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Affichage des articles associés au libellé Philippe Sarde

Quelques mots d’amour

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  Da ba da ba da ? Dabadie, pardi… Comme Houellebecq, Poe se pensait poète ; la postérité, on le sait, ne le suivit ici. De Dabadie , décédé voici deux années, demeurent donc des mots, ceux d’un parolier, doté d’un spécialisé pedigree , plutôt que d’un aède, ne lui en déplaise. Romancier contrarié, « à l’abri du succès », dramaturge par intermittence, point trop n’en faut, par exemple pour Annie Girardot, bien sûr scénariste, sinon dialoguiste, citons un paquet de collaborations avec Robert, Sautet, de Broca, Pinoteau ou Jean Becker, jusqu’au récent Les Volets verts (2022), transposition de Simenon, quelques tandems, au côté de Delannoy, Nadine Trintignant, Truffaut, Rouffio, Lautner, Girod ou Lelouch, ce modèle d’élégance, pas seulement vestimentaire, surtout littéraire, de modestie aussi, décoré, récompensé, académicien, rien de moins, commit en sus, alors soldat du mercredi, des sketches de Bedos, deux ou trois autres choses, retracées selon ses soins ser...

L’Homme pressé

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  Un métrage, une image : La Race des « seigneurs » (1974) Delon & Rome en Dior, Moreau en Ungaro, Rich en Smalto. Placement de produit, entre la France et l’Italie, défilé de mode, à la gomme, mannequins malsains, anciens, à rien ? Film funèbre, autofiction de dépression, de compromission, métrage mental, dont la temporalité perturbée, parasitée, annonce celle de Enquête sur une passion (Roeg, 1980). Celui-ci fini, revoilà Theresa, survivante, inclémente, munie d’une cicatrice de trachéotomie, à la Liz Taylor, d’accord. Ici, Sydne d’abord s’endort, ensuite ne se réveille, présente et pourtant partie, à l’infini. Julien, ni serein ni Sorel, se souvient d’elle, (la) pleure à l’extérieur, arrivé encore trop tard, « libéral de gauche » auquel un président de droite fait une offre dédoublée – affaires sociales + industrie, ça vous dit – à ne refuser. Dans sa DS à la Barthes davantage qu’à la Fantômas, au chauffeur qui se fiche des manifs – «...

Les Frères corses

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  Un métrage, une image : Le Fils (1973) À ma grand-mère et à la mémoire de Petru Guelfucci Via Verneuil ( I… comme Icare , 1979), il finissait flingué à une fenêtre ; grâce à Granier-Deferre (& Graziani), Montand baisse le store , couvercle new-yorkais de condamné à mort. Il délaisse sa maîtresse, caméo express de la compagne du cinéaste, il s’occupe d’un « contrat », au téléphone, se défaire du beau-frère, fissa, il revient vite au familial foyer, à l’agonie jolie de la sarcastique Sophie assister. L’épouse tricote comme Pénélope, toutefois le fils ne ressent la nostalgie d’Ulysse, car il carbure à la mélancolie, solaire, scolaire, puisque l’obsèdent les circonstances du décès suspect du papounet. Tourné in situ , doté d’un casting bienvenu, scoré par Sarde , placé sous le signe d’une fable explicite, la peste selon La Fontaine, dommage pour Camus, le mélodrame méconnu et discrètement drolatique ne se soucie de sudiste sociologie, même si l’on ...

Tirez sur le pianiste

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  Notes sur (de) Claude Bolling… Décédé en décembre dernier, le compositeur ne (se) meurt, puisque sa musique (lui) survit. Durant une cinquantaine d’années, au ciné, à la TV, Bolling bossa beaucoup, comme le démontre l’anthologie jolie du précieux spécialiste Stéphane Lerouge, en clin d’œil explicite, patronymique, baptisée Bolling Story , qui constitue avec American Movies un diptyque discographique et cinématographique presque exhaustif. Soixante-dix-huit morceaux permettent au spectateur auditeur de confirmer que ce corpus possède un cœur et une vraie valeur. Au-delà de l’éclectisme des items , des formats, des textures, ces tonalités, demeure une ligne unique, unificatrice, celle bien sûr du jazz , même si le maestro à son piano paraît méconnaître la liberté expérimentale d’un Ornette Coleman, lui-même annexé en intense Interzone par son homologue Howard Shore , à l’occasion de la somptueuse partition du Festin nu (Cronenberg, 1991), passons. Outre vadrouiller avec Vian, ...

Ne vous retournez pas : Un mois de cinéma

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  Des films, des films, des films … Frime futile ? Exil utile ! Avec la peau des autres (Jacques Deray, 1966) Dirigé par le solide Deray, voilà le valeureux Ventura à Vienne, selon cette version sérieuse des Barbouzes écrite par Giovanni, bis , à partir de Perrault cependant dépourvu de pull-over (rouge). Si les belles Ellen Bahl & Marilù Tolo ne font que de la figuration, les premiers nous le regrettons, Bouise, suicidé via une vitre, sauve la mise du métrage d’un autre âge, idem musiqué par Michel Magne, en composant un espion à soupçon(s), un père d’adoption, sur le départ, hélas bien trop tard. La Balance (Bob Swaim, 1982) Avant d’être le braqueur masqué de L’Amour braque , Karyo fracasse et met Pagny au tapis, descend un second flic, se fait dessouder en souriant ; son supérieur de malheur, élégant Ronet en caïd cuistot, traqué, exécuté, d’une bastos dans la bouche, sème ainsi sa némésis nommée Berry ; la force de Baye, la fragilité de Léotard confè...

Pour 100 briques t’as plus rien !

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Un métrage, une image : Mille milliards de dollars (1982) Réponse positive à I… comme Icare (Henri Verneuil, 1979), Mille milliards de dollars (Verneuil, 1982) suit le sillon, a fortiori le filon, de la décennie précédente, aux opus supposés politiques, des deux côtés de l’Atlantique. Toujours didactique, jamais emmerdant, ce portrait du capitalisme au cynisme structuré, déjà « mondialisé », témoigne itou de son temps, du début des « années Mitterrand ». De manière ironique, puisque blacklisté par la presse, Patrick Dewaere y interprète un « grand reporter » fissa transformé en tueur. D’abord instrumentalisé, disons « à l’insu de son plein gré », causeur de scandale, de suicide, notre journaliste aux origines régionales, indeed « malade de la ville », en train de se séparer de sa sienne belle Hélène, incarnée par la secourable Caroline Cellier, en sus papa au marin musée, attention à « l’attentat » d’ascenseur, ...

Laisse aller… c’est une valse : Notes sur/de Philippe Sarde

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Le hasard n’existant pas, retour sur les atours d’un auteur majeur. On ne parle pas assez, hélas, de Philippe Sarde , on écrit peu ou pas sur lui, à peine une unique biographie, on entend rarement sa musique, assourdie par le bruit dans et au-delà de l’écran. Je viens de passer disons deux heures et demie en sa compagnie et je voudrais simplement donner envie au lecteur de m’imiter. Inutile de revenir à présent sur son parcours, ses rencontres, sur l’ensemble de sa vaste discographie : il le fait lui-même, avec une franchise parfois affolante, nos amitiés aux mânes outragés d’Ingrid Bergman. Fastidieux s’avérerait également un catalogue commenté ; je préfère renvoyer l’auditeur vers une collection concoctée exprès ou mes communautés thématiques Cinéma d’ici + La Septième Note , sur lesquelles figurent plusieurs extraits. Je souhaite, aujourd’hui, annoter ses partitions, jeter une poignée de notes en ligne, bouteilles à la mer à défaut de glass harmonica en verre,...

De la musique, des mots et leurs voix

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Quelques petites chroniques (notes vraiment musicales, disons) d’un cinéphile aussi mélomane… §   Les Plus Grands Tubes/Cinéma Anthologie parue dans une série classée peu coûteuse, confondant enfilage de « tubes » issus de longs métrages et musique de cinéma, dont on retiendra toutefois le rarissime thème de Lalo Schifrin pour le film d’horreur dite économique (oui, oui, comme chez Viviane Forrester à la suite de Rimbaud) Amityville : L a Maison du diable , composé en 1979 et qui conserve tout son charme vénéneux, aguicheuse berceuse avec chœur d’enfants sans cesse menacée par les dissonances aiguisées du Malin – à écouter autour de minuit , en compagnie de Monk, donc. §   Le Mépris de Georges Delerue Le thème de Camille, hélas repris et mis à toutes les (mauvaises) sauces depuis son éclosion dans le film de Godard en 1963, représente l’ossature et le climax d’une partition très courte : une quinzaine de minutes, dans laquel...