Articles

Affichage des articles associés au libellé Micheline Presle

Les Magnifiques

Image
  Exils # 52 (30/09/2024) L’impeccable Alan Bates déclare : « Je voudrais perdre la mémoire ». Hélas pour lui, Philippe de Broca n’oublia jamais la guerre d’Algérie, qu’il vécut et filma aussi. Le très complet Philippe de Broca : Un monsieur de comédie reproduit le fac-similé d’une lettre alors adressée à son père, dont on s’étonne qu’elle ne subit la censure militaire. Le jeune homme incorporé au Service (voire sévice) Cinématographique des Armées y tacle avec lucidité, une camusienne impartialité, la gloriole d’Hexagone (en cas de victoire) et l’avènement de l’ALN (au final de défaite). Les disciplinés, les tortionnaires, les « égorgeurs », les « pillards », le cinéaste désormais à succès décide de les mettre à l’écart, de les rendre dérisoires. « Farce tragique, totalement baroque », selon ses propres mots, pourvue de la « valse déglinguée », déclinée, de Georges Delerue (de Broca lui conseilla d’écouter Kurt Weill, el...

La Micheline (tré)passe

Image
  Exils # 25 (08/03/2024) Que voit-elle, dans son miroir à elle, Micheline Presle ? Une femme élégante et souriante, à la beauté décolorée, semblable à des centaines, après, avant, par exemple, celle de sa vraie-fausse rivale, publique et privée, Michèle Morgan ? Une image pas si sage, même issue d’un autre âge, d’un autre régime d’images, de ramages, de paysages et de personnages ? Comme le clamait le docte Cocteau, l’accessoire narcissique, parfois flaque, au carré, en effet, réfléchit, les salopes ou les saintes, les haïes ou les chéries, mais il le fait de façon inversée, infidèle, crue et cruelle. L’écriture nous rassure, sait cracher ou caresser, tandis que la froide surface de la glace demeure de glace. Le verre vous renvoie vers hier, le cadre encadre une carrière, ici, eh oui, de décédée centenaire. Celle de Presle, un peu celle de la précitée Michèle rappelle, même mari américain et similaire, amère, désillusion hollywoodienne, ratage en partage. Elle to...

Extérieur, nuit : Cinéma de la Plage

Image
Vamos a la playa , martelait autrefois Righeira – y croiserons-nous la juvénile Pauline, l’irréelle Arielle d’Éric Rohmer ou Tony Montana, le « renoirien » enragé/balafré de Brian De Palma ?  Sous le sable nocturne gisent des films restaurés à exhumer en archéologues-cinéphiles, à ranimer en inoffensifs profanateurs de sépultures de celluloïd. Sous le ciel immense, doucement noirci par la nuit bleue, dans de confortables transats terrestres, parmi un public attentif et intergénérationnel, les images d’hier retrouvent leur jeunesse première, via le souci de la préservation d’un patrimoine vraiment mondial, grâce à l’alchimie du numérique, « fontaine de jouvence » abouchée au flux informationnel. Tout paraît tourné la veille, les scènes resplendissent dans l’éclat mat, lisse, du lustre-langage binaire. Si l’ambre abrite les reliques des dinosaures, les suites de 1 et de 0 redessinent un nouvel imaginaire, donnent à contempler la richesse d’un tréso...