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Affichage des articles associés au libellé Alejandro González Iñárritu

Fitzcarraldo : Jungle Fever

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Werner Herzog. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. Camus, Le Mythe de Sisyphe Après le camion du Convoi de la peur (William Friedkin, 1977), le bateau de Fitzcarraldo (Werner Herzog, 1982), à la place du pétrole, le caoutchouc, au lieu de desperados , un idéaliste, comme une réponse optimiste, comme si Herzog, pas encore « le Client » de The Mandalorian , déjà prenait en compte le « new hope » de George (Lucas, La Guerre des étoiles , 1977). Fitzcarraldo , un film sur la folie ? Que nenni, davantage deux métrages en un seul : d’abord, durant une cinquantaine de minutes, une comédie satirique et sentimentale, ah, la molto cara Claudia Cardinale, à base de colonialisme occidental, pléonasme, et de « racaille de nouveaux riches », chiche, ensuite, pendant une heure quarante, un thriller d’altérité,...

Death Valley : Les Rois du désert

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Peyotl ou portable, partir ou périr… Aussitôt, l’Esprit poussa Jésus dans le désert, où il passa quarante jours, tenté par Satan. Marc 1, 12-13 Hier un homme est venu vers moi d’une démarche un peu traînante Il m’a dit t’as tenu combien de jours j’ai répondu bientôt 30 J’ai compris qu’il espérait tenir jusqu’à 40 Jean-Patrick Capdevielle Depuis des décennies, le désert désespère et séduit les cinéastes. Death Valley (Ashley Avis, 2016) s’inscrit donc dans un sillage précis, revisite une veine anxiogène, à la suite d’illustres aînés nommés Gerry (Gus Van Sant, 2002), Twentynine Palms (Bruno Dumont, 2003) ou Valley of Love (Guillaume Nicloux, 2015). Une fois la partouze et l’explosion de Zabriskie Point (Michelangelo Antonioni, 1970) dépassées, fantasmées, que reste-il à faire, à défaire, à refaire ; qui, en définitive, affronter, sinon soi-même, loin de la société, au sein malsain d’une microsociété ? N’en déplaise au Wes Craven de La collin...

The Head Hunter : Father and Daughter

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Une profession, une obsession, une résurrection, une transplantation… En vérité subjective, voici une valeureuse vendetta béhavioriste, au final ironique, sinon inique. Un chasseur royal, ermite qui décapite, devient vite un père amputé, qui attend impatiemment le retour au long cours du maudit ennemi. On le sait depuis une éternité, la vengeance s’avale froide, quitte ensuite à vous étouffer. Ici, perdre sa fille équivaudra, en définitive, à perdre la tête, de façon littérale, à siéger en silence, en absence, parmi les chefs des trucidés fichés sur les pieux du tableau de chasse établi à domicile, sourire satisfait du propriétaire funéraire à la clé. Auparavant, le petit cadavre profané de l’enfant servira de véhicule à une tête obsolète, très dentée, munie d’une queue à la Alien (Scott, 1979). The Head Hunter (Jordan Downey, 2018) se situe par conséquent au croisement de Conan le Barbare (John Milius, 1982), de The Revenant (Alejandro González Iñárritu, 2015), de Predat...

Soy Nero : Soldat bleu

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Rafi Pitts. « Un film sur la solitude et l’absurdité » résume à raison l’intéressé, qui paya du prix de l’exil la réalisation puis la diffusion du stylisé, en colère, The Hunter . Bien moins formaliste, tout autant lesté d’obscurité, cette fois-ci au risque du stéréotype, voire du vide,  Soy Nero signe son retour, six ans après, c’est-à-dire en 2016. En 1721, le Montesquieu planqué à Amsterdam des Lettres persanes se demandait comment l’on pouvait être français ; ici, Rafi Pitts, Iranien francophone formé à Londres, épaulé par le co-scénariste roumain Razvan Radulescu, financé par l'Allemagne, la France, le Mexique, semble s’interroger sur l’identité américaine, en réalité suit le périple d’un juvénile Latino de Los Angeles enrôlé de son plein gré, par nécessité, sous les drapeaux US, toile d’étoiles que l’on replie au début du film en automates d’enterrement, remerciements compassés de la démo...

Un condamné à mort s’est échappé : Raccords et Désaccords à propos du corps

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Cellule biologique et photoélectrique, cellules de l’esprit et des partis.    On le croyait consigné à l’obscurité, placé parmi les accessoires périmés, évacué par la virtuelle modernité, mais le corps résiste encore, sans trop d’efforts, au cinéma et au-delà. Certes, la silhouette sur l’écran relève du revenant, pas seulement celui de Leo, possède une abstraction in situ , y compris au cœur des imageries de l’horreur et de la pornographie, jumelles et conflictuelles, en priorité corporelles. Au ciné, le sang se transmue en gore et le sperme en record . Une fois filmée, la sexualité se travestit en sexe et les maquillages métamorphosent les outrages. L’alchimie du massacre (à la tronçonneuse) ou des automates (des performeuses) arbore sa propre beauté, son aléatoire intensité, sa finalité à la fois explicite et implicite, liée à la mort, grande ou petite. L’émotion de ces mythologies procède de leur pauvre trésor, de leur trésor de pauvres, même si La Nonne cartonn...

Apocalypto : Empire du soleil

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Révélation ? Confirmation. Barbarie ? Topographie. Discours ? Amour. Film-monde, film de fin d’un monde, Apocalypto se différencie d’avec le gentillet L’Homme sans visage , le longuet Braveheart , le controversé La Passion du Christ : il ne s’agit plus d’un récit d’enfance, de résistance, de transcendance, mais d’un survival en sursis, de la chronique d’une mort annoncée d’une civilisation, voire d’une végétation. Mel Gibson laisse à Herzog le baroque ( Aguirre, la colère de Dieu , 1972), à Boorman le rousseauisme ( La Forêt d’émeraude , 1985), à Malick le contemplatif ( La Ligne rouge , 1998 + Le Nouveau Monde , 2005). Il parsème son métrage d’éléments autobiographiques, cf. Presque, surnom insultant d’adolescence, et filmographiques, citons les gamins de Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre ou le maïs de Signes . Comme le Messie avant lui, Patte Jaguar s’exprime au moyen d’une langue quasiment morte et pourtant Apocalypto parle à tous, parle avec le cor...

The Green Inferno : La Forêt d’émeraude

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La faim justifie les moyens, a fortiori dans la zolie Amazonie. « Per Ruggero » : le générique de fin s’achève par une grosse dédicace loquace et paraphe The Green Inferno en film d’amour adressé au caro Deodato, à un sous-genre cinématographique, horrifique, celui de l’anthropophagie, filmographie sélective offerte in extremis , un salut singulier à Ursula Andress topless dans La Montagne du dieu cannibale , émoustillement d’adolescence maté en VHS, à Lorenza Izzo, aussi, actrice radieuse aux grands yeux expressifs, jeune femme dynamique et sympathique, accessoirement compagne du réalisateur et sa partenaire de jeu sur le peu mémorable Aftershock . Film de femmes, film de cannibales, film choral, cet enfer vert qui ne connut les honneurs d’une sortie en salles hexagonales, alors que tant d’excréments s’y bousculent chaque mercredi après-midi, merci, s’apparente à un conte défait pour adultes, où l’ingénue manque de se faire manger non plus par l’ogre du Petit Pou...