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Affichage des articles associés au libellé Mauro Bolognini

Cara Claudia

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  Exils # 130 (30/09/2025) Les actrices décédées ressuscitent, dans Cartouche (de Broca, 1962) on revoit donc Claudia. « Je m’appelle Vénus, j’ai dix-neuf ans, ni père ni mère mais des amants. On dit que je sais pas causer, mais je danse, je vole, je vis » déclare l’ersatz d’Esmeralda, sinon la demoiselle de Demy, d’abord enchainée, ensuite ligotée, à un poteau, judas Dalio, sorte de sado-maso héroïne à la Gwendoline (Jaeckin, 1984). Le personnage déboule au bout d’une demi-heure de métrage, approximativement le temps que mettait à quitter Psychose (Hitchcock, 1960) une autre voleuse valeureuse, c’est-à-dire Janet Leigh. La voici à nouveau en duo avec Belmondo, après Le Mauvais Chemin (Bolognini, 1961), avant La Scoumoune (Giovanni, 1972), clin d’œil complice compris et romance hors caméra incluse. « J’ai de grandes vues sur toi » lui dit-il, Franco Cristaldi aussi, pardi. Pas encore aristocrate de Polignac ( La Révolution française : Les Années lumière ,...

Naples au baiser de feu

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  Un métrage, une image : Voyage en Italie (1954) (…) calendriers solides et contraignants qui offraient souvent, dans la chaleur des groupes, l’illusion de saturer le temps et de faire ainsi écran à la mort. Vivane Forrester, L’Horreur économique À le visionner en version restaurée, il s’avère qu’il s’agit d’un road movie immobile, travelogue en toc, item modeste, qui n’annonce ni l’ennui de La Nuit (Antonioni, 1961), même si une faune de « naufragés » y figure, flanquée de faunes clairs et obscurs, ni la casse ou le crash à Capri du Mépris (Godard, 1963), itou entourloupe de couple en déroute sur la route. On pense plutôt illico à Psycho (Hitchcock, 1960), conductrice idem , environnement mortel, bien sûr à Stromboli (1950), puisque épiphanie finale et en fanfare, miracle laïc, en sus du Vésuve, aux Onze Fioretti de François d’Assise (1950), suite de saynètes, progression et non narration. Lui-même en tandem avec Vitaliano Brancati ( Le Bel An...

La Lectrice

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  Rêve éveillé, rêverie d’aujourd’hui, soupirs de sainte et cris de fée… On ignore son nom, de qui il s’agit, ce qu’elle lit, en définitive, on s’en fiche, on l’avise de profil, on la devine tranquille, femme calme, au calme, aux pieds et mollets ensoleillés, au silence concentré, au fauteuil tapissé, au rideau disons à demi, à moitié tiré. N’en déplaise à Deville, donc à Miou-Miou ( La Lectrice , 1988), voici notre lectrice à nous, moins blonde, pas moins gironde, elle aussi à domicile, peut-être se déplace-t-elle idem , en petite tenue bienvenue, jolie lingerie chic et pudique. Par rapport à l’inconnue cadrée dans un coin, mise au piquet point, à l’érotisme apaisé, subtil, à l’intimité portée au carré, mise à nu des formes et de l’effort, de la dame et de l’âme, la cara Claudia Cardinale, pas autant dévêtue, paraît presque tendue, en train d’étudier en solitaire, cadrage similaire, position à l’unisson, identique et différenciée focalisation, sinon de mémoriser sur le set , en...

Corrina, Corrina

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  Un métrage, une image : La Proie de l’autostop (1977) Voici donc une comédie noirissime, aux allures impures de vrai-faux western excessif et existentialiste, qui se charge à charge d’une certaine et médiocre image de la masculinité, transalpine ou point. S’il revisite la violence sexuelle des Chiens de paille (Peckinpah, 1971), cette fois-ci assortie du second couple pas si en (dé)route, surtout sarcastique, de Guet-apens (Peckinpah, 1972), Festa Campanile, par ailleurs auteur de l’amusant Ma femme est un violon (1971), pensée attristée pour Laura Antonelli, quel gâchis, de l’émouvant La Fille de Trieste (1982), grâce à Jacqueline Waechter découvert, en sus scénariste pour Risi ( Pauvres millionnaires , 1959), Bolognini ( Le Mauvais Chemin , 1961) ou Visconti ( Rocco et ses frères , 1960 + Le Guépard , 1963), filme sèchement un enfer moderne, dont l’aridité désertique et définitive reflète de fait l’âme perdue de personnages plus pires les uns que les autres, excep...

Un homme est mort : À propos de Jean-Paul Belmondo

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  Une gifle à Melville ? « Bébel » revoit Vanel… Pour mon père Avant de mourir récemment, Belmondo décéda deux fois au cinéma : dans À bout de souffle (Godard, 1960), dans Le Professionnel (Lautner, 1981). Surplombé sur le parisien pavé par la « dégueulasse » Jean Seberg, à côté d’un hélico – pas celui, dactylographique, du Magnifique (de Broca, 1973) – et au côté d’Ennio (Morricone), l’acteur/producteur incontournable, presque increvable, cristallisa ainsi, à une vingtaine d’années d’intervalle, balles toujours fatales, « Nouvelle Vague » ou non, ralenti (in)compris, les deux courants de sa vie, en tout cas celle de sa persona . La doxa douce-amère des hexagonaux ou mondiaux experts rappelle l’éternel et à demi réussi Stavisky (Resnais, 1974) en point de rupture, annonce d’usure, matérialisation à l’occasion des dispensables Les Morfalous (Verneuil, 1984) + Joyeuses Pâques (Lautner, idem ), en moment déterminant de basculement, ...

L’Évangile selon saint Matthieu : Kingdom of Heaven

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  JC par PPP, Matthieu par Mattei… À Jacqueline Waechter Connu, reconnu, commenté, documenté, L’Évangile selon saint Matthieu (1964) conserve encore sa clarté obscure, son rayonnement d’absent, à l’instar, bien sûr, du protagoniste de prestige, qu’il ressuscite avec succès, public plutôt que critique. Conclusion d’une trilogie apocryphe, avant celle dite « de la vie », on le sait constituée par Le Décaméron (1971), Les Contes de Canterbury (1972), Les Mille et Une Nuits (1974), L’Évangile développe la religiosité pas si diffuse de Accattone (1961), Mamma Roma (1962), annonce/énonce le théorème amoureux, sinon scandaleux, de Théorème (1968). A contrario de celui-là, du satirico-méta La Ricotta ( in Rogopag , 1963), pas de procès, pas cette fois. Une quinzaine d’années après le Rossellini des Onze Fioretti de François d’Assise (1950), le poète polémique entreprend par conséquent un biopic christique, délivre un métrage au message urbi et orbi . Face au muti...

Le Mauvais Chemin : L’Héritier

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Suite à son visionnage sur la chaîne d’ARTE, retour sur le titre de Mauro Bolognini. I cheated myself Like I knew I would I told you I was trouble You know that I’m no good Amy Winehouse Film inanimé, film désincarné, Le Mauvais Chemin (Bolognini, 1961) se place, dès sa première séquence, sous le signe (du destin, de croix) funeste de la terre, funéraire autant que financière. Au royaume de l’argent, les corps ne s’offrent pas longtemps, les sentiments ne valent rien, coûtent beaucoup, se paient au prix de la vie, pardi. Le roman original, écrit par Mario Pratesi, s’intitule L’eredità , par conséquent, nous y voilà : La viaccia s’avère un exercice (de style), presque passéiste, sinon costumé, de naturalisme transposé, reposant sur une trame très usée, à base de « maladie », d’héritage à outrages. Comme chez le gras Zola, des silhouettes suspectes servent à illustrer l’emprise du déterminisme, de l’atavisme, y compris a contrario , à coup d’alté...