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Affichage des articles associés au libellé William S. Burroughs

Un amour inhumain

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  Exils # 65 (27/12/2024) Pour Patrick De l’ouverture au finale, commencements et fins. Tous les événements qu’ils enserrent passent en un éclair. Une éternité précède l’ouverture, une autre, sinon la même, succède au finale. Tout ce qui surgit entre les deux (dont les événements narrés dans ce livre) n’en paraissent que plus vivants. Nous réalités, comme nos accomplissements seront oubliés. Philip Glass, Paroles sans musique  De l’enterrement du commencement au final en forme de firmament, La Mort n’existe pas décrit un dévoilement, plaide pour un apaisement. Le terminer le jour de Noël possède une symbolique explicite ou procède d’un hasard débarrassé de Balthazar (et Melchior & Gaspard). Le lecteur épouse le périple intellectuel et sensoriel d’un explorateur des terres intérieures, des expériences homonymes d’un Michaux soumis à la mescaline. Stéphane Allix s’adresse à sa grande fille, adulte au prénom de lune, et son odyssée au-delà du réel, documentée, sourc...

L’Ésotérique et le Tragique

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  Exils # 31 (15/05/2024) Imagine, au moins un moment, le monde tel un multiplexe. Au creux coûteux des salles commerciales, cavernes modernes aux ombres peu profondes, durant des séances de cynisme plutôt que de spiritisme, à l’unisson, à profusion, défilent les films, les frimes, les images mirages du mondialisé formatage s’animent. Un spectateur esseulé, arrivé trop tôt ou trop tard, pas patients au milieu des calmes couloirs, cet invisible tissu sonore pourrait percevoir. Démuni d’harmonie, délesté d’horizon, au profit de la juxtaposition, fourni par défaut, voire provoqué par l’épouvante du silence, le montage acoustique, pas si anecdotique, a priori privé de sens, ressemble aux stations de radio, captées et dépassées illico presto, aussi successives qu’évanouies, émissions mutilées parmi la nuit. Il ne s’agit ici d’écouter des messages codés, par Cocteau concoctés, à l’abri de l’habitacle, poésie programmatique d’Occupation métaphysique, mais d’expérimenter la superpositi...

Trois mille ans à t’attendre : Miller’s Crossing

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  Mad Max chez Delacroix ? Pas un quart on y croit… Trente-cinq années après Les Sorcières d’Eastwick (1987), Miller retourne au fantastique, toutefois l’angélique évacue le diabolique, la romance se substitue à la satire, Byatt remplace Updike. Co-écrit en compagnie de sa scénariste de fifille, ce vrai-faux film à sketches déjà chapitré, visionnage en DVD ainsi facilité, découvert hier au sein d’une salle spectrale, se met in extremis en abyme, car cahier dessiné, rédigé, refermé. Le titre d’origine souligne la nostalgie du désir, sa millénaire mélancolie, celles en somme d’un démon entre deux mondes, sinon deux flacons, qui aspire à une apaisée conclusion. Hélas pour lui, dirait Godard, il rencontre une « narratologue » à la gomme, peu pressée de fissa formuler les fameux trois vœux, parce qu’en professionnelle du textuel, de l’intertextuel, elle sait parfaitement qu’il faut se méfier de les voir exaucés, que derrière l’assouvissement se dissimulent d’abord l...

Amérique. Les années noires : Les Misérables

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  William Burroughs ? Floyd Burroughs… Sous l’égide directive du directeur Roy Stryker, une dizaine de photographes fameux – dont les incontournables Walker Evans & Dorothea Lange – affiliés à la FSA (Farm Security Administration) documente et immortalise in situ , en instantané(s), de 1935 à 1942, une Amérique (nordiste) sudiste, raciste, à la misère douce-amère. La Section Historique se soucie ainsi de sociologie, de témoigner d’une rurale réalité ; en décembre 1941, elle se voit vite rattachée au Service d’Information des Armées, changement d’ère, entrée en guerre. Il en demeure donc de riches archives, estimées à 70 000 tirages et 70 000 négatifs, sans compter les 100 000 censurés, l’ensemble cédé à la Bibliothèque du Congrès. En coda de son introduction, Charles Hagen émet l’idée de « documents en partie mensongers », se demande où disparurent le « désespoir », la « colère » (ses raisins steinbeckiens puis fordiens)...

Barbet Schroeder, le pire et le meilleur

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  Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur trois titres de l’auteur. More (1969) Pas d’autobiographie à la Pop Iggy ici ( I Need More ), le Floyd s’impose, en musique dite de source, of course . Pour son premier long métrage un peu long, bien de son âge, Schroeder part en voyage, emporte dans ses bagages le script ironique de Paul Gégauff, la plume acide et drôle de Chabrol, aussi le scénariste de Diaboliquement vôtre (Duvivier, 1967) et Frankenstein 90 (Alain Jessua, 1984), lui-même victime d’un homicide commis par sa dame, les misogynes la condamnent, les féministes l’acclament. Quarante-six ans avant le maternel et mémoriel Amnesia (2015), Barbet s’installe à Ibiza, fuit la pluie, passe par Paris, topographie en autarcie un affreux paradis, artificiel, cruel, cerné de seniors nazis. More (1969) par conséquent prend acte du naufrage de la Nouvelle Vague, reflète À bout de souffle (Godard, 1960) en mode hardcore , anticipe le désertique Antonioni à Za...

La Mécanique des femmes : La Machine molle

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  Mécanique misogyne ? Mosaïque magnanime… Site cinéphile, aussi voici : « – Je l’ai branlé dans le couloir de la sortie du cinéma, le foutre est tombé sur la moquette rouge. Lorsque les spectateurs sont sortis, je les ai regardés marcher là-dessus sans le savoir. Ça, ça me fait bander. » De librairie succès, idem adapté au ciné ( La Mécanique des femmes , Jérôme de Missolz, 2000), ce petit livre assez libre évoque une enquête subjective sur la sexualité féminine. Classé en « récit » par son éditeur, gare à Gallimard, le recueil sans écueil entrecroise ainsi souvenirs, dialogues et monologues, natures mortes, lignes « écrites » mises en abyme, tel (déjà) un montage (de l’)intime. Calaferte accumule les hommages et les témoignages, davantage que les dommages et les outrages, même s’il n’esquive la violence des avortements, saupoudre l’ensemble de sa fresque leste d’un zeste d’inceste, d’un soupçon de pédophilie féminine ou masculine, p...

Ready Palyer One

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  Un métrage, une image : eXistenZ (1999) « Je m’inquiète beaucoup pour mon corps » : en dépit de la réplique prophétique, refroidissant les « mécaniques » ardeurs de la mimi Allegra Geller, salut à Bruce, le papa de Mission impossible , on sourit souvent en (re)visionnant cette version ludique, sens duel, vocable ad hoc , du sombre Vidéodrome (1983). Comme Hitchcock revisitait le vénéneux Vertigo (1958) via le solaire La Mort aux trousses (1959), Cronenberg (s’)amuse en ( fast ) compagnie d’un couple d’entourloupe, pas si en déroute, en proie au doute, aux prises avec des espions, voire des pions, de partie en réunion, pas seulement industriels, plutôt tueurs à la truelle, silhouettes suspectes, obsédés, (ré)essayez, du désir d’assassiner une créatrice puis, in extremis , un créateur de jeu vidéo en duo, en réseau. Entre Atari & Rushdie, Antenna Research & Cortical Systematics, eXistenz & transCendenZ , disciples et intégristes...

Clean

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  Un métrage, une image : Born To Win (1971) Méconnue comédie dramatique et sentimentale portée par le subtil George Segal, Born To Win d’Ivan Passer constitue donc le second film. Moins fameux que son collaborateur et compatriote Miloš Forman, comme lui-même exilé en Amérique nordiste, pour cause d’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie, le cinéaste co-scénariste délivre un ouvrage de son âge, au creux duquel découvrir l’anecdotique caméo d’un jeunot Robert De Niro, policier des stups doté d’un bonnet bientôt chipé par l’Al Pacino de Serpico (Sidney Lumet, 1973). Lesté d’un titre antithétique, de tatouage à naufrage, ce portrait à la fois triste et amusé d’un « habitué », pas d’un « accro », appréciez le spécieux distinguo , d’un autrefois coiffeur, jadis déjà et désormais indicateur, vain voleur charmeur de coffre-fort, de voiture, de fille pas si facile, de « paquet » à (r)apporter, radiographie en sourdine un ...

La Maison ensorcelée : Les Héritiers

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  Burn the witch – chiche ? Après un prologue over the top , quasi risible et presque sublime, de cérémonie pas si secrète, certes obsolète, au sadisme sataniste, à la signature impure, une party very juvénile, so sixties , surprend et détend l’antiquaire en quête de son frère épistolaire, évaporé sans trace laisser, sinon manuscrite, magnifique. Par conséquent, le passé répond au présent, la sorcellerie se poursuit aujourd’hui, la malédiction of course féminine souhaite exterminer l’ultime rejeton d’une lignée jadis éprise du bûcher. Camé au cognac, harassé de rêves patraques, hypnotisé, ensommeillé, somnambule incrédule, Robert ne se laisse faire, finit par défaire son meilleur ennemi, trop prévenant, trop prévoyant, par assister à un nocturne incendie, en compagnie de pompiers appelés, surtout d’un expert lucide et invalide, de la radieuse et valeureuse Eve, nièce nudiste, fissa séduite, donc à une coda en acmé, où l’aristocrate Morley joue à l’acrobate dédoublé. Si ...

Amérique : Les Rêveries du promeneur solitaire

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  Atlantique pas si pacifique… Avec mes remerciements non (dis)simulés à JW Friendly strangers came to town All the people put them down But the women loved their ways Come again some other day The Doors, L’America Voici le livre travelling d’un voyageur observateur, ouvert sur l’évanouissement de Vanishing (Point) et achevé vers (Las) Vegas. Sidéré par les « simulacres » et la « simulation » à la « sidérale » sauce US, surtout par la présence prégnante du désert austère, Baudrillard se balade et ne nous balade, quoique. Commencé par le mot « nostalgie », Ulysse gémit, terminé par le terme « richesse », le Scorsese de Casino (1995) acquiesce, écrit avec clarté, lu avec rapidité, Amérique s’apprécie ainsi à l’instar d’un carnet de notes ad hoc , d’un carnet de route exempt de déroute. Édité chez Grasset en 1986, donc deux ans avant la sortie de Invasion Los Angeles (Carpenter, 1988), il diagnostique idem le même m...

Les Gaspards

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  Un métrage, une image : La Créature du cimetière (1990) Il existe, on le sait, une multiplicité d’atrocités, comme au cœur de l’horreur mille couleurs. La Créature du cimetière (Singleton, 1990) carbure à l’économique, sinon à la sexuelle, because contremaître malhonnête, sinon raciste, de l’exploitation des ouvriers, de la « promotion canapé » adepte. Conte anticapitaliste doté d’un intitulé à double sens, temporel, mortel, Graveyard Shift cartographie ainsi, en douce, avec rudesse, une Amérique nordiste à contresens du reaganien triomphalisme, démontre de manière marxiste que les travailleurs, là ou ailleurs, ne comptent pour rien, pour du beurre, à peine bons pour une impossible dératisation aux allures d’extrême-onction. Comme l’Overlook de Shining , l’usine textile au bord de la ruine repose sur une nécropole, on y sue, on s’y sacrifie, on ne s’y fait des amis, on y esquisse une romance de malchance. À l’instar du solitaire de western , l’ ex -univer...

Hair + Pink Floyd The Wall : Expendables

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  L’unique et l’inique, le numéro et le morceau… Sur le fond en reflet de chansons à succès, écrites pour contester, les séquences font s’affronter l’individu et la collectivité, les solitaires et la masse. Dans les deux cas, complémentaires, contradictoires, il convient de donner à voir un double processus d’impuissance et de dépossession, l’affreuse façon dont l’armée américaine puis l’éducation anglaise transforment fissa les soldats et les élèves en « chair à canon », en « chair à pâté », au sens cette fois littéral, le figuré congédié. Si Forman filme une arrivée en retard, un sauvetage survenu trop tard, une coupure temporelle, de croix et de chevelures une ribambelle, Parker plonge parmi l’esprit point serein ni malsain d’un petit poète humilié en public, à proximité de ses condisciples antihéroïques. Chez le premier, l’aboiement des supérieurs prépare le terrain psychotique de Full Metal Jacket (Kubrick, 1987), la soute de déroute d’un avion vert, ou...

Ubik : De la Terre à la Lune

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  La connivence et l’existence, l’enfant et le néant… En 2021, l’unique Ubik ne ressemble presque plus à un roman émouvant et amusant, mais bel et bien à un réchauffant et refroidissant document, allusion incluse au fameux « confinement ». Au milieu d’un monde un brin à la Baudrillard, constitué de simulacres, de s(t)imulations, de paranoïa pandémique, d’emprise étatique, de cinés en effet fermés, puisqu’on projette déjà le « film-réalité » de Bill Burroughs bien malsain au quotidien, in situ , dans les rues, à domicile, au sein des esprits trop dociles, l’odyssée en écho à celle d’Orphée ou de Dante du pas si cheap Joe Chip nous happe et nous détraque, comme si sa lucide folie à lui, et ensuite celle de Dick, pouvait, devait, savait éclairer de ses questions toujours de saison, de ses inquiétudes ludiques et adultes, notre obscurité cadenassée, notre narration à foison, sans rémission ni horizon. L’auteur majeur du Maître du Haut Château , des Androïdes rêv...