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Affichage des articles associés au libellé Yasujirō Ozu

La guerre est finie

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  Un métrage, une image : Pluie noire (1989) Filmer l’infilmable, les effets instantanés, puis prolongés, du premier des crimes de guerre, des « crimes contre l’humanité », commis par les États-Unis, avec un cynisme définitif, n’oublions les observations, les interdictions, au Japon sous occupation, sans se soucier de Resnais ( Hiroshima mon amour , 1959), en se souvenant surtout d’Ozu – pari à moitié remporté, puisque musique surdramatique, due à l’incontournable Tōru Takemitsu, plus nuancé, plus inspiré, chez Teshigahara ( La Femme des sables , 1964), Kobayashi ( Kwaïdan , idem ), Ōshima ( L’Empire de la passion , 1979) ou Kurosawa ( Ran , 1985), allez, parce que le prologue, couplé à un retour en arrière, en enfer, reconstitution en accéléré, au risque de saper la célèbre « suspension d’incrédulité », rappelle plutôt la pétrification de Pompéi, qu’il n’annonce Nagasaki. Pourtant, Pluie noire opère, presque sans crier gare, un saut spatio-tempo...

La Femme insecte : The Crimsom Kimono

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Shōhei Imamura. - Ma vie n’est pas une existence… - Si tu crois que mon existence est une vie ! Hôtel du Nord (Marcel Carné, 1938) Décédé en 1956, Kenji Mizoguchi ne vit ceci, sorti en 1963, on peut pourtant penser qu’il ne pouvait apprécier pareil traitement d’un toutefois familier argument. Car Imamura ne carbure à la came du mélodrame, ni au dolorisme du manichéisme, moins encore à la victimisation à la con de notre époque. Les proies, les « prédateurs », les « porcs à balancer », les martyres médiatisées, les saintes, les salopes, il s’en moque, il connaît de près Cochons et Cuirassés (1961), il observe à la Brecht son pays, sa patrie, en train de fissa se transformer, ni meilleurs ni pires qu’auparavant, plus américanisés assurément. En 1964, le compatriote Mikio Naruse entrelacera sens féminin du sacrifice et capitalisme importé, de supermarché, selon l’émouvant Une femme da...

Dans un jardin qu’on dirait éternel : Ça commence aujourd’hui

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  Retour à la perfection ? Parcours de la procrastination… Tea for two and two for tea Me and you and you and me La Grande Vadrouille (Gérard Oury, 1966) On ne changera pas le monde Mais il ne nous changera pas Jean-Jacques Goldman, On ira Pendant vingt-cinq ans, la narratrice apprend à faire du thé, de l’automne au printemps, de l’hiver à l’été. Au-dehors du sanctuaire hebdomadaire, des événements « inimaginables » surviennent, invisible et vaste univers, tandis qu’à domicile sa commerçante cousine si « franche » finit fissa par fonder une famille. Elle-même devient « auteure indépendante », perd son père, en coda accède à la succession des leçons. Toutefois tout ceci, tel le générique aquatique, au thème musical en mineur lyrique, dû à la douée Hiroko Sebu, itou compositrice du score de Je veux manger ton pancréas (Shin’ichirō Ushijima, 2018), semble glisser sur sa serviette en soie à (re)plier puis déplier avec une méticulosité d’in...

Miraï, ma petite sœur : L’Avenir d’une illusion

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Extase express ? Transfert imparfait. There’s no place like home. Dorothy Gale On aimerait aimer, davantage, sans ombrage, mais ce récit joli ne renverse jamais, dommage, semblable à un ersatz mesuré, sur papier, du féminin, sinon fellinien, risquez-vous à Juliette des esprits (1965), Le  Voyage de Chihiro (Hayao Miyazaki, 2002), allez. Moutard arrivé en premier, « tête à claques » quantique, le petit Kun, pas con, plutôt hitchcockien en raison de sa solitaire passion des trains, s’avère vite jaloux de sa sœurette suspecte, qu’il malmène gentiment, à l’évident mécontentement de ses parents, famille presque Ricoré à l’instar de celle moquée au début de Martyrs (Pascal Laugier, 2008), pures silhouettes à peine lestées de paresseux traumatismes d’enfance, d’adolescence, incapacité à monter à vélo au creux d’un hameau ou allusif harcèlement scolaire au collège. Heureusement, le gamin se croyant délaissé grandit dans une maison sur sol incliné, aux pièces...

Je peux entendre la mer : Diabolo Menthe

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Se souvenir, partir, revenir, inventer l’avenir à deux, tant mieux. Pas le plus connu ni le meilleur des produits Ghibli, ce court téléfilm façonné à moindre coût par une équipe juvénile possède toutefois une qualité particulière : il parvient à identifier l’adolescence japonaise tel un « éternel été » à la Camus, mélange harmonieux, précieux, souvent instable, de ravissement et de mélancolie, de sentiments et de sensualité, de mer et de larmes – donc de sel partagé. Vingt-cinq ans après leur diffusion à la TV privée nippone, ces lycéens continuent à s’émouvoir, à émouvoir, dans une sorte de « temps scellé » à la Tarkovski, une boucle temporelle méta qui renvoie le spectateur cosmopolite vers son propre passé. Ce « récit des origines » ne pouvait en vérité de subjectivité que se conter à l’imparfait, débuter dans les airs, voyage en avion vers le territoire intérieur de la mémoire, suspension en apesanteur propice à l’introspection, au retour...

Visitor Q : Happiness Therapy

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Visitation laïque et lubrique par un «  sauvageon  » pas con et finalement fraternel. Imaginons Théorème au Japon. Miike filme fissa en DV modique une histoire d’amour et d’humour pour une collection thématique. À partir d’un scénario du fidèle Itaru Era, il délocalise et corrige les Atrides du côté de Tokyo. Radical, sentimental, il achève sa cartographie d’une famille foutrement « dysfonctionnelle » sur une madone nippone, mère nourricière littérale à l’unisson de la sucrerie musicale à propos de mer immense et de persistantes bubbles of water . L’ancien élève de Shōhei Imamura dialogue avec le synchrone De l’eau tiède sous un pont rouge et ose le squirting calorique, prière de se munir d’un parapluie même transparent. Sa femme fontaine aux tétons si durcis jouit des jets immaculés, tapisse le sol de la cuisine du lait de sa « tendresse humaine » shakespearienne. Son fiston adepte et victime de la baston se couchera dedans, remerciera l’étra...

Une belle fin : La Vie des morts

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Uberto Pasolini. Certes, personne ne confondra Uberto avec Pier Paolo, et l’ultime plan de Une belle fin en achèvera plus d’un, avec ses funérailles fantomatiques molto mélo. Mais Still Life , still film qui filme des natures mortes, qui filme la mort en pleine nature, tombes entourées de verdure, mérite un court détour, malgré son humanisme inoxydable, sa facture de fable millimétrée, en accord avec la maniaquerie de son protagoniste. Au cinéma, rien n’existe, rien ne survient, y compris dans la pornographie, genre a priori le plus matérialiste et immanent. Tout se joue toujours au passé, tout relève de l’art funéraire, tout nous ramène à contempler la mort, à s’en repaître régulièrement, contrairement au théâtre pas en boîte, à la musique en concert, à la danse sur scène. Le spectacle de facto vivant, le ciné s’en désolidarise, le dissout dans une sorte de présent éternel aussi mécanique que la machine ...

Cette femme-là : Voilà l’univers d’Anne Murat

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Sous le signe des signes, rencontre avec une femme et une forme… Un jour (récent), je rédige un éloge de Il dono , dû à Michelangelo Frammartino ; un soir, un amical Berlinois (il se reconnaîtra), via le trombinoscope interlope de Mark Zuckerberg, m’oriente vers un texte similaire, signé Anne Murat. Je lui adresse le mien par courriel, comme un écho, elle me répond, rapidement, gentiment, correspondance depuis la France vers l’Italie. Tandis qu’elle parcourt mon blog (avec plaisir, apparemment), je visite son site  à son image, riche, structuré, réfléchi, citoyen (sinon engagé). On y trouve des mots, des photos, des extraits de courts métrages, fictions ou documentaires, « institutionnels » ou musicaux, d’essais vidéo, on y aperçoit une femme qui écrit, réfléchit, réalise, voyage, à la recherche d’elle-même à travers la découverte d’autrui. Sciences Po, le CNC, le trilinguisme et le cosmopolitisme, quelques repères assortis d’admirations pour Cameron, Fel...