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Affichage des articles associés au libellé Jean-Pierre Melville

Les Siciliens et les Romains

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  Exils # 191 (27/04/2026) Un shérif à New York (1968) faisait la transition entre Pour une poignée de dollars (1964) et L’Inspecteur Harry (1971) ; Le Cercle noir (1973) permet de passer des Collines de la terreur (1972) à Un justicier dans la ville (1974). Derrière le titre opportuniste français, au fond pas mal trouvé, merci à Melville ( Le Cercle rouge , 1970), même maître de cérémonie fatale et macabre, réalisateur de retrouvailles et funérailles, se dissimule ainsi un programme de massacre, anniversaire de cimetière, « dix avril » liquidatif. Pour faire table rase des comparses, il faut attendre plus de quarante ans, patience de Balsam, émule de Luciano. Venger la violente Saint-Valentin des « vêpres siciliennes » nécessite une équipe de « tueurs de pierre », mercenaires au cœur homonyme, vétérans du Vietnam en train de s’entraîner dans le désert avec un ascenseur à l’image de ceux de Malle & Maas. Le gang en blanc, couleur imm...

Leçon de noirceur

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  Exils # 166 (04/02/2026) La révélation de la conclusion répond au carton de l’introduction : Ferré flic infiltré, ne vous droguez point et dormez bien, citoyens. Razzia sur la chnouf (Decoin, 1955) ne cède cependant à l’esbroufe, s’écarte du cadre moralisant à la Reagan, malmène en mineur l’image d’un acteur ensuite aux prises avec la dope de La Horse (Granier-Deferre, 1970). Dans la France du mitan des années cinquante, personne à notre connaissance ne parlait de narcotrafiquant, mais ce spécialisé sous-système de l’économie classée souterraine faisait déjà recette, alors l’exilé aux États-Unis, détail de biographie, retourne au pays, descend du ciel donc d’un avion, porte un imperméable à la Bogart & Melville, sert de guide d’enfer laïc, évoque vite Virgile, celui de la Comédie dite divine, car l’on sourit souvent durant le périple plus pathétique que didactique. Éléments étonnants ou peut-être pas tant, on y voit Ventura dévorer du bon jambon et une part de pâté...

Un homme à Rome

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  Exils # 165 (03/02/2026) Ce beau salaud de Stefano s’occupe donc d’immigration, fi d’ICE polémique, à peine une Anglaise à écarter d’un héritier. Il se soucie aussi d’un pseudo-producteur de disque, descendu dès le début : la caméra sur grue dévie de l’avenue, va vers une fenêtre, cadre la discussion sans le son et capte l’impact, incipit un brin hitchcockien, façon Frenzy (1972), à la suite d’un générique où les enseignes électriques se mêlent aux décorations de Noël. Le sous-titre l’explicite, Belli ressemble plus à un « détective » qu’à un flic, à l’ alter ego Baldo, sur ses traces et à ses basques. Désinvolte et tendu, facétieux et fiévreux, Franco Nero incarne un cousin pas si lointain du condé de Bouquet & Boisset, du Dirty Harry d’Eastwood & Siegel. Sous la cynique carapace se dessine une détermination sentimentale, itou motivée par la nécessité de sa propre peau sauver. Le « fonctionnaire de police » accro aux bakchiches n’y parvient...

Fichus Français

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  Exils # 140 (13/11/2025)   É vasion de Delon, Gabin en Sicilien, Ventura ne vapote pas : divertissement amusant mais limité, un poil longuet, Le Clan des Siciliens (Verneuil, 1969) fonctionne en fait et en définitive de façon déceptive, raconte à l’encontre de l’horizon de réception, paraît l’estimable précipité d’un pays et d’une partie de sa population sur le point de changer à jamais. Il s’agit bien sûr aussi d’une histoire de hasard, de bijoux et de joujoux, ombre baudelairienne d’arnaque aérienne, le cadeau mimétique offert au futur mouchard par son grand-père pas encore froidement furibard en reflet de l’aéronef filmé, donc du film lui-même, grand jeu pas autant dangereux, jadis déjà décrit par Welles tel un « train électrique » magnifique. Cette dimension d’enfance disons émouvante, au risque du puéril, un instant assez superbe la symbolise, lorsque Roger Sartet se souvient du passé, son CV de braqueur à main armée, fatal aux flics, lu par le juge, s...

John Weak

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  Exils # 70 (15/01/2025) À Franck Construit en boucle bouclée, John Wick (Stahelski, 2014) s’ouvre sur un souvenir doux-amer sur cellulaire : une Eurydice marine, plus animée que le spectre en replay de La Jetée (Marker, 62), demande à l’amoureux désormais en sursis s’il la filme. Ensuite des inserts silencieux annoncent et donc redisent le désastre intime d’un décès prématuré. Confrère d’Orphée de film endeuillé, l’ancien assassin rédimé selon sa dame de mélodrame se voit vite offrir un toutou d’outre-tombe, manière de demeurer au monde, puisqu’une Mustang bientôt volée ne suffit à se maintenir en vie. Dans l’ Odyssée , Argos reconnaissait son maître déguisé, lui-même dépourvu de pitié envers d’entreprenants prétendants. Wick ne s’avère pas si « vulnérable » que le lui dit la barmaid amicale, retourne en arrière, au royaume des Enfers, surtout celui d’une mafia russe moins tatouée mais autant tourmentée que celle des Promesses de l’ombre (Cronenberg, 200...

La propriété, c’est le fol

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  Exils # 51 (23/09/2024) « Mon rôle de voleur le plus célèbre et l’un des plus réussis » résume de manière laconique l’acteur au cours du bel et anecdotique album photo Belmondo par Belmondo , publié par Fayard en 2016. Il développe un peu dans le non vital Mille vies valent mieux qu’une , même éditeur et millésime, dit qu’il « adore » ce « personnage ténébreux et cynique », se dit « agacé » de l’échec économique et critique, affirme que le film se verra « réhabilité » au fil des années. Alors en lutte contre une presse à potins putain (pléonasme), en raison de sa (longue) liaison avec une certaine Ursula Andress, « tigresse ultra-sportive », je cite mais je ne confirme, au passage présente à la première du Malle, le comédien guère acclamé du Conservatoire tourna déjà Cartouche , ne se soucie pas encore de Mesrine (ni de Céline), va bientôt se viander avec Resnais, puisque l’estimable Stavisky , qu’il produit aussi, cons...

Casse-tête aztèque

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  Exils # 36 (06/06/2024) You've got your orders better shoot on sight Your finger's on the trigger but it don't seem right […] Night is falling and you just can't see Is this illusion or reality? Status Quo, In the Army Now   Kubrick au Mexique ? Oui et non, nuançons. Donc du cadre, du steadicam , de la dolly , des mecs en uniforme, que l’on (dé)forme et réforme, (presque) à l’infini, (jusques) à la folie, putain de « poulains » – une pensée pour la « Baleine » de Stanley – à dompter, in fine à (dé)monter, le suave et salaud Sierra (sosie de Martin Sheen) de ce vrai-faux Full Metal Jacket (1987) (de là-bas) s’avère vite « être de la jaquette ». Moins instructeur hurleur que le mémorable R. Lee Ermey, moins amusant, davantage avenant et ambivalent, il conseille à Luis (sosie de David Carradine), une main sur sa cuisse, d’abord d’étrangler sa copine, ensuite de la sodomiser. À la fin du film, il mettra sa tactique en pratique...

Attrape-moi si tu peux

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  Un métrage, une image : Le Chacal (1997) À la mémoire de Mylène Demongeot L’ultime film de Sidney Poitier ne remake celui de Zinnemann ( Chacal , 1973), ni ne réadapte le titre de Forsyth, en conserve cependant quelques éléments, par exemple identités démultipliées, fusil en kit , bar gay , tombe atone. Échec critique, succès public, donc économique, il déplut aux deux intéressés précités, au compositeur Carter (Burwell), il semble aussi aux meilleurs ennemis Gere & Willis, rôles nonobstant inversés selon leur souhait. Il s’agit en sus d’une coproduction cosmopolite, pourvue d’un script basique, chasse à l’homme, entre hommes, en somme, commis par Chuck Pfarrer, le scénariste de Chasse à l’homme (Woo, 1993), justement, de Darkman (Raimi, 1990) ou Barb Wire (Hogan, 1996), par ailleurs non crédité collaborateur sur Sudden Impact (Eastwood, 1983) et Arlington Road (Pellington, 1999). Quant à Caton-Jones, ex -banquier écossais reconverti réalisateur hollywoodien, p...

L’Italien

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  Baryton de bon ton, anthologie jolie… À ma mère Ce soir-là on sortait d’un cinéma La Chanson de Paul En 1922, Reggiani naquit. En 2022, que reste-t-il de lui ? D’abord des rôles, surtout ceux au ciné, qui s’étendent sur une cinquantaine d’années. On vit ainsi Sergio chez Ophuls ( La Ronde , 1950), Jacques Becker ( Casque d’or , 1952), Le Chanois ( Les Misérables , 1958), Duvivier ( Marie-Octobre , idem ), Comencini ( La Grande Pagaille , aka Tutti a casa , 1960), Visconti ( Le Guépard , 1961), Melville ( Le Doulos , idem + L’Armée des ombres , 1969), Clouzot ( L’Enfer , 1964), Enrico ( Les Aventuriers , 1965 + Les Caïds , 1972), Sautet ( Vincent, François, Paul... et les autres , 1974), Ferreri ( Touche pas la femme blanche , idem ), Carax ( Mauvais sang , 1986), liste subjective non exhaustive. On l’entendit aussi, puisqu’il se piqua, au mitan de son temps, d’un second type d’interprétation, à l’écart de l’écran choral, au creux de l’écrin vocal. Reggiani chan...

Gens de Dublin

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  Un métrage, une image : La Jeune Folle (1952) À Jacqueline Waechter, à l’écart de la guerre En surface, La Jeune folle se soucie d’Irlande, d’indépendance, de Républicains, de destin. À ce niveau-là, ça ne fonctionne pas, jamais on y croit, la fameuse suspension of disbelief sur tout ceci glisse. Idem en situation de délocalisation, le Minnelli de Madame Bovary (1949), autre portrait d’une féminité fiévreuse et très tourmentée, durement dessillée, convainquait davantage, au-delà du langage, puisque du cinéaste la sensibilité idéaliste et lucide ressemblait à celle de l’héroïne, faisant du pari impossible, de l’adaptation a priori à la con, un modèle de fidélité infidèle, en outre un autoportrait porté par une actrice assez sublime, souvent intense, Selznick ne me critique, nommée Jennifer Jones. En subjective vérité, Yves Allégret décrit un second pays, et cela séduit, réussit : en écho à l’incontournable Corbeau (1943) du guère collabo Clouzot, La Jeune Folle...

Madame porte la culotte

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  Un métrage, une image : Chaussure à son pied (1954) Comédie de mœurs amusante et mineure tramée par un cinéaste tout sauf amateur, Chaussure à son pied , même adapté d’un scénique succès, ne ressemble jamais à du théâtre (mal) filmé, tandis que la séquence de delirium tremens annonce celle, célèbre, du bien nommé Cercle rouge (Melville, 1970). Mais Montand fout le camp, Laughton cartonne, carbure à l’alcool, petit patron abonné à la boisson en réunion, papounet endeuillé, fi de sa défunte et trop parfaite femme, voici trois filles serviables et infernales. Notre épigone du roi Lear, très près de sa tirelire, exploite sa triple progéniture, passe ses jours et quasi ses nuits en piètre compagnie, amitié imbibée, sinon intéressée, au Moonraker, pas celui de Bond, bien sûr, habituée. Alice & Vicky se rebiffent, envisagent le sauvetage du mariage, la première avec un avocat aux « empeignes à faire honte à la magistrature », fichtre, la seconde éprise du grand gamin d’un mar...

Pas très catholique

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  Un métrage, une image : The Rosary Murders (1987) Huit années après son titre le plus emblématique, Terreur sur la ligne (1979), Walton signe donc son ultime film, avant de se transférer définitivement vers la TV, pour laquelle il dirigea déjà des épisodes des séries Alfred Hitchcock présente et Deux flics à Miami . Ce requiem à base d’inceste et de meurtres sériels inspirés par le Décalogue représente par conséquent un double adieu, adressé à une adolescente abusée, suicidée, à une éphémère carrière sur grand écran. Tourné à Detroit, ça se sent, ça se voit, en avril de vendredi saint malsain, ne te découvre d’un fil, ma fille, The Rosary Murders , intitulé explicite, ici aussi connu comme Confession criminelle , met en images un roman de William X. Kienzle, ex -prêtre et journaliste ensuite passé par l’université puis l’écriture de bouquins policiers, le premier consacré au récurrent curé Robert Koesler. Flanqué du fameux Elmore Leonard, lui-même de là-bas, diplômé d’...

Alphabet City

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  Un métrage, une image : Le Cavalier noir (1961) Dans Le Petit Monde de don Camillo (Duvivier, 1952), Fernandel affrontait Cervi, maire communiste et meilleur ennemi. Dans The Singer Not the Song , Mills ne désarme devant Dirk Bogarde, vaurien luciférien à fin félin. Classer Le Cavalier noir en vrai-faux western homo vers Mexico relève de l’évidence – une imagerie dédiée à l’homosexualité, comme dirait Brigitte Lahaie – mais cette dimension d’attraction/répulsion masculine, dommage pour la mimi Mylène Demongeot, mise disons KO, sortie du trio, esseulée va-t’en, châle rouge sang, qui en conclusion culmine, tandem de mecs mortellement touchés, tendrement enlacés, salut au SM de Duel au soleil (Vidor, 1946), ne saurait dissimuler la dynamique de la moralité. Plus près du contemporain Léon Morin, prêtre (Melville, 1961), idem mélodrame adapté d’un bouquin écrit au féminin, Béatrix Beck substituée à Audrey Erskine Lindop, sinon de Sous le soleil de Satan (Pialat, 1987...