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Affichage des articles associés au libellé Tod Browning

Corps (d’)étranger

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  Exils # 131 (02/10/2025) Dans L’Inconnu (Browning, 1927), l’amoureux et dangereux Lon Chaney, lanceur de couteaux avec ses pieds, se faisait amputer des deux bras, fi de la phobie tactile de Joan Crawford, hélas éprise d’autrui, tant pis pour lui. Presque une centaine d’années après, dans Above the Knee (Bøe, 2024), Freddy Singh, acteur, co-scénariste et co-producteur, ne supporte plus sa jambe gauche, c’est-à-dire diabolique, qu’il perçoit en train de pourrir, qu’il prépare au pire. Incarnation à son corps défendant et obsédant de notre époque, celle du DIY, le quidam de domestique et médical mélodrame souffre du syndrome de la DIC (dysphorie de l’intégrité corporelle), que détaille à la TV une vraie-fausse aveugle, victime vite complice pas jusqu’au-boutiste, portée sur les piqûres d’anesthésiant et le vaudeville malséant, en écho aux dingos de Misery (Reiner, 1990) et Liaison fatale (Lyne, 1987). À l’écart de sa compagne compatissante, l’ancien alcoolique dépressif, r...

Demain le chien

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  Exils # 125 (04/09/2025) En dépit des a priori , Black Dog (Guan, 2024) n’évoque Mad Max (Miller, 1979) ni Freaks (Browning, 1932), ne ranime Atomik Circus (Poiraud & Poiraud, 2004) ou fait penser à Umberto D. (De Sica, 1952). La comédie dramatique et laconique quasiment démunie de musique dite extra -diégétique, hormis le lyrisme d’une traversée encerclée de canidés, la séquence de l’éclipse au son d’une chanson de Pink Floyd, à laquelle réplique celle du générique, chronique donc une reconstruction en doublon, d’un individu et d’une ville, le premier sort de prison, la seconde attend des usines. Tandis que les hommes ne contrôlent que quelques quartiers, dont un commissariat au personnel presque sympa, plus serviable que fana de la fouille rectale, quoique, car un quidam d’accident emmerde le monde en réclamant son argent, le récent détenu peu loquace et pourtant libéré sur parole se voit vite désapé au poste, les animaux désertent le zoo, même le tigre dit de Mandc...

El Jodo

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  Exils # 68 (08/01/2025) « Do you want to go on? » demande l’alchimiste au voleur, c’est-à-dire le cinéaste à l’acteur. Certains spectateurs répondront non, moins fans et financeurs qu’Ono & Lennon. Cependant ce métrage de son âge se suit sans déplaisir, constamment amusant à défaut d’être surprenant. Une cinquantaine d’années après sa sortie limitée, doté d’un budget de millionnaire utilisé à moitié, La Montagne sacrée (1973) ne ressemble en rien à un évangile ni à un texte bouddhiste, n’en déplaise au polyvalent stakhanoviste, ici scénariste, réalisateur, compositeur, costumier, décorateur et producteur. L’auteur de BD remarqué vient du mime et du théâtre, tendance panique, il connaît donc l’éloquence du silence, le mouvement des tableaux vivants. Adapté de Daumal vaguement, d’un livre de chevet de Mitterrand, l’ opus magnum rappelle bien sûr Buñuel & Fellini, le Mexique au passage patrie d’adoption du drôle d’Espagnol. Le Chilien taquin tacle autant les...

Monnaie de singe

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  Un métrage, une image : Un jour au cirque (1939) Les multiples Marx n’amusaient guère Mayer, qui leur colla aux basques un Buster Keaton déjà sur le déclin, réduit au triste statut de gagman à distance, voire en concurrence avec ce type de comique(s). Éclairé par Leonard Smith, partenaire régulier du précité, de plus DP des Poupées du diable (Browning, 1936), d’un diptyque exotique ( Tarzan s’évade + Tarzan trouve un fils , Thorpe, 1936, 1939), sa direction artistique supervisée via l’incontournable et bien nommé Cedric Gibbons, At the Circus possède ainsi le professionnalisme impersonnel d’un produit MGM, en l’occurrence chapeauté par Mervyn LeRoy, pas encore aux prises avec les fauves de Quo vadis (1951).  Derrière la caméra, l’obscur Edward Buzzell, (dé)formé à Broadway ; devant, trois grands garnements, face à trois femmes fréquentées, fréquentables, certes à fond faire-valoir, mais jamais dérisoires : la fidèle Margaret Dumont, veuve joyeuse...

Je m’appelle Victor

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  Un métrage, une image : Larmes de clown (1924) À   l’écuyère Waechter Chez Fellini ( La strada , 1954), une mère misérable, sens duel, monnaie le fruit de ses entrailles ; chez Sjöström, un père arrange le mariage de l’héritière de misère, vaille que vaille. Larmes de clown , titre alternatif des Clowns (1970) assez sinistre du réalisateur italien, parce que, véritables, ils le valaient bien, à ne confondre avec Le jour où le clown pleura (Lewis, 1972), la Shoah, etc ., commence comme un drame bourgeois, de Faust une version vaudevillesque, fi toutefois de Méphistophélès. En écho à Federico, il s’agit aussi d’une œuvre sur la découverte du mal, du mâle, sentimentale et morale. Quatre avant l’avènement de l’éprouvant Le Vent (1928), le cinéaste suédois cède à l’appel des sirènes de la naissante MGM, son Mayer de patron, sa mascotte de lion, animal local qui, in extremis , bouffera les fautifs, massacrera le tandem de mecs malhonnêtes, chouette. Associé...

De sang-froid

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  Un métrage, une image : Les Ailes de la nuit (1997) Toi, jeune homme, ne désespère point ; car, tu as un ami dans le vampire, malgré ton opinion contraire. Lautréamont, Les Chants de Maldoror S’il souffre d’une facture très TV, The Night Flier possède pourtant plusieurs qualités. Produit   par Richard Rubinstein, trésorier de Romero ( Martin , 1977, Zombie , 1978, Creepshow , 1982), fidèle financier de films ou téléfilms adaptés d’après Stephen King ( Simetierre , Lambert, 1989, Darkside : Les Contes de la nuit noire , Harrison, 1990, le longuet Les Langoliers ), tourné en un mois recta , diffusé sur le petit avant le grand écran, voilà le premier titre et presque l’unique du peu prolifique Pavia, ensuite signataire d’un obscur Fender Bender (2016), puis disparu des radars, routiers, clin d’œil à l’ item précité, en compagnie de son épouse Julie Entwisle, actrice tout aussi éphémère, ici castée en Katherine Blair, bientôt patronyme homonyme de sorcière forestière ( ...

J’ai pas sommeil

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  Un métrage, une image : Dracula au Pakistan (1967) Découvrant Dracula au Pakistan , on sourit souvent, pas contre, avec, puisqu’il manie, à l’image du principal personnage, le docteur baladeur le félicite de sa réplique drolatique, le fou rire et le raisonné frisson, du contemporain, plus connu, plus pourvu, Le Bal des vampires (Polanski, 1967) à l’unisson. Pourtant, pas question ici de moquerie, de mélancolie, costumée, annoncée, Sharon à chérir, avant, après le pire, plutôt d’une valeureuse variation, d’une réflexion en action(s), sur le désir, l’adultère, la famille, la foi. Surprise ultime du métrage de morale (pas seulement) musulmane, prologue en voix off d’explicite hubris, seul Allah la vie, la mort « dominer » doit, voilà, on y apprécie, aussi, une scène superbe, de féminine insatisfaction sexuelle, quand Shabnam, mordue, au propre, au figuré, de l’amant mort-vivant, du « cadavre vivant », traduction in English du titre d’origine, l’att...

L’Africain

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  Un métrage, une image : Condemned to Live (1935) Derrière le titre un brin sartrien, comme en écho aux travaux de Cyril Collard ( Condamné Amour ) ou Emil Cioran ( De l’inconvénient d’être né ), réside une relecture du L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde de Robert Louis Stevenson. La scénariste Karen De Wolf revisite le vampirisme de Tod Browning ( Dracula , 1931) et le délocalise au cours du prologue exotique, au creux et au cœur de ténèbres à la Joseph Conrad et au son de tams-tams à rendre l’âme. Racisme de contexte colonialiste, après la xénophobie jolie du père Bram Stoker ? Disons davantage la géographie fantasmatique d’une intérieure Afrique, en effet. Sa mère jadis mordue par une maousse chauve-souris, eh voui, le bon professeur Kristan, sans doute en sus un bon chrétien, en tout cas une type impeccable, un modèle indispensable, un (futur) mari admirable, se révèle vite et en série un meurtrier maladif et amnésique. S’il n’investigue sur lui-même,...

Les nains aussi ont commencé petits

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  Un métrage, une image : The Terror of Tiny Town (1938) On se souvient que le fabuleux Freaks (Browning, 1932) connut quelques tracas de réception, de remontage, pour la MGM, dommage, tandis que le The Terror of Tiny Town de Newfield & Buell se vit distribué sans souci et en sus avec un certain succès par la Columbia, bravo, les gars ; autres temps, autres mœurs, cependant tandem sorti à la veille d’un double malheur, celui de la prise de pouvoir par Hitler, celui de la mondiale Seconde Guerre. Impossible à (re)produire aujourd’hui, en pleine période du politiquement correct abject, du communautarisme à tout crin (de poney ), de la vaseuse victimisation, ce titre s’avère assez sympathique, voire curieusement émouvant. Parler à son sujet de « cinéma d’exploitation » relève du truisme à la con, surtout en système capitaliste, au vampirisme cynique de « ressources humaines » et naturelles, car le cinéma qui n’exploite pas n’existe simplement p...

La Foire des ténèbres : Carnival of Souls

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Manège sacrilège, marasme de marketing … Le Diable se dénomme (aussi) Disney, si vous en doutez (encore), découvrez le documentaire mortifère d’Arnaud des Pallières, intitulé Disneyland, mon vieux pays natal (2001). S’il convient d’éviter de retracer sa genèse agitée, désormais bien documentée, il s’agit ici de souligner, d’affirmer que La Foire de ténèbres (Jack Clayton, 1983) miroite son argument, que Bradbury & Clayton ressemblent aux deux (transparents) enfants, qu’ils rencontrèrent et affrontèrent leur propre Mr. Dark (patraque), en la personne démultipliée des executives du studio de Mickey. VRP du parc, ami de Walt, Ray se fit recadrer sur l’écran, tandis que Clayton, lui-même infidèle, because recours à un co-scénariste à la rescousse, en catimini, méfions-nous de nos amis, remercions nos ennemis, se faisait filouter du fameux final cut , tradition locale de pragmatisme plutôt que de sadisme, stratégie de révision sans autorisation, en partie expliquée par le...

L’Adieu aux armes : Les Gens de la pluie

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Une médaille (amulette) militaire ? Des avions, des oiseaux, aujourd’hui et hier… Mélodrame martial aimable et estimable, L’Adieu aux armes (Frank Borzage, 1932) commence et se termine mal, à cause d’une cassure à la fois cinématographique et musicale. Le panorama peint, parcouru par un panoramique, les maquettes du prologue, aussi médiocres que le train arthritique de Un flic (Jean-Pierre Melville, 1972), les transparences évidentes – observez idem le défilé des « bersagliers » derrière le rideau tiré d’abri à spaghetti – des plans rapprochés, où Cooper, en studio secoué, fait semblant de sommeiller, ne raccordent pas avec les extérieurs réels et les vrais véhicules, cadrés en diagonale, accentuons la pente, gare à la descente, créant une sorte de chaotique dissociation des régimes d’images, peu propice à susciter la célèbre « suspension d’incrédulité » du spectateur confiné. Avec son dormeur du val rimbaldien revisité, amputé, l’exposition pèche ...

La Foule : Presque célèbre

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de King Vidor. But remember the princess who lived on the hill Who loved you even though she knew you was wrong And right now she just might come shining through And the glory of love just might come through […] Ah but remember that the city is a funny place Something like a circus or a sewer Lou Reed, Coney Island Baby Johnny thinks the world would be right If it could buy truth from him Mary says he changes his mind more than a woman But she made her bed Even when the chance was slim Robert Palmer, Johnny and Mary Grandeur de Vidor : Mary reste seule, son Johnny parti, elle n’en revient pas, on sait qu’il reviendra, elle expérimente la solitude, la lassitude, anonyme au milieu de la grande ville, dans un petit appartement au lit double escamotable, aux toilettes à proximité de la table, la porte ferme mal, le métro aérien passe pas si loin, sur son visage avenant dévale l...