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Affichage des articles associés au libellé Ishirō Honda

La Croix et la Théière

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  Exils # 185 (01/04/2026) Socrate but la ciguë, Ogin déguste un dernier thé en famille, avant d’aller assiégée se suicider, une croix autour du cou. Sixième et ultime film de l’une des muses de Mizoguchi, ce mélodrame sentimental sur fond de (mauvaise) foi ne déçoit, brûle à feu lent, devient émouvant. Une telle intrigue d’intrigues (re)liées incitait au féminisme facile, à la misandrie jolie, Tanaka ne succombe à ces écueils-là, au contraire de son anti-héroïne forte et fière, au sacrifice in fine accepté, au culte occulté. Mademoiselle Ogin (1962) ne décrit une société passée régie par la domination dite masculine, dessine en huis clos, en studio, un vrai-faux vaudeville tragique et catholique, où des hommes exercent certes un pouvoir inique, où d’autres, heureusement, souhaitent le libre « bonheur » d’une femme fréquentable, capables de verser des larmes, fraternelles au sens figuré puis premier du terme. Le mari démuni, tenté de violenter sa moitié glacée, surocc...

Pétrole

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  Roman de gare et de grand désespoir ? Récit de vie et vue d’ici…   Premier essai, au prix biarrot, Chroniques d’une station-service s’avère vite un petit livre cinéphile, divertissement de ce temps, amusant et inconsistant. Avant de partir de Pantin, rendu parano ou peu s’en faut, d’aller dans les Landes dépanner un papounet dévalisé, moralité : se méfier des amoureuses merveilleuses, en réalité numériques, machiavéliques et tatouées, de succomber, qui sait, à la question, sinon à l’invitation, d’une accorte homologue en uniforme, car les stations d’autoroute ne connaissent la déroute, aristocrates de l’asphalte, Beauvoire, il ne se prénomme Simone, glandouille davantage qu’il ne dérouille, malgré la perte presque prétexte d’une clé USB, sur laquelle s’accumulent des documents administratifs nominatifs, du porno japonais téléchargé, un premier roman à plaire, assuré best - seller , recherchée selon une annonce de Libération , lectorat notamment de mendiants, tu ...

Journey to the West: Conquering the Demons : Monkey Business

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Chérie, je me sens rajeunir, car tu conjures le pire… Nous voici bien loin du sien Bons baisers de Pékin (1994), salué par mes soins : avec ce colossal succès en Asie, pas même distribué ici, Stephen Chow « fait le show », paraît se prendre pour un certain Tsui Hark, qui ensuite en réalisera la suite, tout aussi lucrative, à l’intitulé lucasesque, Journey to the West: The Demons Strike Back (2017). Co-réalisé par Derek Kwok, co-écrit par des scénaristes en série, éclairé par Sung Fai Choi ( Détective Dee 2 : La Légende du Dragon des mers , Tsui Hark, 2013 + Détective Dee 3 : La Légende des Rois célestes , Tsui Hark, 2018) et musiqué par Raymond Wong ( The Lovers , Tsui Hark, 1994 ou Shaolin Soccer , Stephen Chow, 2001), ce conte moral, presque bancal, mérite d’être visionné en 480p, en VOST en anglais. Si, au Japon, aux États-Unis, la monstruosité marine nécessite des scientifiques, de l’atomique, cf. Godzilla (Ishirō Honda, 1954) ou Piranhas (Joe Dante, 1978), i...

Hiroshima n’aura pas lieu : L’Histoire officielle

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Le règne du lézard (pas celui de Jim Morrison) ? Celui des cauchemars, sur « grand écran » et dans la « vraie vie »… Voici une uchronie inaboutie, majoritairement drolatique et finalement mélancolique, sous la forme de mémoires testamentaires, sinon suicidaires, à l’ombre de Poe (Baltimore oblige), où l’on croise notamment James Whale et Willis O’Brien, Truman & Reagan, où Godzilla rigole (jaune, forcément) avec Giraudoux ; James Morrow, pris un peu vite chez lui pour un avatar de Voltaire ou Swift, écrit avec modestie, empathie et hommage, évitant (de justesse) le manichéisme philosémite à défaut de donner (totalement) dans le moralisme humaniste : comme le SS des Bienveillantes , son « homme dans le costume » somatise sa culpabilité documentée, en démonstration anecdotique mais sympathique de l’innocuité (voire de l’impuissance) de la tératologie cinématographique, américaine ou japonaise, face à la réalité impunie des atrocit...

Godzilla : Monstres et Cie

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Suite à sa sortie en BR, rapide retour sur le titre d’Ishirō Honda. Souvenir-écran, comme disent les psys , et triplement : le film de genre , art commercial permettant la contrebande politique (Scorsese), donne enfin corps – et lequel ! – au passé proche mais évanoui, dont ne restent que des signes (malformations d’enfants à naître) et des traces (bouleversant pochoir sur les murs irradiés, écho moderne des peintures rupestres), convoquant une antiquité mythique propre à l’Archipel. La créature atomique, très jungienne, surgit de l’inconscient collectif autant que des profondeurs nippones, produit de la science contemporaine et de la culture insulaire, entre animisme marin (magnifié par la Gran Mamare de Miyazaki pour Ponyo sur la falaise, lien possible avec notre Poséidon) et terreur atavique de la submersion. Godzilla, symbole du joujou mortel d’Oppenheimer, permet, à sa façon, de faire advenir L’Image manquante  du désastre, quête métaphysique et pornograph...