Voix sans visages
Exils # 3 (21/02/2023) « On n’est jamais seul avec un livre », philosophait sagement Fanny Ardant, naguère sur la TSR. Pas de passivité non plus, car la lecture, surtout romanesque, nécessite compréhension et représentation. Les mots manient l’imaginaire, le style l’anime ou le ranime. Le cinéma impose sa loi, laisse souvent le spectateur en liberté très surveillée, acteur très dirigé, selon la célèbre définition de Sir Alfred. Lire équivaudrait davantage à se recueillir, à édifier un film intime de manière émancipée, subjective et collaborative. Dans le silence d’une discrète et radicale absence, au monde, à notre rôle, voici l’émule du moine, idem mutique mais démuni de (con)sacré manuscrit, emmené hors de lui et néanmoins ramené à soi-même, désaltéré, faux esseulé, à une source essentielle, intemporelle. Rossellini conférait à la clarté démocratique de la profondeur de champ une valeur déontologique, presque une vertu thérapeutique, propice à l’affranchissement, ic...