuit : l’ouverture de Shaft’s Big Score (1972) revisite bien sûr celle de La Soif du mal (1958), mais point de plan-séquence intense ici, ni même de suspense en effet « explosif ». Le réalisateur/compositeur Gordon Parks reprend du service, ne se prend pas Orson Welles, délaisse la sensation de temps réel, abandonne la durée au profit de la binarité, du montage alterné, comme au bon vieux temps des pionniers du ciné US, surtout d’un certain David Wark Griffith. Ce prologue met en parallèle la mobilité du privé au volant et l’immobilité agitée d’un quidam de magasin, l’attention du premier, la tension du second. Les trajectoires se tissent, déjà complices, accompagnées sur la bande-son par une theme song en assez bonne imitation du supérieur Isaac Hayes, ersatz dû à Parks himself , où O.C. Smith chante plutôt ...