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Affichage des articles associés au libellé Jean-François Davy

Attention les yeux !

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  Un métrage, une image : La Vitrine du plaisir (1978) L’ opus apologétique, dépourvu de la plus petite perspective critique, reprend le plan du parcours initiatique, réutilise la structure é(n)culée du récit (trop) joli, voi(r)e en voix off : du gonzo journalistique au gonzo pornographique, il suffit ainsi d’un pas, pour Pascale en tout cas. Ni portrait spécialisé, façon Exhibition (Davy, 1975), ni mélo en trio, à l’image de L’important c’est d’aimer (Żuławski, 1975 aussi), La Vitrine du plaisir , aka Tout pour jouir ! , se donne donc des airs de vrai-faux documentaire, participe du périple publicitaire, met en abyme Gérard Kikoïne, lequel dirige son équipe en fellinien marionnettiste, en écho au Federico concon de Satyricon (1969, année érotique, Gainsbourg ne se goure), fais-ci, fais-ça, comme ceci, comme cela, couci-couça, le silence du son direct, on l’éjecte. La scribouilleuse un brin boudeuse, bien de son temps d’antan, résidente de capitale hivernale, va déjà à v...

Change pas de main : Monamour

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  Baiser, se faire baiser, « se soumettre », se faire mettre, turpitudes de solitudes… Cinéaste cinéphile, Vecchiali délivre un mélodrame maternel et « romanesque », au féminisme à main armée assumé. Il s’agit aussi d’une réflexion en action(s) et à l’accordéon, (re)voilà Azzola, en particulier pendant la coda conçue comme une bande-annonce rétrospective, à propos de la pornographie, disponible désormais sur un site spécialisé, quelle (cruelle) logique ironique. Dommage pour Dietrich & Sternberg ( Shanghai Express , 1932), on songe davantage au doux-amer Fassbinder et in extremis à Melville, puisque aube idem livide, à reflet refusé. Au sein (malsain) de ce récit à multiples péripéties, à base de chantage à tous les (bas) étages, sans omettre un zeste d’inceste à « Domino » marteau et un clin d’œil à Manon Lescaut , Howard Vernon s’y colle, où défilent une « détective juive » intuitive et intrusive, un gradé d’Algérie en cercueil et fauteuil,...

Joy et Joan

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  Un métrage, une image : Émilienne (1975) On se vouvoie, chez ces gens-là. On se préoccupe d’art, nul hasard. On possède de l’argent et du temps, cependant on ne prend point d’amant, plutôt des amantes et guère marrantes. On glisse avec un soupçon de malice du saphisme vers le triolisme, mariage-ratage de ménage à trois et à outrage(s), dommage. Un enfant n’affole, indiffère sa mère ; à l’ultime instant, l’épouse paraît pardonner, (re)monte l’escalier : la promesse souriante d’une troisième chance ? Dans le méconnu Émilienne , commis par Guy Casaril, on reconnaît Claudine Beccarie, la vraie-fausse Cosette du presque exceptionnel Exhibition (1975) de Jean-Claude Davy, on s’émeut aussi et surtout de la présence permanente de Betty Mars, à laquelle je consacrai en début d’année quelques lignes non nécrophiles, néanmoins énamourées. En partie écrit par Éric Losfeld, entre autres rôles l’éditeur d’un certain Emmanuelle , à moitié musiqué par feu Nino Ferrer, mon...

Supercondriaque

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  Un métrage, une image : Chaussette surprise (1978) Merci à Jacqueline Waechter « C’est trois couples qui ont un accident de voiture dans Paris… » – trois années après l’excellent Exhibition (1975), l’éclectique Davy, pornographe mais pas que(ue), puisque en sus producteur de Miller ( La Meilleure Façon de marcher , 1976), Pollet ( L’Acrobate , idem ) ou Caputo ( L’Exécutrice , 1986), distributeur de Clark ( Another Day in Paradise , 1997) & Koizumi ( Après la pluie , 2000), s’essaie donc à la comédie chorale en compagnie d’un Jean-Claude Carrière encanaillé, allez, remarquez ses caméos au resto, en auto. À l’instar du Trouble-fesses (Foulon, 1976), doté d’un style différent, certes,  Chaussette surprise à son tour portraiture des hommes immatures et des femmes fortes. Face à Rufus, Haller et Le Coq, Anna Karina, Bernadette Lafont et Christine Pascal, trois actrices complices, trois décédées à célébrer, en douceur dessinent un changement de régime, un re...

Les Femmes d’à côté

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Cachez à Cannes ce sein « malsain » que nous désirons voir. Gérard Depardieu, acteur indiscutable un peu vite reconverti en amuseur russe, s’émut récemment de la présence à Cannes de Rocco Siffredi, sympathique/nauséeux « étalon » italien capable de (plutôt bien) jouer sans jouir chez Catherine Breillat, de repasser (une chemise) tôt le matin pour Catherine Ceylac et surtout de « dresser » d’innombrables inconscientes, en leur enfonçant la tête dans la cuvette des toilettes ou en les faisant saigner de la bouche au cours d’une fellation (on se contente de décrire, il existe pire). Tout se perd, ma bonne dame , et même un émule d’Alain Delon (période Jean-Pierre Melville) ou de Silvio Berlusconi (« pistachier » outrancier) peut venir présenter ici un documentaire à sa gloire narcissique, (dé)monter les marches pour Money Monster de Jodie Foster (le sut-elle ? Lui dit-elle ce qu’elle en pensa, en français, langue partagée), au bras d...

L’eau douce qui coule dans mes veines : La Lectrice

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Des miroirs au dédoublement létal, une âme entre déréliction et ascension, un franc-tireur qui vise au cœur ; plongeons dans une rivière avec retour (vers le jour), contrairement au torrent de Marilyn…    Céline, moins spirituelle que celle de Brisseau, quoique, ne va pas bien (mais qui va aujourd’hui, surtout dans la France dépressive de 2016 ; laissons donc à certains leur bien-être malsain, préférons de loin la « mauvaise » vitalité nietzschéenne). Elle souffre d’ Ultra moderne solitude , pour parler comme Souchon, supposé chanteur ami du petit Nicolas (Sarkozy). Dans sa vie en monochromie, peu de choses, à vrai dire, encore moins d’êtres dignes de ce nom, sinon une encombrante meilleure amie (la maquilleuse du film, au passage !) dotée d’un langage châtié, pas si amicale que cela, au fond (du désespoir) et un petit ami (risible et infantile expression, l’anglais ne fait pas mieux, voire pire, avec boyfriend ) usant d’elle à la façon...

L'Empire de la tristesse : Notes sur les films pornographiques

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Pourquoi s’intéresser à la pornographie filmée ? Parce qu’elle pose des questions essentielles sur le regard, le désir, le corps et le cinéma. Malgré la pauvreté récurrente de ses propres réponses, elle ne mérite, assurément, ni apologie ni mépris, encore moins condamnation : elle nous regarde , dans les deux sens du mot, alors osons un peu la regarder.    La pornographie interroge le cinéphile autant que l’antimatière le physicien. Le cinéma pornographique s’affirme comme anti-cinéma. De toutes ces images émane une étrange tristesse, même si des sourires, feints ou sincères, affleurent, et des rires parfois. Voici un cinéma qui se veut jouissif mais ne s’avère jamais jubilatoire, comme retenu par un impératif catégorique de double tension, physique et psychologique. Il faut non seulement bander et mouiller (avec l’aide de lubrifiants, souvent) mais encore revêtir un masque d’impassibilité, d’absence à soi et au monde – quand même il se réduirait à u...