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Affichage des articles associés au libellé Jacques Tati

Toi, le venin

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  Un métrage, une image : L’Accident (1963) J’avale des couleuvres J’y suis pour rien j’y suis c’est tout Lili Frikh, Ch’uis P’tite Film ultime de Gréville, lui-même a priori porté sur la bibine, victime définitive d’un accident automobile, ce titre rarissime, pas même doté d’un succès d’estime, s’avère vite un vaudeville dépressif, un gros mélo, un thriller de langueur. La Russie se réduit ici aux symphonies de Tchaïkovski, au pedigree de la (mal) mariée, à un discours sur trente-trois tours, à de l’alcoolisme local, poire d’entonnoir au lieu de vodka, voilà. Les Slaves, faut croire, ça sait boire, picoler contre le désespoir, ou bien s’imbiber afin de le renforcer, allez savoir. Françoise passe et repasse, dans l’impasse, à un jet de pierre du cimetière, à proximité d’épaves, au propre, au figuré, métaphore formulée, dont une porte le prénom, allons bon, de l’épouse en proie au blues . Cependant Andréa ne se suicidera, laissant cela à Anna Karenina, elle desce...

Extension du domaine de la lutte

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  Un métrage, une image : La Garçonnière (1960) Un (mini) miroir pour mieux voir, une suicidée divisée à sauver, à déshabiller, à dorloter, un triangle tout en angles, de vaudeville vitriolé, une normalité très tourmentée : si La Garçonnière se souvient à l’évidence de Sueurs froides (Hitchcock, 1958), il anticipe aussi la géométrie déshumanisée du Playtime (1967) de Tati, relie en sourdine La Foule (Vidor, 1928) à Brazil (Gilliam, 1985). Dans Comme un torrent (Minnelli, 1958), Shirley MacLaine succombait aux balles de la jalousie ; ici, elle revit, amorphe, ranimée de force, à la Faces (Cassavetes, 1968), gifles non simulées en prime. Mélodrame humoristique, didactique et ludique, moralité morale mais jamais moralisatrice, le long métrage de (deux heures) son âge, au message presque à la Reich, deviens enfin un « être humain », « petit homme » à la gomme, « sans qualités » à la Musil, « unidimensionnel » à la M...

La Belle et la Bête

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  Un métrage, une image : La Cité de l’indicible peur (1964) À la fantastique Jacqueline Le « flic » de Bourvil, six ans avant celui de Melville ( Le Cercle rouge , 1970), s’excuse de coffrer les coupables infortunés, comme son homologue amerloque ( Le Retour de l’inspecteur Harry , Eastwood, 1983), laisse in fine la criminelle se faire la belle, se livrer de son plein gré à la captivité de l’incrédule Poiret, képi = calvitie, assure le médecin atteint de misanthropie (« Tout le monde ici mérite d’être arrêté. Ici comme partout, d’ailleurs, toute l’humanité souffrante »). Matrice apocryphe de l’aussi atmosphérique, moins comique, Litan (1982), La Cité de l’indicible peur , aka La Grande Frousse , emprunt imposé à la complainte explicite du générique, aux lyrics co-signés du dialoguiste Queneau, associe ainsi le satirique au whodunit , le légendaire au faussaire, un boucher « cinglé » presque proche de Chabrol ( Le Boucher , 1970), de ...

Le Jouet : À vendre

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  Parure de Zorro, petit saligaud, repas d’achat, tablée désertée… Pour la peu cupide et plutôt joueuse Jacqueline En 1976, Veber vient de travailler avec Lautner ( Il était une fois un flic , 1972), Robert ( Le Grand Blond avec une chaussure noire , idem ), Molinaro ( L’Emmerdeur , 1973), de Broca ( Le Magnifique , aussi) ou Verneuil ( Peur sur la ville , 1975). Le scénariste-dialoguiste à succès décide donc de (dé)passer le cap de la réalisation, conseil d’ami de Claude Berri, le patron de Renn Productions. Deux ans avant Coup de tête (Annaud, 1978), Le Jouet s’avère une satire sentimentale du Capital, un magnat des médias à la place des notables du football . Escorté du solide DP Étienne Becker, fils de Jacques et frère de Jean, lui-même sorti de la direction de la photographie des dépressifs Le Vieux Fusil (Enrico, 1975) et Police Python 357 (Corneau, 1976), Veber revitalise et rajeunit ici sa fameuse formule du tandem masculin, je te déteste et je t’aime bien, promise...

Dédée d’Anvers : Le Port de la drogue

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  L’infâme veut s’enfuir à Rotterdam, gare aux représailles de la dame… À nouveau voici l’assez sublime Simone Signoret, cette fois-ci en dépressive prostituée. Une femme, trois hommes, plusieurs possibilités, une seule impossibilité : la sudiste Dédée, maltraitée par Marco son proxo, s’offre fissa à Francesco, selon le souhait du sentimental M. René. Certes, Dédée d’Anvers (Yves Allégret, 1948) doit beaucoup à son actrice principale, capable de composer avec habileté, sensibilité, une entraîneuse jamais oiseuse, emmerdeuse, toujours attachante, émouvante, y compris lorsqu’elle écrase en voiture son souteneur saoul, assommé, assassin mesquin de marin italien. Mais ce métrage d’un autre âge, en sus d’être bien servi par des acteurs de valeur, je parle de Bernard Blier, par procuration papounet, de Dalio, impitoyable et pitoyable salaud, de Marcel(lo) Pagliero, amoureux bienheureux, malheureux, ne se contente pas de ressusciter un fameux romantisme maritime, déjà illustré dur...

La Taverne de la Jamaïque : L’Auberge rouge

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Alfred Hitchcock. À la mémoire d’Alan Parker Après un naufrage à la Fog (John Carpenter, 1980), une diligence à la Dracula , la nièce endeuillée découvre donc le mal familial, à l’instar du gosse orphelin des Contrebandiers de Moonfleet (Fritz Lang, 1955). Plutôt qu’à Byron, cité sur le seuil, on pense à Corneille, à son fameux « dilemme ». Sauver les siens ? Éclairer les marins ? Maritime mélodrame moral, adapté de Daphne du Maurier, co-écrit par Joan Harrison, La Taverne de la Jamaïque (Alfred Hitchcock, 1939) dessine deux portraits de femmes fréquentables, remarquables, mémorables, interprétées par deux actrices assez admirables, la « débutante », douée, Maureen O’Hara, l’émouvante, « dévouée », Marie Ney, en sus de poser la question cruciale supra . Du côté des hommes de la côte, on (se) dissimule, son identité, ses desseins, on joue au « juge de paix »...

La Maison des bois : Famille d’accueil

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Les enfants, les parents, les combattants et les survivants… Sans être un ratage, on pouvait envisager davantage ; certes, face à la fadasse série servant de sous-titre à cet article, La Maison des bois (Maurice Pialat, 1971) demeure un lieu accueillant, intéressant, stimulant, mais le feuilleton de l’O.R.T.F. fait toutefois un peu pâle figure face aux déflagrations passées et futures, celles de L’amour existe (1960), L’Enfance nue (1968), Nous ne vieillirons pas ensemble (1972), La Gueule ouverte (1974), À nos amours (1983), Sous le soleil de Satan (1987) et Van Gogh (1991), ouvrages avec lesquels il entretient des liens évidents, de correspondances à distance. Au ciné, le scénariste René Wheeler co-signa les scripts de Jour de fête (Jacques Tati, 1949), Fanfan la Tulipe (Christian-Jaque, 1952) ou L’Amour d’une femme (Jean Grémillon, 1953), ce doublé d’ailleurs en compagnie de René Fallet. Ici, à la TV, avant un épisode d’ Arsène Lupin selon Georges Descrièr...

Conte d’été : Laquelle des trois ?

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Éric Rohmer. Gaspard de la nuit et surtout du jour se désespère de désamour, s’avère soulagé lorsqu’un quidam lui propose par téléphone de lui refiler à La Rochelle son magnétophone huit pistes à prix d’ami, ou presque. Assez d’ensablement à Ouessant, assez de tergiversations au bord de la sensation, assez de solitude à plusieurs, mon cœur. Le gratteur de guitare sèche, le compositeur corsaire, se tire fissa sur son ferry estival, au son de l’increvable Santiano , qui d’ailleurs mentionne sa propre Margot. La sienne, triste et sereine, lui fait la bise, l’embrasse, vivace, s’en retourne et se retourne en Eurydice inversée, en serveuse de crêperie familiale, en étudiante en ethnologie refusant auparavant d’être prise pour une « bonniche ». Le Gaspard se tire dare-dare de Dinard sans demander son reste, promet de ne point oublier leurs promenades, leurs palabres. On le croit, on ne lui en veut pas, et S...

Le Grand Embouteillage : Dark Country

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Suite à sa diffusion par ARTE, retour sur le titre de Luigi Comencini. Ah, Stefania Sandrelli en sueur et enceinte… Belle présence des enfants, une caractéristique du réalisateur. Rappelons que  Trafic  sort en 1971 et  Crash  paraît en 1973 (Ballard ira plus loin dans la stase narrative). À rapprocher du  Fanfaron , autre radiographie nationale en voiture ; Risi filmait la vitesse du renommé miracle économique, jusqu’à l’accident fatal, Comencini l’immobilité de la crise pétrolière, justement, avec ce klaxon italien typique en trait d’union. On ne compte plus les viols dans le cinéma des années 70, de Peckinpah à Winner, d’Enrico à Yannick Bellon, en passant par Rino Di Silvestro ( La Louve sanguinaire ) et Saura. Que nous disent ces images, dans le contexte de la pornographie d’alors et du MLF ? La réponse se trouve peut-être dans  Lames  de Mo Hayder (auteur de  Tokyo , grand livre en résonance, étrangement, avec  City of Li...